Epilogues électoraux

Rappel des épisodes précédents : les nationalistes écossais ont gagné les élections d’une courte tête et Nicolas Sarkozy d’une… grosse tête            PARIS – Place de la Concorde dimanche 6 mai 2007 vers minuit, on fête l’heureux élu. J’arrive à vélo et croise un jeune couple qui quitte la place en courant à grandes enjambées et en chantonnant gaiement « Sarkozy, Sarkozy, Sarkozy… », comme on chante « bonne année ». 

Une jeune femme hurle à l’adresse de la foule : « Vous êtes des manipulateurs, vous avez tous les médias avec vous, vous êtes des collabos, vous manipulez l’opinion, vous êtes des vendus, des prostitués ! La France, pays des droits de l’homme et de l’humanisme… » Un homme lui montre la direction de l’église de la Madeleine et, pince-sans-rire, lui lance : « La rue Royale est par là… ». Un peu plus tard, débarqueront  deux filles surexcitées, bondissant comme des cabris et lançant des « Sarko, facho, le peuple aura ta peau » vengeurs. On regarde ces deux illuminées d’un air goguenard. Il n’y a aucune agressivité dans la force tranquille de cette foule joyeuse. Un homme d’âge mûr, une crête punk au sommet du crâne, se balade avec à la main une petite banderole taillée dans un drap sur laquelle il a écrit « anti-Sarko ». Il la déploie en ouvrant les bras et les gens rigolent. 

On danse devant la scène encadrée de deux écrans géants. La musique, mélange de soul et de techno, est rythmée à souhait et on danse aussi dans les fontaines dont l’eau a été coupée. On agite quelques rares drapeaux dont un grand tricolore noir-jaune-rouge sur lequel est écrit « Les Belges avec Sarkozy ».  

La foule n’est pas très représentative de la France bigarrée de nos grandes villes : une majorité de Blancs, jeunes en majorité, bien propres sur eux. On dirait que le 16e arrondissement a annexé la Concorde sur laquelle flotte l’odeur des saucisses-merguez que s’approprie sans vergogne le peuple de droite. Entre La Madeleine et l’Assemblée nationale, séparées par la Seine et dont les colonnades grecques se font face, on est à mi-chemin des valeurs chrétiennes et démocratiques chères à notre nouveau président. Un portrait d’un « petit Nicolas » intimidé est déjà à la une de L’Express et vendu à la criée, ainsi qu’une édition spéciale du Journal du Dimanche. Plus tard, ce sera Le Figaro du jour d’après. 

« C’est triste », me lance un Français d’origine béninoise. « La France avec lui, un conservateur, un néo-conservateur réactionnaire même, elle va pas avancer, à mon avis elle va reculer. Enfin, on verra ce que ça va donner », conclut-il avec fatalisme en estimant qu’un homme d’Etat se doit de respecter l’héritage de l’histoire, celui de mai 1968 en particulier.

Je retraverse la capitale pour regagner le bastion « royaliste » de l’Est parisien et tombe sur un étrange cortège qui descend le boulevard Magenta où la circulation commence à se faire rare. Un petit groupe de jeunes promène en direction de la place de la République une sorte de grosse cloche montée sur roulettes, patchwork bigarré de sacs de plastique gonflé par des petits ventilateurs qui soufflent de l’air par en dessous – comme sous la robe de Marilyn. Vu de près, il s’avère que cette cloche géante pourvue d’un boudin comme un long nez est un char d’assaut censé « karchériser Sarkozy », me dit-on. Un slogan fuse de temps à autre : « Paris, debout, réveille-toi !».  Je laisse là cette occupation pacifique pour rentrer me coucher. Je sais que le nouveau président aime les Français qui se lèvent tôt.                                                                                                                           

                                                                                                               bernard.giansetto@wanadoo.fr

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