Muselière pour Voltaire (III)

fracture.1214783421.JPGGENEVE – Le président du Conseil des droits de l’homme, Doru Costea, s’est un instant départi de son flegme, de sa rigueur et de sa neutralité. En conclusion de l’Examen périodique universel (voir chronique précédente), il a appelé à ne pas gâcher, à ne pas détruire cet outil qui permet alternativement à chacun des Etats membres de faire le bilan de sa pratique en matière de droits de l’homme et de prendre des engagements en acceptant ou pas les suggestions des autres Etats membres. « Vous ne voulez certainement pas une enceinte où l’unanimité soit la règle, a-t-il dit. J’ai connu un tel système pendant cinquante ans et je ne crois pas que ce soit là votre souhait. »

Il sait bien que ce n’est malheureusement pas si sûr. Certains Etats ont un mode de fonctionnement, sinon soviétique, du moins où la critique publique n’est pas la bienvenue. Mais personne ne pouvait décemment le contredire. Pour une partie des Etats membres, démocratie et droits de l’homme sont des mots dont l’emploi est certes obligatoire mais dont la mise en oeuvre est à géographie variable. Elle doit en effet d’abord se plier aux traditions et aux réalités locales. A la suite d’une intervention de la délégation canadienne sur l’interdiction des relations sexuelles hors mariage au Pakistan, le représentant de ce pays rétorquera qu’il ne s’agit « pas d’un droit de l’homme universel » et qu’il est hors de question de légaliser une telle liberté des moeurs. Dans nombre de pays, et pas seulement musulmans, il en va de même pour les droits des homosexuels.

La Canadienne Louise Arbour, haut-commissaire aux droits de l’homme de l’Onu – qui vient tout juste d’achever son mandat – soulignait dans Le Monde du 28 juin que « la principale difficulté » dans la reconnaissance de l’universalité des droits de l’homme, « venait aujourd’hui du fait (…) de l’essor des religions, (de) la force des voix religieuses« .

D’autant que certains pays musulmans, pour ne pas dire la majorité d’entre eux, ont le sentiment que l’on cherche à les « ostraciser« , comme l’a dit carrément la délégation pakistanaise. Au point où le représentant de l’Egypte s’est exclamé, à la suite de critiques formulées par une organisation non gouvernementale, que « l’islam ne serait pas crucifié au Conseil » des droits de l’homme. La remarque a fait sensation. Elle illustre bien la tension régnant entre deux mondes qui cohabitent tant bien que mal tout en rejetant les valeurs que chacun des deux craint de se voir imposer par l’autre. Deux siècles plus tard, il y a encore du boulot, cher Voltaire.

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Pour alimenter la réflexion lire le point de vue d’un rabbin publié à ce sujet dans La Tribune de Genève :

www.tdg.ch/pages/home/tribune_de_geneve/l_actu/opinions__1/opinions_detail/(contenu)/239980

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