Tous les Américains ne sont pas dingues des flingues

NEW YORK – Veille de Noël sinistre en Amérique :  il y a une semaine, un jeune déséquilibré de vingt ans massacrait une vingtaine de petits enfants et cinq adultes dans une école rurale du Connecticut, non loin de New York, avant de se suicider. Ces derniers jours, la petite bourgade de Newtown vit donc au rythme des corbillards et des veillées funéraires et les drapeaux sont en berne dans tout le pays.

L’assassin avait débuté son carnage en assassinant sa mère avec les armes que celle-ci affectionnait. Il s’agissait d’une « gun enthusiast« , une dingue des flingues, pourrait-on dire. Tellement fana, qu’elle avait initié son fils à leur maniement.

Il est question d’interdire la vente libre des armes de guerre, comme cela a déjà été le cas entre 1994 et 2004. C’est du moins ce que le président Obama envisage, après cette tuerie qui semble avoir réveillé une Amérique folle des armes à feu.

En fait, n’ont été réveillés que ceux qui l’étaient déjà. Les autres, les « gun enthusiasts » n’ont pas changé d’avis : pour eux, la solution n’est pas dans l’interdiction des armes, dont le libre accès est garanti par la Constitution. Bien au contraire, ils soutiennent que si la directrice de l’école avait été elle-même armée, elle n’aurait non seulement peut-être pas trouvé la mort mais elle aurait pu tenter d’abattre le tueur avant qu’il ne commette l’irréparable.

Le maire de New York, Michael Bloomberg, qui est un farouche opposant au lobby des armes, a dit qu’il n’avait jamais rien entendu d’aussi stupide de toute sa vie. « Ces idiots veulent ajouter des armes aux armes, comme s’il n’y en avait pas déjà suffisamment en circulation« , me disait Sharon McGehee, une écrivaine farouchement anti-républicaine.  Meryl Spiegel, une amie photographe, avoue « ne pas comprendre cette culture » et cet amour des armes chez ses compatriotes, du moins chez une partie d’entre eux.

Ceux-ci profèrent des choses étranges pour un Européen : « Le mal est en nous, il n’est pas dans les armes« , disait ces jours-ci un homme politique proche de la National Rifle Association, le lobby des armes à feu. Car leur grand argument est le suivant : ce ne sont pas les armes qui tuent, ce sont ceux qui les manient.

La NRA, qui sort d’un long silence preuve de son embarras, a donc proposé une semaine après la tuerie de mettre un vigile armé dans chaque école. Certains établissements comme celui où travaille Sonya, ma colocataire qui est comptable dans une école privée du New Jersey, y songeaient déjà depuis le massacre de Newtown.

Malgré Newtown, le combat est encore loin d’être gagné pour Obama et les partisans d’une réglementation draconienne des armes.

Drapeau en berne à New York le 20 décembre 2012 © Giansetto

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