L’Eternel (narcissisme) féminin, selon Penélope Cruz

Trésor du Vésuve

QUELQUE PART DANS LE CIEL ENTRE NAPLES ET PARIS – Les femmes cherchent-elles à se faire belles pour plaire, pour séduire, ou simplement pour se sentir bien dans leur peau ? Sont-elles des astres désireux de resplendir afin d’illuminer et de réchauffer l’univers qui les entoure, comme le soleil éclaire les planètes ? Faire tourner les têtes, suffit-il à les rasséréner ?

Il semble que oui, si j’en crois l’actrice espagnole Penélope Cruz. A la question « quel sens donnez-vous à la beauté d’une femme ?« , posée par Air France Magazine de ce mois-ci, elle répond : « Tout sauf des codes conventionnels liés à l’esthétique. Pour moi, une femme est ou devient belle lorsqu’elle se sent belle, par ce qu’elle dégage de sa personne.

« Enfant, assise dans un coin du salon de coiffure de ma mère, j’observais les comportements des femmes qui venaient et comment elles se regardaient différemment dans le miroir en entrant et en sortant. La métamorphose du regard qu’elles posaient sur elles-mêmes était incroyable, poursuit la belle Penélope. Je pense que la beauté vient d’un sentiment intérieur profond de bien-être et d’harmonie. Toutes les femmes peuvent être belles dans l’amour qu’elles ressentent pour elles-mêmes.« 

Autocensure à la Jospin

jospin.1266776911.jpgPARIS – Plus grand monde ne se souvient de l’OCI, l’Organisation communiste internationaliste, un groupuscule trotskiste français des années 70. Est-ce la raison pour laquelle, Lionel Jospin, qui y a milité, ne la cite jamais par son nom ? J’ai assisté à un soirée débat hier à la fondation Jean-Jaurès avec l’ancien premier ministre qui sort un livre d’entretiens – « Lionel raconte Jospin« , publié au Seuil – ayant aussi donné lieu à un documentaire de Patrick Rotman diffusé récemment sur France 2. Une chose m’a frappé : Jospin raconte dans les détails sa carrière politique, son passage par l’UGS (Union de la gauche socialiste) et le PSU (Parti socialiste unifié), son virage vers « le trotskisme » puis son ralliement au Parti socialiste de François Mitterrand. De l’OCI, jamais il ne fera spontanément explicitement mention lors de ce débat.

Je lui demande donc pour quelle raison, il reste ainsi dans le flou. On ne peut en effet s’empêcher de penser qu’il s’agit là d’un reliquat de sa répugnance à évoquer un passé qu’il a longtemps caché, ayant été soupçonné d’avoir été une taupe trotskiste au sein du PS. Il donne une réponse pas très satisfaisante : ce parti – l’OCI, qu’il nomme enfin – « a plusieurs fois changé de nom« .

Auparavant, l’animateur du débat l’avait questionné sur son peu d’empressement à répondre aux questions qui lui avaient été adressées lorsque son passé trotskiste avait été révélé. Et Jospin avait répondu : « Je n’aime pas l’absolue transparence. Les régimes d’absolue transparence sont ceux du totalitarisme« .

Bien sûr, on voit bien ce qu’il veut dire, mais de là à assimiler transparence et totalitarisme… On ignorait jusqu’à présent que les Etats totalitaires faisaient preuve d’une « absolue transparence ». On n’ose croire que Lionel Jospin pensait à la Corée du Nord ou à l’ex-URSS. Même de la part d’un ex-trotskiste, ça serait surprenant. D’un personnage public tout autant.

Manifeste pour une infidélité institutionnalisée

de-ny-a-ny-mai-nov-2009-209.1266172815.jpgPARIS – Les hommes – les êtres humains – seraient naturellement infidèles. S’appuyant implicitement sur ce postulat, Luc Le Vaillant, journaliste au quotidien français Libération lance un appel à l’institutionnalisation de l’infidélité à l’occasion de la Saint-Valentin. Comme tout manifeste digne de ce nom, son texte est quelque peu filandreux et bavard. Toutefois, les citations ci-dessous en résument bien le message.

(Pour en apprécier pleinement le sens et les allusions, les lecteurs non français doivent savoir que RTT signifie au départ « réduction du temps de travail« , notion liée à la semaine légale de travail de 35 heures en France. Dans la langue courante, ces fameuses « RTT » sont en fait des journées de récupération pour les salariés travaillant davantage.)

« Il s’agit d’instaurer une ‘RTT du couple’, autrement dit une réduction du temps de couple (RTC) afin de préserver la pérennité de celui-ci, à tout le moins de lui permettre d’élargir son horizon, de morceler son territoire, de reprendre son souffle (…) ; chacun gèrera ses jours de RTC à sa guise, selon la durée déterminée et le calendrier stipulé par les accords de couple (…) ; l’intérêt premier sera de pouvoir vivre des amours contingentes et des sexualités nécessaires. Ou l’inverse… Cette proposition part bien sûr de la conviction que la fidélité des corps et des esprits est peu tenable, si tant est qu’elle soit souhaitable. (…) Il est temps que (…) le goût de la découverte remplace la pulsion d’accaparement. »

Voici le passage le plus savoureux, surtout pour les conjoints : « Le but n’est pas de faire sortir du placard les doubles vies car personne ne sera tenu de détailler ses RTC, pas plus que vous n’êtes obligés de raconter à votre patron ou à vos collègues ce que vous avez fait de vos RTT« .

Tout ne sera pas inavouable non plus car « tout n’est pas sentimentalo-sexuel dans la vie » : « Les RTC pourront être mises à profit pour reconquérir une solitude nécessaire ou pour revendiquer des embardées que le consensus forcément mou du couple tolère mal. Se faire ermite des alpages quand l’habitude est au bronzage tropézien« .

Peut-être que l’instauration de cette « RTC » permettrait au bout du compte de diminuer le nombre de divorces. On peut aussi craindre l’inverse. Il est certain en tout cas que l’absence est souvent un bon remède à l’usure du couple. L’abstinence aussi ; mais à dose homéopathique… 

Feu d’artifice « de crise »

eiffel-embrasee.1247649908.jpgPARIS – « C’est un feu d’artifice de crise« … La femme derrière moi, au milieu de 700.000 autres spectateurs, commente le spectacle sans discontinuer, en ce soir de 14 juillet, place de l’Alma, face à la Tour Eiffel. Au point où je finis par me boucher les oreilles. J’en ai assez entendu. J’ai eu droit à : « Je dis ça car, franchement, j’ai vu mieux« . Ou bien : « Ma parole, ils répètent ou quoi ?« . Et l’inévitable : « Voilà comment partent nos impôts, en fumée« . Je finis par changer de voisins en lovoyant au sein de la foule compacte. Et là, j’ai droit à d’autres commentaires, moins injustes mais encore plus inintéressants : « Je croyais que c’était hier le feu d’artifice mais en fait c’est toujours le 14 juillet« .

Pour couronner le spectacle, au moment du bouquet final, j’ai eu droit aux bras tendus, faisant écran, de mes voisins munis d’appareils photos ou de téléphones prenant des clichés sans doute impérissables. Je crois que je deviens misanthrope. L’an prochain, je me retirerai dans un monastère. En fait, c’est toujours une infime minorité qui vous pourrit la vie en étant incapable de se taire ne serait-ce que quelques minutes. Heureusement, à la fin, la grande majorité qui avait regardé le spectacle en se contentant d’exclamations admiratives a applaudi avec la joie des gens simples et enthousiastes. Comme moi.

« Pour guérir d’une maladie, on en parle » (adage rwandais)

rwanda-014.1242402063.jpgNEW YORK – Elles s’appellent Valentine, Yvette, Sylvina, Philomena, Josette, Isabelle, Odette. Violées pendant le génocide rwandais, alors qu’elles étaient très jeunes pour la plupart, elles ont survécu et ont donné naissance à un enfant. Elles racontent leur calvaire dans une exposition terrible qui vient de s’achever à l’ONU, ainsi que la relation souvent difficile qu’elles ont avec cet enfant non désiré. Certaines comme Philomena sont incapables d’aimer leur enfant. « Je comprends qu’elle est innocente et j’essaye de l’aimer mais je n’y arrive pas« , dit Philomena à propos de sa fille Juliette. De son côté, Josette explique qu’elle s’est « efforcée d’aimer » son fils Thomas même si pour se venger de son père elle aurait plutôt « dû le tuer« . Mais c’est d’autant plus impossible que c’est un garçon difficile, ajoute-t-elle : « Il se comporte comme un enfant de la rue. Ce n’est pas parce qu’il sait que je ne l’aime pas ; ça vient de ce sang qui coule en lui« .

D’autres comme Odette avec son fils Martin se sont attaché peu à peu à lui. Miraculeusement, Yvette confie qu’elle a aimé immédiatement Isaac, ce bébé pourtant fruit de la plus extrême violence : « Quand j’ai accouché, il était si beau que j’ai commencé à l’aimer instantanément« .

Valentine (sur la photo), qui a deux filles, Amélie et Inez, l’une de son mari tué pendant le génocide, l’autre d’un violeur, confie au photographe que ça lui a « pris longtemps pour pouvoir s’asseoir et parler comme nous le faisons ici à présent« .

La sagesse populaire au Rwanda affirme que « pour guérir d’une maladie, on en parle« . C’est un très bel adage, très vrai pour les troubles psychologiques, mais peut-on vraiment guérir lorsque l’on a subi ce que ces femmes ont vécu à l’adolescence, violées un nombre incalculable de fois dans certains cas, et rejetées par les rares proches qui ont survécu, quand de surcroît, elles n’ont pas été contaminées par le sida. Environ 20.000 enfants seraient le fruit amer de ces viols.

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Les photos et les interviews ont été réalisés par Jonathan Torgovnik, un photographe israélien (www.torgovnik.com)

Voir aussi concernant l’exposition : http://mediastorm.org/0024.htm