« Pour guérir d’une maladie, on en parle » (adage rwandais)

rwanda-014.1242402063.jpgNEW YORK – Elles s’appellent Valentine, Yvette, Sylvina, Philomena, Josette, Isabelle, Odette. Violées pendant le génocide rwandais, alors qu’elles étaient très jeunes pour la plupart, elles ont survécu et ont donné naissance à un enfant. Elles racontent leur calvaire dans une exposition terrible qui vient de s’achever à l’ONU, ainsi que la relation souvent difficile qu’elles ont avec cet enfant non désiré. Certaines comme Philomena sont incapables d’aimer leur enfant. « Je comprends qu’elle est innocente et j’essaye de l’aimer mais je n’y arrive pas« , dit Philomena à propos de sa fille Juliette. De son côté, Josette explique qu’elle s’est « efforcée d’aimer » son fils Thomas même si pour se venger de son père elle aurait plutôt « dû le tuer« . Mais c’est d’autant plus impossible que c’est un garçon difficile, ajoute-t-elle : « Il se comporte comme un enfant de la rue. Ce n’est pas parce qu’il sait que je ne l’aime pas ; ça vient de ce sang qui coule en lui« .

D’autres comme Odette avec son fils Martin se sont attaché peu à peu à lui. Miraculeusement, Yvette confie qu’elle a aimé immédiatement Isaac, ce bébé pourtant fruit de la plus extrême violence : « Quand j’ai accouché, il était si beau que j’ai commencé à l’aimer instantanément« .

Valentine (sur la photo), qui a deux filles, Amélie et Inez, l’une de son mari tué pendant le génocide, l’autre d’un violeur, confie au photographe que ça lui a « pris longtemps pour pouvoir s’asseoir et parler comme nous le faisons ici à présent« .

La sagesse populaire au Rwanda affirme que « pour guérir d’une maladie, on en parle« . C’est un très bel adage, très vrai pour les troubles psychologiques, mais peut-on vraiment guérir lorsque l’on a subi ce que ces femmes ont vécu à l’adolescence, violées un nombre incalculable de fois dans certains cas, et rejetées par les rares proches qui ont survécu, quand de surcroît, elles n’ont pas été contaminées par le sida. Environ 20.000 enfants seraient le fruit amer de ces viols.

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Les photos et les interviews ont été réalisés par Jonathan Torgovnik, un photographe israélien (www.torgovnik.com)

Voir aussi concernant l’exposition : http://mediastorm.org/0024.htm

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