Plombier malien

PARIS – Ainsi, deux Maliens sans permis de travail valide travaillaient sur le chantier de rénovation d’une résidence officielle du premier ministre, deux délinquants qui volaient le travail que les Français ne veulent pas faire. Mon ami Dolo, malien lui aussi, qui conduit une grosse bétonnière attend dans l’angoisse la réponse à son recours pour obtenir un titre de séjour. Il a un travail stable, un logement, vient comme tout le monde de remplir sa déclaration d’impôts. Il donne même des cours de langue dogon à des anthropologues se rendant dans sa région d’origine. Il me raconte que les descentes de police sur les chantiers se multiplient et je me demande à quoi sert la Fédération patronale du BTP (Bâtiment-Travaux publics). Elle est pourtant bien placée pour faire valoir que « l’immigration choisie« , chère à notre nouveau président, c’est aussi de pouvoir combler des postes là où il y a pénurie, à commencer par le bâtiment. Je ne doute pas que dans l’esprit de nos dirigeants, dans l’esprit de ceux qui fixent des objectifs chiffrés en matière d’expulsions (pourquoi ne pas fixer non plus à l’avance le nombre d’interpellations de cambrioleurs ?), choisir nos immigrants c’est choisir des informaticiens indiens, des chercheurs russes ou des investisseurs coréens, pas des manoeuvres africains pour nos chantiers, ni des éboueurs maghrébins. Et pourtant !

L’autre jour, j’assistais à une rencontre du Mouvement européen au Sénat dont l’invité était l’ambassadeur tchèque Pavel Fischer. A un moment de la discussion, il a évoqué ses fréquents déplacements en province qui l’amènent à rencontrer des responsables des collectivités locales qui lui font part des besoins de main d’oeuvre dans le BTP, dans les hôpitaux, dans les transports. Et on lui demande invariablement si ses compatriotes seraient intéressés à venir travailler en France. Il répond par l’affirmative, dit-il, tout en sachant que la France a reporté aux calendes grecques l’ouverture de ses frontières aux travailleurs de l’Est, malgré l’adhésion de ces pays à l’Union européenne. Il nous explique que les Tchèques optent donc pour la Suède, la Grande-Bretagne ou l’Irlande, pays dont les frontières sont ouvertes aux travailleurs des nouveaux Etats membres. J’étais en Ecosse il y a quelques semaines et on croise des Polonais partout. Il y a même une liaison aérienne directe entre Edimbourg et Varsovie.

Le plombier polonais, si redouté, ni son cousin tchèque, ne sont donc prêts de venir ici. C’est dommage, on a tellement de mal à trouver un bon plombier de nos jours ! Et puis, ce serait amusant que l’on réussisse vraiment à expulser tous les illégaux qui travaillent sur nos chantiers à construire nos immeubles et nos maisons. Ca nous rappellerait cette histoire de Fernand Raynaud dans laquelle des villageois pourrissent tellement la vie de l’étranger qui s’est installé parmi eux qu’ils arrivent à le faire partir. L’inconvénient, c’est que c’était le boulanger…

bernard.giansetto@wanadoo.fr 

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