Japon : la médaille et son revers

TOKYO – Comment ne pas être frappés et séduits par la courtoisie et la civilité des Japonais? Cent fois par jour, on nous dit merci, on s’incline devant nous, le contrôleur en entrant dans le wagon, les femmes de ménage en attendant qu’on en sorte, le chauffeur d’autobus et aussi les commerçants bien sûr. La présence humaine, si souvent regrettée en France dans les transports ou les services publics, n’a pas été sacrifiée au Pays du soleil levant : partout, sur les quais des gares, dans la rue, dans les couloirs du métro, il y a des hommes – plus que des femmes – qui renseignent, canalisent la foule, informent souvent un micro à la main. Et s’il y a beaucoup de monde dans les lieux publics, on ne s’y sent jamais perdu car il y a toujours quelqu’un pour vous aiguiller. Les Tokyoïtes eux-mêmes demandent spontanément à l’étranger qui semble chercher son chemin où il veut aller. Et c’est bien agréable.

Et puis, il y a l’envers du décor. Nous les avons croisés le matin à l’heure de pointe ou plutôt nous les avons côtoyés de très près dans le wagon de métro bondé, tous habillés du même costume sombre, le portable en main, les écouteurs sur les oreilles, souvent les yeux clos. Nous les avons retrouvés en fin de soirée, ces travailleurs et travailleuses tombant de fatigue, affalés sur leurs sièges ou écroulés sur leurs voisins et voisines, dormant la bouche ouverte par wagons entiers. Sortaient-ils seulement du bureau ou du bar à saké où ils avaient dîné et bu entre collègues ? Les deux sans doute.

En descendant du métro, nous assistons à une scène troublante. L’un de ces employés en costume-cravate a perdu toute sa dignité : il est accroupi par terre sur le quai, hagard, la tête appuyée contre le mur de la station. Silhouette pitoyable, il est seul et sa solitude contraste avec les foules du matin sur le même quai. Un employé du métro survient, passe à côté de lui et poursuit néanmoins son chemin, comme s’il ne l’avait pas vu. La présence humaine a ses limites, à moins qu’il ne s’agisse d’une scène trop banale dans le métro de Tokyo en fin de journée pour émouvoir qui que ce soit.

Hélène Lazar (collaboration spéciale)

Un commentaire sur “Japon : la médaille et son revers

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s