Muselière pour Voltaire (II)

onu-palais-des-nations.1214778029.JPGGENEVE – Voltaire a deux minutes chrono pour s’exprimer devant le Conseil des droits de l’homme.  Cette instance de l’Onu scrute la performance en matière de droits de l’homme des pays soumis à une procédure appelée « examen périodique universel« . Des Etats aussi variés que la France, la Suisse, Bahreïn, la Tunisie, le Mali, le Pérou ou la Corée du Sud viennent tout juste de se soumettre à cet examen. La France, par exemple, a fait son mea culpa sur la situation pitoyable de ses prisons et promis d’y remédier. 

Avant d’ouvrir la bouche, avant même la réunion, notre Voltaire a pu subir des pressions amicales de diplomates peu désireux que l’on aborde certains sujets touchant leur pays, comme me l’a confié le représentant d’une organisation non gouvernementale (ONG) internationale accréditée à Genève. Mais Voltaire, nous le savons, n’est pas du genre à se laisse intimider ni acheter.

Imaginons – comme nous l’avons entendu – qu’il mette en cause la charia (la loi islamique) lorsque celle-ci autorise, comme en Iran, le mariage des petites filles dès l’âge de neuf ans ; ou que, concernant les mutilations génitales, il qualifie d’ambiguë une fatwa édictée par l’université d’Al-Azhar du Caire ; ou qu’il s’insurge contre le népotisme qui prévaudrait au sein de la famille régnante d’un émirat nommément cité ; ou qu’il évoque la répression visant l’organisation des Frères musulmans. Il sera alors immédiatement interrompu par le représentant d’un grand pays du Proche-Orient, classé parmi les régimes arabes « modérés » par les médias occidentaux. Il s’entendra dire que s’il est libre de s’exprimer comme il l’entend, certains propos sont néanmoins inacceptables. En général, l’ambassadeur reprochera à notre Voltaire du 21e siècle d’être hors sujet, en soulignant qu’il doit s’exprimer uniquement sur les résultats obtenus par les Etats concernés dans la mise en oeuvre des engagements qu’ils ont pris. Bref, au bout du compte, ce n’est jamais le bon moment d’aborder les sujets qui fâchent.

L’ambassadeur de ce grand pays arabe interrompt en effet systématiquement toute ONG mettant en cause un pays musulman ou semblant critiquer la religion. Il lui arrive même d’exiger que les propos tenus ne figurent pas au compte-rendu officiel des débats. Quelques pays, un peu toujours les mêmes, prennent quand même la défense des orateurs que l’on tente ainsi de museler ou de censurer. Il s’agit généralement de la Slovénie (s’exprimant au nom de l’Union européenne), du Canada, et de temps en temps de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne, voire de la Suisse. Le représentant de la France est intervenu une fois pour appeler au « bon sens » en rappelant le temps très limité dont disposaient les organisations de la société civile pour s’exprimer. Il a été applaudi par une partie de la salle, une réaction spontanée tout à fait exceptionnelle qui a entraîné un rappel à l’ordre du président. Celui-ci, un diplomate roumain dont la tâche d’arbitre est des plus délicates il faut le reconnaître, a dit que l’on n’était « pas dans une réunion électorale« .

(à suivre)

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