Lettre du haut de l’Atlas

NEW YORK – Un jeune Antillais originaire de l’île anglophone de la Dominique avait été invité à la mi-octobre par l’ONU dans le cadre de la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, célébrée tous les 17 octobre. Il a raconté que dans son pays, « une île magnifique » prisée des étrangers, une bonne partie de la population n’avait souvent ni électricité, ni eau courante, « ce que les touristes ne réalisent souvent pas« . Une de mes amies, qui n’est pas aveugle elle, m’a envoyé ce récit de voyage qui n’a rien d’une carte postale.

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Là où le bât blesse 

maroc-haut-atlas-dur-travail.1257889067.jpgSur les sommets du haut Atlas marocain, loin très loin de la rumeur des villes, là où la vie des hommes se déroule dans l’extrême dénuement, que je refuse de contempler comme du pittoresque, la vie des femmes est comparable à celle des bêtes de somme. Elles doivent porter l’eau, le bois; elles ploient sous des charges épouvantables, loin très loin de tout. L’absence de tout dispensaire de santé, l’absence de système scolaire, l’absence de toute adduction d’eau font de la vie une éternelle lutte contre la chaleur ou le froid.  Je rentre éblouie par les paysages et bouleversée par le courage du peuple berbère, si beau, si fier, qui vit oublié de tous dans les montagnes de l’Atlas.

En marchant, je pensais à toi qui vit à New York, loin, si loin de ce dénuement. Pendant 10 jours, nous n’avons entendu aucun bruit mécanique car il n’y a aucune route pour relier les villages les uns aux autres, rien que de simples traces empruntées par les mules et les pas des hommes.

Marrakech m’a fait horreur à mon retour, j’ai  détesté son faste aussi clinquant que trompeur.

Mais la situation est peut-être en train de changer. L’électricité est en cours de pose dans certains districts que nous avons traversés. Dans certaines vallées très reculées, des ouvriers aidés de mules étaient en train de couler les socles des futures lignes électriques. Mais, là encore, pas de camions, la mule et son bât restent le seul moyen de transport pour atteindre les zones très escarpées où se dresseront les pylônes électriques. Tu imagines bien que ces travaux dureront longtemps car il n’y a pas d’engins de travaux publics tels ceux que nous rencontrons en Europe.

Autre incongruité, pour moi tout du moins, sur certains toits plats des maisons de terre se dressent des paraboles, les postes de télévision fonctionnant sur batteries. Omar, notre guide, nous dira que la télévision est le premier objet moderne préféré des populations de montagne lorsqu’elles ont les moyens de pouvoir faire cet achat.

Nous avons rencontré aussi une famille possédant un téléphone portable. Les communications ne passent pas partout mais notre guide nous a dit que le gouvernement avait leur développement pour priorité. Et ainsi la montagne se « hérisse » d’antennes relais. J’en ai vu pour ma part une petite dizaine en dix jours.

imilchil.1257889313.jpgMais tout cela ne change pas grand-chose à la situation des femmes et à leur grandes difficultés  de vie. Le portage du bois (elles coupent les branches de genévriers) sur de longues distances et dans des conditions périlleuses car il n’y a pas de routes et les sentiers sont très escarpés lorsqu’il y en a ; le portage de l’eau, l’absence de dispensaires (nous avons rencontré plusieurs personnes demandant des soins pour de vilaines plaies mal soignées), tout cela montre que les populations du Haut-Atlas vivent dans de très grandes difficultés. Mais personne ne se plaint, les femmes nous disant par l’entremise du guide qu’il est normal que les femmes travaillent. D’ailleurs beaucoup chantaient dans la montagne en coupant le bois ou en lavant le linge dans l’oued.

Je pourrais encore te raconter bien des souvenirs encore très vifs.

Depuis mon retour j’ai l’impression de vivre dans l’opulence la plus totale, le fait de marcher sur une route carossable, d’allumer et éteindre la lumière, tourner les robinets d’eau chaude et froide, quel luxe !

Françoise Cartigny-Emond

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