Le nucléaire et le calcul des (im)probabilités

PARIS/MONTREAL – A Fukushima, on avait tout prévu : séisme et ras de marée, tsounami et tremblement de terre mais… mais pas d’une telle ampleur – il faut quand même pas exagérer et rester sérieux, n’est-ce pas, quand on est un scientifique digne de ce nom ? En France aussi, pays où le nucléaire règne en maître, on affirme avoir tout prévu sauf l’improbable. Malheureusement, l’homme étant ce qu’il est, avec ses talents, son ingéniosité mais aussi ses négligences souvent bénignes, parfois coupables, nous ne sommes à l’abri de rien, et manifestement pas du pire. La perfection n’est pas de ce monde, en tout cas jusqu’à nouvel ordre et c’est là un perfectionniste qui le concède à grand regret. Ce préambule pour introduire la jolie petite histoire ci-dessous, rapportée hier par le bavard mais souvent talentueux billettiste du journal montréalais La Presse, Pierre Foglia.

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C’est l’histoire de deux mathématiciens spécialistes du calcul des probabilités qui sont assis à la terrasse d’un café. L’un lance à l’autre: je te parie 10$ que les 50 prochaines personnes qui passeront devant nous seront toutes des hommes (1).

Évidemment, l’autre s’empresse de parier. En spécialiste du calcul des probabilités, il évalue rapidement que les chances pour que 50 hommes passent sur le trottoir devant eux avant que ne passe une seule femme sont à peu près de l’ordre de une sur un million de milliards.

Si j’ai bien compris ce que nous expliquent les savants spécialistes du nucléaire que j’entends ces jours-ci à la télé et à la radio, les probabilités pour que se produise un vrai accident nucléaire – pas quelques petites fuites de rien du tout comme à Fukushima – sont à peu près du même ordre. Une sur un million de milliards.

Et selon ces mêmes savants experts, les antinucléaires sont à peu près aussi imbéciles que le mathématicien qui voulait parier que 50 hommes passeraient sur le trottoir avant que ne passe une seule femme.

Sauf que ledit mathématicien venait à peine de lancer son absurde pari qu’un bataillon de 200 fantassins a passé sur le trottoir en se rendant à une manoeuvre.

La probabilité pour qu’un bataillon passât sur le trottoir à ce moment de l’après-midi, devant ce café, était aussi de une sur un million de milliards.

Ainsi arrivera un accident nucléaire: nonobstant le fait qu’il ne devait pas arriver.

(1) L’auteur de l’histoire est Martin Gardner, célèbre mathématicien américain mort l’an dernier, qui voulait illustrer la frivolité des probabilités appliquées au réel. Elle est citée par Iegor Gran dans L’écologie en bas de chez moi. C’est là que je l’ai piquée.

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Vous pouvez trouver la totalité de la chronique du 24 mars de Pierre Foglia .

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