Volem cantar al païs *

VENASQUE (Provence) – « Pénurie de cerises dans le Vaucluse », titrait en première page le journal La Provence de lundi dernier. « Hiver doux, gel de printemps et loi de l’alternance, la production de cerises est en baisse de 80%. Conséquence : les prix ont doublé ». L’article est illustré d’une photo outrageusement mise en scène de trois personnages au milieu d’un feuillage de cerisier dont l’un nous tend une poignée de cerises, l’autre tient un cageot plein avec au premier plan l’affiche de la « fête de la cerise et du terroir » la veille à Venasque dans le nord du Vaucluse face au Mont Ventoux, le Fuji Yama local. Ah le terroir ! Sur la scène, ont été remis aux enfants les prix du concours de dessin et la femme au micro a évoqué « les choses du terroir qui sont finalement nos vraies valeurs« .

Lui succède un groupe folklorique, en costumes traditionnels, « L’Escolo dou Trelus » de la ville voisine de Pernes-les-Fontaines dont presque tous les membres dépassent largement la soixantaine. A l’heure du rap, pas étonnant que « L’Escolo » ne fasse par recette chez les jeunes Provençaux tant leur musique et leur interprétation manquent de pêche. C’est tout juste si en ouvrant le récital, leur chef ne s’excuse pas de chanter en « patois ». D’ailleurs, « pour plaire à tout le monde », ils vont chanter « L’eau vive » de Guy Béart mais termineront tout de même sur « l’hymne provençal », la Coupo Santo de Frédéric Mistral, dont peu connaissent les paroles dans le public (www.lexilogos.com/provencal_mistral.htm).

La Provence n’est décidément pas la Bretagne où la musique celtique reste vivante, populaire et rallie toutes les classes d’âge. Les danseurs miment les gestes d’antan : ceux des lavandières par exemple en suivant le rythme des tambours et des pipeaux. On a l’illusion d’une Provence éternelle, celle d’avant l’irruption du monde moderne industriel. C’était le bon temps, bien sûr, celui d’avant l’invention de la machine à laver qui use le linge.

Dans le bulletin municipal de Pernes daté de juin prochain, l’opposition locale dénonce dans l’espace qui lui est réservé « la culture pernoise ‘officielle’, celle qui a les faveurs de Monsieur le Maire, (qui) a trop souvent pour thème le patrimoine au sens restrictif du mot, c’est-à-dire les costumes, les outils, les traditions« . L’auteur évoque ensuite deux spectacles récents, « deux rencontres autour de la culture vivante« . Et il conclut : « Il n’était pas question d’un retour au 19e siècle dans un monde rêvé, idyllique, mais bien de se coltiner avec le réel et les problèmes du début du 21e. »

Et ce 21e ne parlera manifestement pas provençal, pas plus que breton ou piémontais. Faut-il le regretter ?

bernard.giansetto@wanadoo.fr

o-o-o

* Nous voulons chanter au pays

3 commentaires sur “Volem cantar al païs *

  1. J’ai beaucoup ri à l’évocation humouristique de ce spectacle folkorique.
    Je voudrais néanmoins vous faire remarquer, si vous me le permettez, que la culture occitane en Provence ne se résume certainement pas à ce genre de manifestation. A vrai dire, « à l’heure du rap » l’occitan fait bien recette « chez les jeunes provençaux ». Connaissez-vous un groupe qui s’appelle Massilia Sound System? Dupain? Lo cor de la plana? Mauresca Fracas Dub? Ces groupes-là chantent en occitan -provençal- et je puis vous assurer que leur public -leur large public- est jeune et ne porte absolument pas les costumes folkloriques venus d’un autre siècle… Amicalement.

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