Le régime syrien et l’épouvantail israélien

GENEVE – Est-ce du pur cynisme, une impudence éhontée, associée à une longue pratique de la langue de bois ? Alors que l’on torture et que l’on tue dans les villes de Syrie insurgées depuis la mi-mars, les diplomates de ce pays répètent, comme si de rien n’était dans les instances internationales, leur discours éprouvé sur les horreurs commises par… l’armée israélienne. L’attitude des représentants du régime syrien au Conseil des droits de l’homme à Genève illustre cette attitude jusqu’à la caricature.

Le 26 septembre dernier, ledit Conseil tenait son débat général récurrent sur « la situation des droits de l’homme en Palestine et dans les autres territoires arabes occupés » – une semaine plus tôt, le 19, il s’était penché sur la situation en Syrie elle-même. Le sort des Palestiniens, soumis à un régime de quasi-apartheid qui ne dit pas son nom, n’est certes guère enviable. Et rien n’indique une amélioration prochaine. Mais on en vient à penser qu’il vaut sans doute mieux en ce moment être un Arabe en Israël, voire en Cisjordanie occupée, qu’être un Syrien, un Yéménite ou un Bahreïni soumis à des répressions aussi brutales que sanglantes.

Qu’on en juge. Lors de la réunion du 26 septembre au Conseil des droits de l’homme, l’ambassadeur de la Syrie à Genève, M. Faysal Khabbaz Hamoui, a dressé l’historique du «terrorisme d’État» perpétré par l’État juif. De nombreux Palestiniens sont détenus dans des conditions inhumaines et subissent des tortures et mauvais traitements qui contreviennent aux obligations internationales d’Israël, a-t-il observé. Les agressions israéliennes ont conduit à des crimes contre l’humanité, a-t-il encore affirmé ; le Conseil de sécurité de l’Onu et le Conseil des droits de l’homme doivent dénoncer ces crimes, s’ils veulent rester crédibles. L’ironie de l’histoire, c’est que ce discours aurait au moins autant de sens, sinon plus, si l’on remplaçait les mots « Israël » et « israéliens » par les mots « Syrie » ou « syriens » et le mot « Palestiniens » par « citoyens syriens ».

Car l’épouvantail israélien ne fait plus illusion et ne détourne plus l’attention des peuples arabes fatigués de la tyrannie. Et pour avoir été trop agité, ce pantin est usé jusqu’à la corde.  Si l’ennemi des Palestiniens se trouve effectivement au pouvoir à Jérusalem, la population syrienne sait pertinemment, elle, que le sien occupe le palais présidentiel de Damas. Peut-être plus pour très longtemps.

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