L’Ecosse aux Ecossais

            EDIMBOURG/GLASGOW/SKYE – Trois cents ans exactement après l’union anglo-écossaise créant le Royaume-Uni, le drapeau écossais bleu à croix blanche flotte partout sur Edimbourg. Il me semble que lors de ma dernière visite (il y a 28 ans…) on ne voyait que l’Union Jack britannique. Le Parti national écossais, le SNP, est donné favori du scrutin de jeudi 3 mai qui verra le renouvellement du Parlement de Holyrood, l’assemblée écossaise. S’ils l’emportent face à la majorité sortante travailliste qui vise un troisième mandat, les « nationalistes » promettent d’organiser un référendum sur l’indépendance d’ici 2010. Le message des « Nats », comme on les surnomme, n’est pas sans rappeler la stratégie du PQ, le Parti québécois : votez pour nous, ça ne coûte rien d’essayer. C’est comme ça que le PQ a certes gagné les élections à diverses reprises depuis 1976 mais aussi qu’il a perdu deux référendums sur la souveraineté.

Tim, dynamique vendeur de cuisines qui a roulé sa bosse jusqu’en Australie et aux Etats-Unis où il a été camionneur, envisage de donner sa voix au SNP. « Tous les autres partis proposent plus ou moins la même chose, l’indépendance on n’a pas encore essayé », dit-il, avec une insouciance surprenante quand on songe à l’enjeu. Je lui rétorque que, tout comme au Québec, un vote pour les nationalistes ne serait pas ipso facto un vote pour la souveraineté. Il me répond que contrairement au Québec, les électeurs du parti nationaliste sont généralement favorables à l’indépendance, le plus connu étant l’acteur Sean Connery. Le SNP bénéficie d’ailleurs de ses largesses. Néanmoins un sondage récent place l’option indépendantiste à un maigre 22%.

En dehors des drapeaux, les Ecossais semblent déjà indépendants, au moins psychologiquement. Les mots  «Scotland », « Scot » et « Scottish » sont employés à toutes les sauces, même le petit-déjeuner n’y échappe pas. A preuve, cette belle boîte « Scottish Breakfast », contenant un mélange de thés noirs corsés de l’Assam, de Ceylan et du Kenya que je trouve dans un magasin pour touristes sur la route de l’île de Skye. Toute comparaison avec le fameux « English Breakfast » serait sans doute malvenue.  « Ce qui est frappant pour un non-Ecossais c’est l’insistance constante sur la fierté et le patriotisme écossais », écrivait récemment depuis Edimbourg le chroniqueur du journal The Guardian Jonathan Freedland. « Pour ne pas être débordés par le SNP, les hommes politiques travaillistes invoquent à l’envi la nation écossaise ».

bernard.giansetto@wanadoo.fr

Pour aller plus loin :

http://www.taurillon.org/forum.php3?id_article=1166&id_forum=1658

Paradis électoral

         PARIS – En ce dimanche 22 avril 2007, je participe au dépouillement dans mon bureau de vote du 19e arrondissement de Paris qui a fermé avec plus d’une demi-heure de retard à cause de l’affluence record – 1.216 votants pour quelque 1.400 électeurs inscrits. On ouvre les paquets d’enveloppes bleues regroupés par tas de dix. Une mélopée répétitive s’élève de chaque table : « Royal, Royal, Bayrou, Royal, Sarkozy, Royal, Sarkozy, Royal, Sarkozy, Bayrou ». De temps en temps, un « Le Pen » vient briser l’harmonie. Je touche du doigt la démocratie : chaque voix compte et je compte chaque voix en traçant des bâtons sous les noms des heureux élus. C’est tout bête mais ça exige de la concentration. Commentaires politiques malvenus.

     A ma table, une jeune fille à la peau mate – que j’imagine antillaise – parle un français parfait mais en roulant curieusement les r. Une fois le dépouillement terminé (519 voix pour Ségolène, 320 pour le petit Nicolas, 238 pour François Bayrou, 39 pour Le Pen) (*), elle nous raconte que chez elle, en Polynésie française, les élections sont beaucoup plus festives et « participatives », pour reprendre un mot à la mode. Dans sa petite île australe de l’archipel français du Pacifique, les électeurs attendent en effet le résultat du dépouillement, rassemblés devant les bureaux de vote. Quand les résultats sont proclamés, les vivas se mêlent aux huées mais, au bout du compte, tout le monde va prendre une bière ensemble, les uns consolant les autres, assure-t-elle. A croire que la Polynésie est vraiment le paradis que j’imaginais quand j’étais adolescent.

(*) Voynet 25, Besancenot 22, Buffet 14, Bové 13, Laguiller 11, De Villiers 5, Schivardi 2, Nihous 1, blancs et nuls 7

bernard.giansetto@wanadoo.fr