Rue Amelot : souvenir d’une résistance juive à Paris

Cérémonie du 5 avril 2012

PARIS – C’est une plaque commémorative, comme il y en a tant à Paris en souvenir de la guerre et de la déportation. Celle-ci, dévoilée le mois dernier au 36 de la rue Amelot dans le 11e arrondissement de la capitale française, rend hommage au courage d’une poignée de résistants, des hommes et des femmes qui ont risqué leur vie pour sauver des enfants juifs menacés d’être déportés avec leurs parents, en les plaçant dans des familles françaises non israélites. Par leur mode d’action non violent, ils ont néanmoins risqué leur vie. Ils l’ont perdu pour une majorité d’entre eux, rattrapés par la machine de mort nazie.

L’action du Comité Amelot est méconnue. Elle serait restée totalement ignorée si l’un de ses animateurs, Jules Jacoubovith (né Yehuda Jacoubovitz) n’avait raconté son histoire. Mais pendant longtemps, le manuscrit, rédigé en yiddish en 1948, est resté enfoui dans les archives familiales. Jules Jacoubovitch mourra en 1965. Un jour, sa fille, Gabrielle, qui était une fillette pendant la guerre, décide de traduire ce récit pour le rendre accessible à ses enfants et à sa famille. Elle découvre alors que ce texte est bien plus que les mémoires personnelles de son père pendant l’occupation. Elle réalise que ses parents ont pris, avec d’autres, des risques insoupçonnés pendant la guerre.

En cet après-midi d’avril, où le maire du 11e arrondissement, Patrick Bloche, dévoilait la plaque, on respirait, rue Amelot, un timide air printanier. Bientôt, la capitale reverdirait. Le maire a évoqué ces « événements dans lesquels le pire de l’homme a surgi« . Le pire mais le meilleur aussi. On estime qu’un millier d’enfants ont été sauvés par le Comité Amelot en fournissant des faux papiers et en ouvrant des échappatoires.

J’imaginais alors l’atmosphère lourde qui devait régner dans les rues et peser sur les âmes à Paris 70 ans auparavant. En avril 1942, ces hommes et ces femmes qui risquaient leur vie pouvaient-ils se réjouir de l’arrivée du printemps ? Pouvait-on rester insouciant alors que, de manière absurde, on avait plongé dans la misère toute une partie de la population brusquement interdite d’exercer les métiers trop « nobles » pour elle, parmi les plus utiles comme celui de médecin par exemple ?

Une légende veut que les juifs d’Europe se soient laissés conduire sans réagir à l’abattoir par les nazis. Certains ont lutté, résisté dans l’ombre, et ne sont pas morts pour rien, comme le rappelle la plaque dévoilée 36 rue Amelot le 5 avril dernier.

Un commentaire sur “Rue Amelot : souvenir d’une résistance juive à Paris

  1. Je suis touchée par cet article très sensible, qui rappelle bien l’atmosphère et les faits qui se sont principalement déroulés de 1940 à 1943.
    Je voudrais informer les lecteurs qui peuvent être intéressés que nous avons réalisé, avec le centre MEDEM, une exposition basée sur le livre de mon père. Elle circule depuis 2006 et suscite beaucoup d’intérêt

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