Guerre de tranchées

Je lis avec un certain effarement un article dans Le Monde consacré au quartier où j’ai passé mon enfance et mon adolescence, celui des Marronniers à Gonesse dans le Val d’Oise, à une vingtaine de kilomètres au nord de Paris. Ainsi, on se bat désormais entre jeunes des Marronniers et ceux du quartier voisin de la Fauconnière, séparés par la « tranchée » de la voie ferrée où passent à grande vitesse Thalys et autres Eurostar. On se bat apparemment sans savoir pourquoi. Un jeune s’est pris une balle dans le dos et restera sans doute paralysé. Des deux côtés, les enfants répètent que « ça a toujours été comme ça ». Je démens. La Fauconnière est sortie de terre à la fin des années soixante, le secteur des Marronniers concerné par l’article quelques années auparavant. A l’époque, il n’y avait ni Turcs, ni Assyro-Chaldéens, ni Africains, tous d’immigration récente, et on ne voyait pas ceux d’en face comme des ennemis, même si nous-mêmes avions des origines variées (Français d’origines diverses dont pas mal de pieds-noirs, petits-enfants d’Italiens, d’Arméniens, etc.). L’article ne fait qu’évoquer cet aspect des choses au passage, les autorités, en quête d’une explication rationnelle, ne semblant pas penser que le chauvinisme des origines joue un rôle. Ou alors elles ne le disent pas, à moins que l’auteur de l’article ait préféré ne pas insister là-dessus. En attendant, une étude a été commandée à un sociologue pour essayer de mettre au jour les fondements du conflit. Je me demande simplement si l’homme (jeune), le mâle en particulier, vivant dans un pays en paix, n’aurait pas une sorte de besoin primitif de s’inventer des conflits, de s’identifier à un clan, à une tribu pour se sentir exister.

bernard.giansetto@wanadoo.fr

Post scriptum : deux mois et demi plus tard, le 6 septembre 2007, Le Monde consacre une page aux affrontements entre bandes, phénomène qui fait alors la une de la presse. Et je lis la phrase suivante, où les choses sont dites beaucoup plus clairement que dans l’article de juin : « A Gonesse (Val d’Oise), ce sont des chrétiens originaires d’Irak, installés dans le quartier des Marronniers, qui se heurtent à des Maghrébins de la cité de la Fauconnière« .

Un commentaire sur “Guerre de tranchées

  1. Il y a, hélas, une explication qui touche à la morale – elle est donc à prendre avec des pincettes. Les immigrés italiens et arméniens se retrouvaient tous, à Noel, à la messe de minuit, ils chantaient le même Credo dont ils ne comprenaient pas toutes les paroles, mais qui leur tenait chaud au coeur car c’était un lien social auquel nul ne pouvait toucher. J’ai connu la même chose dans ma petite ville d’origine, dans les Ardennes, avec les portos, les ritals et les polaks, tous immigrés en situation délicate, mais tous chrétiens de culture, voire de pratique. Bien sûr, ce n’est pas « la faute » des Turcs ou des Maghrébins si cet équilibre a été rompu dans les années 70, mais le sociologue dont tu parles devrait peut-être intérer ce critère, celui de la religion, qui fait grincer les dents des commentateurs…

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