Excisée et « réparée » : le témoignage de Fatoumata

GENEVE – Fatoumata, excisée à six ans, mariée à seize : cette jeune femme guinéenne a témoigné courageusement lors d’un colloque de l’Alliance globale contre les mutilations génitales féminines, ce mois-ci à Genève, pour faire part de son combat contre cette pratique et contre les mariages forcés. Mariée sans son consentement par ses parents à un homme bien plus âgé qu’elle, elle a en effet vécu la perte de sa virginité comme un véritable viol.

D’ethnie peul, Fatoumata Binta Diop anime en France une association baptisée SOS Africaines en danger. Elle a raconté avoir été heureuse lorsqu’on lui avait annoncé qu’elle allait être excisée. L’événement revêt en effet un caractère festif, des habits neufs étant offerts à cette occasion aux fillettes. Mariée dix ans plus tard à un quinquagénaire, elle confie aujourd’hui des choses terribles sur un ton étrangement calme, sans émotion apparente : « Il fallait que je sois déchirée avant que l’on me touche », dira-t-elle.

Le ton contraste avec la force du propos. Elle considère en effet avoir été violée avec l’assentiment, la complicité de fait de ses parents. Elle s’est retrouvée enceinte après avoir été déflorée, a accouché de jumeaux dont le premier est né sur la route de l’hôpital. A la mort de son mari, sa famille a voulu lui imposer le frère de celui-ci, ce qu’elle a refusé avant de se réfugier en France. Elle a ainsi abandonné de fait ses enfants au beau-frère qui lui était destiné pour époux.

Fatoumata Binta Diop dit avoir été incapable pendant longtemps de partager ce qu’elle avait vécu. Elle a finalement créé son association qui regroupe principalement des Guinéennes, des Maliennes et des Mauritaniennes, ainsi que des Françaises.

Elle a bénéficié d’une réparation clitoridienne le 6 décembre dernier et se dit consciente que cette opération ne saurait lui rendre son intégrité de femme en si peu de temps. Elle estime avoir eu de la chance et songe aux Africaines qui n’ont pas cette possibilité. Elle confie qu’elle ne pourrait la révéler à ses parents car paradoxalement, pour eux, elle ne serait plus alors une « vraie  femme ». A Paris, elle s’est d’ailleurs entendue dire par des compatriotes guinéennes qu’elle n’était plus musulmane. Elle s’insurge contre l’idée que la lutte contre l’excision serait imposée par les Blancs et souhaite retourner dans son pays pour combattre cette pratique. « Les médecins guinéens doivent participer à ce combat« , estime-t-elle.

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Voir le site de l’association Parcours d’exil qui lutte elle aussi contre les mutilations génitales et le mariage forcé.

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