Terreur à Gao

Récit de la situation régnant ces derniers jours à Gao, l’une des trois villes du nord du Mali conquises par la rébellion touarègue et la guérilla islamiste. Ce témoignage est celui d’un ami touareg, permanent d’une petite organisation humanitaire française, Les amis d’un coin de l’Inde et du monde (LACIM – www.lacim.fr) à laquelle j’appartiens. Celle-ci fait du microdéveloppement, non seulement en Inde, mais aussi en Afrique, ainsi qu’en Haïti et dans six pays latino-américains. Elle aide une centaine de villages au Mali dont une vingtaine dans la région de Gao (*).

GAO (Mali) – Le matin du 31 mars, alors que je mettais de l’ordre dans ma documentation en prévision d’une mission à Niamey, le gardien Mazou entre précipitamment dans mon bureau pour m’avertir : « Ismaril,  arrête ça et rentre chez toi, la ville est investie par les rebelles ! ». Les échanges de tirs ont débuté alors que j’atteignais ma maison à moto et ils se sont poursuivis toute la journée. Pourtant, dès 13h, nos forces armées avaient reçu l’ordre de cesser le feu et de se replier afin d’épargner la population civile. Après le retrait de l’armée dont certains éléments ont pris immédiatement la direction de Bamako, d’autres ont simplement caché leur uniforme et leurs armes pour se fondre parmi les civils. Les rebelles ont poursuivi leur pilonnage jusqu’au matin en se livrant à des actes de saccage et de pillage des administrations et des bureaux des ONG, ainsi que des domiciles privés.

Les dégâts sont énormes. Toutes les banques de la place ont été entièrement saccagées, des grilles étant même utilisées pour soulever et emporter des coffres. Tous les stocks de sécurité alimentaire (Programme alimentaire mondial, silos de la Croix-Rouge) ont été entièrement vidés de leur contenu. L’hôpital et les dispensaires des quartiers périphériques ont été saccagés. L’adduction d’eau et l’électricité ont été sabotées avec le vol du carburant servant à l’alimentation des groupes électrogènes dont certains ont été emportés. Le fleuve Niger reste la seule source d’eau des habitants de Gao.

Les  bars et tous les hôtels-restaurants ont subi le même sort, ainsi que les deux églises catholique et protestante qui servent accessoirement de lieux de repos aux rebelles. La prison a été ouverte pour permettre aux détenus de s’évader. Leur présence en ville suscite d’ailleurs plus d’inquiétude que les rebelles eux-mêmes. Sophie, ressortissante suisse et grande amoureuse de Gao qui avait ignoré les consignes de son pays et choisi de rester parmi nous, a été également enlevée avec son véhicule.

Quant à moi, malgré les précautions que j’avais prises pour tâcher de rendre le 4×4 de LACIM inutilisable, celui-ci a finalement été réquisitionné cinq jours après la prise de la ville. L’occupation de Gao a eu des conséquences  néfastes dont les deux principales sont des déplacements massifs de populations et une situation de disette. Certains grands commerçants originaires du sud du Mali ont fui, après avoir vu leurs biens pillés, ainsi que la plupart des fonctionnaires. La peur provoquée par le crépitement des armes à feu a provoqué des fausses couches ou des accouchements prématurés. On signale aussi des viols

Partout la prudence est de rigueur et nous observons, impuissants, ces rebelles lourdement armés et aguerris, particulièrement les fondamentalistes musulmans dont l’idéologie est tout à fait contraire à la nôtre. Seuls ces hommes sillonnent aujourd’hui les rues de Gao comme bon leurs semble, leur drapeau flottant sur leurs véhicules, ainsi que sur leur QG. Les habitants préfèrent rester cloîtrés chez eux. En attendant un hypothétique retour à la normale. Les populations risquent de continuer à souffrir de la situation, surtout si on entend leur imposer un changement brutal de comportement social.

Le Permanent de LACIM à Gao, 8 avril 2012

 (*) En France, quelque 200 « groupes LACIM » sont jumelés individuellement à environ 300 villages de pays en développement dont ils financent divers projets. A titre d’exemple, le groupe LACIM Paris-Mouzaïa est jumelé à Daoga, situé au bord du fleuve Niger, à une soixantaine de kilomètres de Gao. Depuis 2005, y ont été construits une école et un magasin de céréales, le groupe Paris-Mouzaïa contribuant aussi à y forer un puits. Il finance maintenant, via le microcrédit, le démarrage d’activités agricoles ou commerciales pour les femmes du village.

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