Divorce (confidences inattendues)

PARIS – Le chauffagiste est arrivé tôt pour l’entretien annuel de la chaudière. C’était la première fois que je le voyais car, d’habitude, c’est son patron qui vient. Bonnet de laine sur la tête, l’air sympathique et jovial, il doit approcher de la quarantaine. Il a fait son boulot consciencieusement en répondant à mes questions concernant… la chaudière. Avant qu’il ne prenne congé, je lui propose un café tandis qu’il remplit sa feuille d’intervention qu’il signe de son prénom, René. Il accepte en mentionnant néanmoins qu’il a du mal à s’endormir le soir. Il laisse entendre que c’est à cause du café et du coca et aussi de… ce qu’il « vit en ce moment ». « Et vous vivez quoi en ce moment ? » Sa femme lui a annoncé le 11 décembre que c’était fini.

Ce soir-là, René était rentré à la maison avec un bouquet de roses car il sentait qu’elle n’allait pas bien. Et c’est avec son bouquet encore à la main qu’il apprend le naufrage de son ménage. Elle songeait au divorce depuis un moment mais ne savait pas comment lui en parler.

« On s’est perdu« , dit-il. Perdus de vue, au sens propre : lui travaille le jour, elle la nuit (dans une fabrique de cosmétiques). Il s’occupe des enfants le soir – ils en ont cinq – fait les courses le samedi. Une petite vie tranquille qui ne la satisfaisait plus depuis longtemps, lui a-t-elle avoué. « Je l’aime toujours et même encore plus qu’avant« , confie-t-il en racontant qu’il a le sentiment que son univers s’est écroulé ce soir du 11 décembre. Il en a perdu le sommeil et l’appétit. Il a soupçonné une liaison, espionné les SMS dans le téléphone de sa femme, cru avoir la confirmation de ses doutes quand il est tombé sur les mots gentils d’un collègue avec lequel elle fait le trajet tous les jours en voiture. Il a « pété les plombs », dit-il, menaçant d’aller attendre l’amant supposé à la sortie du boulot. Elle a démenti toute infidélité, tout en précisant que ce n’était pas faute d’avoir eu des avances de certains de ses collègues. Il la croit. Manifestement, il préfère la croire. Après avoir perdu sept kilos en moins de deux moins, René est allé voir son généraliste qui lui a prescrit un traitement homéopathique qui lui a apparemment fait du bien et l’a calmé. Je lui suggère d’aller voir un psy mais il me répond que ce n’est plus nécessaire désormais.

Ils ont décidé de continuer à vivre ensemble dans l’immédiat. Trois des enfants, les plus grands, ont été mis au courant. Lorsqu’ils se sépareront, seule sa fille aînée, qui a 14 ans, restera avec lui – elle ne s’entend pas avec sa mère. En partant, il me remercie de l’avoir écouté : « Ca fait du bien de parler« . René me le dira deux fois. C’était moi le psy.

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