Education sexuelle à la mode du XVIIIe

enfer-de-la-bnf.1208177041.jpgPARIS – Grâce à l’exposition consacré à « l’enfer » de la Bibliothèque nationale de France (BNF), j’ai découvert un chef d’oeuvre de littérature érotique datant du 18e siècle, intitulé « Thérèse philosophe » et dont l’auteur est, bien entendu, anonyme – selon Sade, il a été écrit par un certain Boyer d’Argens. Ce texte est considéré par les spécialistes comme un classique, sinon le classique de la littérature clandestine qui circulait sous le manteau (au sens propre) avant la Révolution française.

Je ne vais pas vous faire languir plus longtemps et en voici un extrait. La scène se passe dans un confessional. Un prêtre fait la morale à Thérèse, la jeune héroïne du roman. Elle vient de confesser les attouchements qu’elle a pratiqués et goûtés avec ses compagnons et compagnes de jeu au fond d’un grenier. Son confesseur l’avertit des dangers qui la guettent.

Le jeûne, la prière, la méditation, le cilice, furent les armes dont il m’ordonna de combattre par la suite mes passions. « Ne portez jamais, me dit-il, la main, ni même les yeux sur cette partie infâme par laquelle vous pissez, qui n’est autre chose que la pomme qui a séduit Adam et qui a opéré la condamnation du genre humain par le péché originel ; elle est habitée par le Démon ; c’est son séjour, c’est son trône ; évitez de vous laisser surprendre par cet ennemi de Dieu et des hommes. La Nature couvrira bientôt cette partie d’un vilain poil, tel que celui qui sert de couverture aux bêtes féroces, pour marquer par cette punition que la honte, l’obscurité et l’oubli doivent être son partage. Gardez-vous encore avec plus de précaution de ce morceau de chair des jeunes garçons de votre âge, qui faisait votre amusement dans ce grenier ; c’est le serpent, ma fille, qui tenta Eve, notre mère commune. Que vos regards et vos attouchements ne soient jamais souillés par cette vilaine bête, elle vous piquerait et vous dévorerait infailliblement tôt ou tard.

– Quoi ! Serait-il bien possible, mon Père, repris-je tout émue, que ce soit là un serpent et qu’il soit aussi dangereux que vous le dites ? Hélas ! Il m’a paru si doux ! Il n’a mordu aucune de mes compagnes. Je vous assure qu’il n’avait qu’une très petite bouche et point de dents, je l’ai bien vu…

– Allons, mon enfant, dit mon Confesseur en m’interrompant ; croyez ce que je vous dis ; les serpents que vous avez eu la témérité de toucher étaient encore trop jeunes, trop petits, pour opérer les maux dont ils sont capables ; mais ils s’allongeront, ils grossiront, ils s’élanceront contre vous : c’est alors que vous devez redouter l’effet du venin qu’ils ont coutume de darder avec une sorte de fureur et qui empoisonnerait votre corps et votre âme. » Enfin, après quelque autre leçon de cette espèce, le bon Père me congédia en me laissant dans une étrange perplexité.

Roman publié chez GF Flammarion avec les gravures de l’édition de 1785.

Site de la BNF : www.bnf.fr/pages/cultpubl/exposition_731.htm

Un commentaire sur “Education sexuelle à la mode du XVIIIe

  1. C’est surement cette coquine et tres observatrice petite Therese qui a inspire l’expression celebre, rapportee a moi par ma pote basquaise Maite,  » Therese, celle qui rit quand on la baise ».
    J’attends avec impatience les commentaires des lecteurs, mon age et mon statut de presque grand mere m’interdisant de m’appesantir.

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