Garçon manqué sans papiers

quebec-nocturne.1224187579.jpgQUEBEC – Immigrante clandestine sans papiers en avance de trois siècles, aventurière et révoltée contre sa condition, elle ferait une belle héroïne de roman. Elle s’appelait Esther Brandeau, était juive et, manifestement, un vrai garçon manqué. La preuve, c’est habillé comme un homme que cette jeune femme avait mis le pied à Québec en Nouvelle-France après avoir traversé l’océan en bateau. Ca faisait beaucoup pour les intégristes qui régentaient la colonie au 18e siècle : ceux-ci avaient décrété que les non catholiques étaient persona non grata dans la colonie. Etaient visés en premier lieu les protestants mais évidemment aussi les juifs ; et cela aurait aussi concerné sans aucun doute les musulmans s’il y en avait eu en France à l’époque. La malheureuse a finalement été remise dans un bateau pour les « vieux pays », comme on dit au Québec, l’histoire ne disant pas ce qu’elle est devenue. C’était en 1739.

Deux siècles plus tard, d’autres juifs, allemands ceux-là, étaient incarcérés à Québec, en tant que prisonniers de guerre ! C’est difficile à croire mais c’est ce qu’affirmait une exposition qui a été présentée de mai à septembre à Québec, parmi les innombrables manifestations du 400e anniversaire de la ville. J’ai lu et relu le panneau : pas de doute, on parle de prisonniers de guerre juifs allemands (!) en 1940 à Québec, alors que dans la mère-patrie germanique, il ne devait pas y avoir beaucoup de juifs portant encore l’uniforme nazi…

L’exposition retraçait l’histoire de la communauté juive du Québec, une histoire qui s’est longtemps confondue avec celle de la communauté anglophone à laquelle appartient aujourd’hui quelqu’un comme le poète et chanteur montréalais Leonard Cohen. Et c’est pour creuser cette histoire méconnue qu’était organisé le week-end dernier, toujours à Québec, un « sommet patrimonial » intitulé Roots Quebec. Celui-ci a donné lieu à diverses conférences dont une sur l’histoire de la présence juive dans la ville et une autre sur celle des Chinois, deux communautés qui ont très majoritairement migré vers Montréal et Toronto, quand ce n’est pas aux Etats-Unis. Les anglophones du Canada sont aussi en quête de leurs racines… québécoises.

Voir le site de l’expo consacrée aux juifs de Québec: www.shalomquebec.org ; ainsi qu’un blogue (très critique) sur celle-ci :

www.marcgauthier.com/blog/2008/09/08/critique-shalom-quebec-a-la-gare-du-palais

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s