ONU : quand Médecins sans frontières s’adresse en anglais à des… francophones

GENEVE – Est-ce de l’acculturation, de l’ignorance ou une sorte de vanité, de fierté mal placée ? Cette semaine, Médecins sans frontières (MSF) s’est exprimé en anglais devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève dans le cadre d’une réunion sur les violences sexuelles au Congo-Kinshasa, alors que la majorité des personnes à la tribune, dont deux ministres congolaises, étaient francophones.

Le français a beau être, avec l’anglais, une des deux langues de travail de l’ONU et une des six langues officielles, quelques francophones choisissent néanmoins régulièrement de s’exprimer en anglais, alors même que les déclarations sont traduites simultanément dans les cinq autres langues, dont l’anglais bien sûr. Cela peut parfois se justifier quand on souhaite s’adresser à des personnalités anglophones présentes, sans prendre le risque d’être mal compris ou mal traduit, ce qui est rare au demeurant, les interprètes onusiens étant généralement, comme on s’en doute, d’un excellent niveau.

En l’espèce, le choix de MSF est, au sens propre, incompréhensible, d’autant que son représentant était manifestement un francophone, si j’en juge à son fort accent français, ce qui ajoute au ridicule de la situation. Il s’exprimait dans le cadre du créneau réservé aux organisations non gouvernementales, des ONG qui se sont d’ailleurs plutôt exprimées en français lors de ce débat. Et après, on va s’offusquer du recul du français dans les instances internationales alors que, parfois, les principaux intéressés eux-mêmes ne profitent pas du privilège qui leur est offert de pouvoir s’exprimer dans leur langue. Les hispanophones, les arabophones, les russophones et les Chinois eux, ne s’en privent pas.

[wpsr_socialbts]

La moitié des New-Yorkais ne parlent pas anglais à la maison

NEW YORK – Près d’un New-Yorkais sur deux (49%) ne parle pas anglais chez lui. C’est l’estimation que vient de publier le Census Bureau, chargé d’effectuer le recensement de la population états-unienne tous les cinq ans.

Ce New-Yorkais « allophone » est avant tout hispanophone : un sur quatre (près de 1,9 million de locuteurs)  parle la langue de Cervantès ou bien un dialecte créole de l’espagnol. Cela ne surprend pas quand on constate que la grande majorité des employés des restaurants par exemple sont des Latino-Américains.

Viennent ensuite les Chinois qui sont plus de 400.000 à parler mandarin ou cantonais à la maison. Ce n’est pas surprenant non plus, la présence des Asiatiques étant elle aussi massive à New York – près de 81.000 d’entre eux parlent coréen par exemple et 22.000 autres japonais.

Viennent ensuite les russophones (186.000 locuteurs), puis les créolophones originaires principalement de Haïti qui sont plus de 100.000, tandis que 80.000 autres parlent le français standard – avec 94.000 locuteurs les italophones restent un peu plus nombreux que les francophones.

Près de 200.000 New-Yorkais dialoguent dans un idiome du nord de l’Inde et du Pakistan (hindi et ourdou en particulier), tandis que 53.000 communiquent en arabe. Quant au yiddish, il est toujours vivace dans la « Grosse pomme », puisqu’ils seraient  encore 85.000 à le pratiquer, soit près de deux fois plus que ceux qui parlent hébreu chez eux (47.000).

On se dit que tous ces gens, ces 50% de New-Yorkais parlent anglais lorsqu’ils mettent le nez dehors. Eh bien, ce n’est pas si sûr car un nombre non négligeable ne maîtrise pas très bien la langue de Shakespeare. Ainsi, 900.000 hispanophones sur 1,9 million reconnaissent qu’ils parlent anglais « moins que très bien » (sic). Ces locuteurs qui broient du « broken English » (petit nègre) sont même majoritaires chez les sinophones (283.000 sur 419.000).

Si l’on prend les Etats-Unis dans leur ensemble, près de 80% des 286 millions d’Américains âgés de plus de 5 ans parlent anglais à la maison ; plus de 12% parlent espagnol ou un créole de l’espagnol, soit 36 millions de personnes. Plus de 45% de ces hispanophones auraient une connaissance limitée de la langue anglaise, voire quasiment nulle dans pour une partie d’entre eux.

Cependant, à partir de l’âge de 18 ans, le pourcentage d’hispanophones tombe à 7,7% pour 86% d’anglophones. Il est bien connu en effet que les enfants de couples d’origine étrangère ou mixte finissent pas se fondre dans le moule pour parler de préférence la langue du pays d’adoption où, bien souvent, ils sont nés.

0-0-0

Pour en savoir plus (combien sont-ils à parler polonais, allemand ou persan par exemple ?), voir l’excellente infographie de WNYC, station de radio à but non lucratif que je recommande à ceux d’entre vous qui maîtrisent… l’anglais.

Affichettes en 5 langues à l’entrée d’un bureau de vote new-yorkais (Tudor City) pour la présidentielle de 2012.

Les Portugais bouffent les mots

LISBONNE – Les Portugais mangent les mots. Alors que les Espagnols prononcent clairement chaque syllabe en castillan, langue très voisine du portugais, leurs voisins occidentaux contractent tout au maximum. Portugal devient ainsi « Port’gal« , et la spécialité des pâtisseries d’Aveiro, les ovos moles (oeufs mous) se transforment, avec ou sans mastication, en quelque chose comme « ovch’molche« .

Ca m’a déçu jusqu’à ce que je réalise bien vite que je faisais de même en français. Les Français, du moins ceux de la moitié nord, ceux qui parlent « pointu », comme on dit en Provence, et les Wallons aussi sans doute, mangent les voyelles tout comme les Portugais. On dit ainsi plus couramment j’vais m’prom’ner que je-vais-me-promener. On dit plus souvent chus r’parti que je-suis-reparti…

Les Québécois font de même : « Chus r’parti sur Québecair, Transworld, Nord-East, Eastern, Western puis PanAmerican/mais chais p’u où chus rendu« … comme le chantent Robert Charlebois et Louise Forestier dans « Lindberg« .