Les langues meurent aussi (I)

a021_00005.1210757620.jpgDINGLE / AN DAINGEAN – Bridie Fitzgerald tient un bed and breakfast à Dingle, An Daingean en gaélique, joli port de pêche de la côte ouest de l’Irlande. Cette jeune grand-mère qui a vécu aux Etats-Unis dans sa jeunesse n’y est pas restée : elle est rentrée dans la mère-patrie au bout de cinq ans où elle s’est mariée. Son époux, engagé en politique, a même été sénateur. De langue maternelle gaélique, elle affirme la parler à ses enfants et l’apprendre à sa petite fille.

Elle regrette la disparition de l’irlandais, comme on dit ici, une mort qu’elle semble considérer comme inéluctable. A Dingle, des parents font pression, raconte-t-elle, pour que l’enseignement à l’école primaire se fasse en anglais et non plus en gaélique. « Et les enfants poussent à la roue« , selon elle. Ils préfèrent bien sûr qu’on leur apprenne la langue de l’ancien colonisateur qui est surtout la langue de la télévision, de la chanson, du cinéma, bref de la rue, plutôt que cette autre langue rugueuse, celle des ancêtres, autrement dit celle des vieux.

Elle trouve injuste que les nombreux étrangers qui s’installent en Irlande ne soient pas tenus de faire apprendre le gaélique à leurs enfants, alors que n’importe où ailleurs ils seraient tenus d’acquérir l’idiome du pays.

Bridie rappelle que la langue irlandaise est celle des paysans, parlée dans deux ou trois « poches » de l’Ouest – Donegal, Connemara ainsi que le Kerry où nous nous trouvons – et que le Gaeltacht, le pays gaéliquophone, rétrécie comme peau de chagrin. C’est comme en Bretagne avec le breton : pour entendre parler gaélique, le mieux est d’écouter la radio car il se fait rare dans la rue. Pour le lire, il suffit de déchiffrer les panneaux et communications officielles, presque toujours bilingues ; sauf ici justement où l’appellation anglaise Dingle a été abolie d’autorité, au grand dam des professionnels du tourisme. Ce volontarisme est malheureusement le symptôme du manque de vigueur d’une langue. Et il ne suffit pas de la graver, même dans le marbre, pour qu’elle survive. Le latin a beau orner un grand nombre de nos monuments, il a bel et bien disparu.

Pour en savoir plus : http://en.wikipedia.org/wiki/Gaeltacht ou

www.goireland.com/BLOG/Article/Irish-Language.html

Pour entendre « l’irlandais » en version originale non sous-titrée sur l’antenne de la RTE (Radio Telefís Éireann) :

www.rte.ie/radio/index.html et cliquer sur Raidió na Gaeltachta.

2 commentaires sur “Les langues meurent aussi (I)

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