12/12/12 : quand les Stones font du bénévolat pour les sinistrés de Sandy

NEW YORK – Du rock et des bénévoles pour les sinistrés de l’ouragan Sandy : en ce 12 décembre 2012, un concert bénéfice avait lieu au Madison Square Garden, à New York, retransmis par la télévision. Près d’un mois et demi après le passage de l’ouragan, Paul McCartney, Eric Clapton, Roger Waters, les Rolling Stones, les Who – uniquement des Britanniques ou presque – venaient à la rescousse pour appeler à donner de l’argent (il y avait tout de même quelques New-Yorkais comme Billy Joel, Alicia Kayes ou Bruce Springsteen, le rockeur du New Jersey, venu en voisin).

Ca faisait drôle de voir ces rockeurs aux cheveux grisonnants, quand ce n’est pas carrément blancs, au visage marqué pour ne pas dire ravagé dans le cas des Stones. On n’imaginait pas qu’ils vieilliraient un jour ou, si c’était le cas, qu’ils continueraient à monter sur scène et à jouer du rock and roll.

Mick Jagger continue d’arpenter la scène en gesticulant de manière toujours aussi frénétique; Pete Townshend des Who fait toujours ses grands moulinets en maltraitant sa guitare, même s’il ne la réduit plus en morceaux à la fin de sa prestation.

De brèves séquences étaient projetées sur grand écran entre chaque groupe pour montrer la solidarité des « volunteers« , tous ces bénévoles qui se sont mobilisés pour aider les sinistrés à se relever.

C’est la grande différence, il me semble, avec la France et peut-être avec l’Europe. On n’attend pas tout de l’Etat. On va donner un coup de main sans se dire que c’est uniquement aux autorités et aux pouvoirs publics de secourir. Les « pouvoirs publics » : ceux qui peuvent. Comme si nous, simples citoyens, nous ne pouvions rien ou pas grand-chose. A moins que nous ne nous voyions uniquement comme des contribuables qui, sous prétexte de payer des impôts, délèguent leur solidarité à l’Etat, en toute bonne conscience.

Ainsi, ici, dans mon quartier insulaire de Roosevelt Island, entre Manhattan et Queens, où il y a eu peu de dégâts, à part quelques arbres déracinés et quelques sous-sols inondés, mes voisins ont mobilisé le voisinage, par courriel, par Facebook, pour récolter des vivres, des vêtements, de la vaisselle, tout ce qui peut secourir des gens qui ont tout perdu. La « récolte » a lieu tous les dimanches matin, la distribution le lendemain. Mes voisins portent le fruit de leur collecte dans le quartier dévasté des Rockaways, près de l’aéroport Kennedy, face à l’océan, quartier qui a pris l’ouragan de plein fouet. Ces jours-ci, ce sont aussi des jouets qu’ils récoltent : ils ont dressé un sapin dans le restaurant en bas de chez moi et nous ont appelés à y déposer des cadeaux pour Noël.

« The Giving Tree » à Roosevelt Island (New York), arbre de Noël pour les enfants sinistrés de l’ouragan. A chaque étiquette représentant le téléphérique menant dans l’île correspond un cadeau que les îliens sont invités à acheter et à déposer au pied de l’arbre.

Retour du courant à Greenwich Village : Chick Corea et Stanley Clarke au « Blue Note »

NEW YORK – Sans courant, pas de Corea. L’électricité est revenue à temps dans le bas de Manhattan à la veille du week-end pour permettre au Blue Note de réouvrir samedi 3 novembre et à Chick Corea et Stanley Clarke de monter sur scène.

Les deux virtuoses du piano et de la contrebasse étaient en compagnie de Ravi Coltrane, saxophoniste émérite et fils de son père, de Charles Altura, jeune guitariste blanc doué mais introverti, et d’un très bon batteur, Marcus Gilmore, petit-fils de Roy Haynes, batteur noir de jazz de grande renommée. Derrière son piano à queue, à une extrémité de la petite scène du Blue Note, Chick Corea faisait office de chef d’orchestre, suivant attentivement ses camarades et se montrant  particulièrement complice avec le jeune Gilmore à l’autre extrémité.

La salle était pleine à craquer ce week-end et elle devrait continuer d’afficher complet tant que Corea et Clarke seront à l’affiche, jusqu’au lendemain de l’élection présidentielle.

Si la lumière est revenue en ville, si le métro roule à nouveau cahin-caha, la situation est encore loin d’être normale. Les installations électriques de certains immeubles de Manhattan sont définitivement hors service et il faudra plusieurs semaines pour les remettre en état. Sans parler des zones ravagées du New Jersey et de Queens, sur le front de mer, où se pose désormais la question de reconstruire ou pas face à un océan que l’on nous prédit désormais perpétuellement menaçant.

Michael Jackson : « De la douleur naît la liesse »

apollo-t.1246029491.JPGPARIS – Mon ami Jacques de New York m’envoie une série de photos prises hier soir devant le théâtre Apollo de Harlem où j’étais allé écouter Obama en novembre 2007 (voir chronique) et devant lequel on se rassemble maintenant pour rendre hommage à Michael Jackson. Curieusement, ces photos me rappellent la liesse populaire le soir de l’élection d’Obama le 4 novembre dernier. Réponse de Jacques :

« C’était effectivement une liesse. apollo-2.1246030464.JPGCe matin à 8h, les gens dansaient et chantaient. L’entrée de l’Apollo était tapissée de cartons dépliés sur lesquels les gens écrivaient des dédicaces ; fleurs, bougies, photos… la même ferveur enthousiaste que dans les églises. De la douleur naît la liesse.« 

apollo-1.1246029294.JPGCi-dessous, le récit de sa soirée et de sa nuit, en compagnie de sa femme, Anouk, et de leurs trois filles, après que se soit répandue la nouvelle de la mort du « roi de la pop ».

J’ai peu dormi. Il y a à peine quelques heures encore, devant la fenêtre ouverte de notre townhouse de la 132e rue, défilaient des voitures hurlant des tubes de Michael Jackson. Dans le ciel d’ébène de Harlem, bourdonnaient les hélicoptères des grandes chaînes de télé qui filmaient en direct la 125e rue, et en particulier l’Apollo Theater, juste derrière chez nous. C’est là en effet, le 13 août 1967, que les Jackson Five ont remporté le fameux concours de l’Amateur Night Showdown du mercredi soir. Tu connais la suite… 

A peine la nouvelle tombée, en début de soirée, des centaines de Harlémites se sont rendus sur les lieux, chantant, dansant, riant, pleurant, dans une incroyable et émouvante liesse populaire.  Michael Jackson était un « fils » du quartier.  Plus qu’en fans, c’est en frères, en soeurs, en pères ou en mères que tous sont venus lui rendre hommage dans cette ambiance dont seul Harlem a le secret. Ce quartier est un endroit unique au monde, comme tu le sais. L’épicentre du swing et de la soul… 

Michael Jackson a été déclaré officiellement mort vers 18h15. Mais un quart d’heure plus tôt, la rumeur se répandait déjà comme une traînée de poudre sur la 125e, d’où Lou et Anouk, qui y faisaient des courses, m’ont appelé pour me prévenir. A la sortie de l’ONU, à 20 heures, j’ai sauté dans un taxi pour rejoindre au plus vite l’Apollo, où j’ai pris ces quelques photos.  J’avais demandé aux filles de m’y attendre, pour qu’elles vivent aussi cet événement.

« New York City will never die »

neil-young.1232206531.jpgNEW YORK – Le refrain dit normalement : « Rock and Roll will never die » (le rock ne mourra jamais ». Après le premier couplet, Neil Young a glissé à la place : « New York City will never die« , New York ne mourra jamais). Le balladin du nouveau monde se produisait ce 15 et 16 décembre au « Jardin de la place Madison »,  le fameux Madison Square Garden. Dès le deuxième morceau, il a attaqué avec « Hey, hey, My, My« , cet hymne au rock-qui-ne-mourra-jamais. Le visage de l’artiste s’est empâté, son crâne s’est quelque peu déplumé même s’il porte toujours les cheveux longs mais sa voix est toujours aussi claire. Et il continue de danser avec sa guitare électrique au rythme de la musique, comme avec une cavalière saoule de décibels qui l’entraînerait dans un tourbillon de fin du monde.

Il passe aussi toujours avec autant d’aisance du rock le plus épais –  morceaux ruisselants de notes électriques enveloppantes, ponctués d’envolées lancinantes – aux ballades mélodieuses simplement accompagnées à la guitare folk. Il a ainsi chanté « The Needle and The Damage Done« , dénonciation des dégâts causés par l’héroïne, chanson que le public, qui connaît par coeur les paroles de ses classiques, a repris en choeur avec lui. Au fond de la scène, un improbable invité peignait sans relâche des tableaux abstraits, comme s’il était seul au monde dans cette salle, immense caverne sonore où des milliers de personnes n’avaient d’yeux que pour le « rockeur du monde libre » qui a achevé son spectacle en chantant un « Rocking in the Free World » repris là aussi spontanément par le Madison Square Garden.