Adieu Bernard, bienvenue Louis

img_3327.1239039627.jpgENTRE GENEVE ET CARPENTRAS – Je roulais vers le Sud, laissant Genève, les Alpes et le Jura enneigés derrière moi, et découvrant dans la région de Valence les taches roses des vergers de pêchers. Un message a atterri sur mon téléphone et j’ai songé qu’il s’agissait sans doute de l’annonce du décès d’un ami que je savais au plus mal. Je me suis arrêté pour le lire. J’ai d’abord cru que le message ne m’était pas destiné car c’était une naissance que l’on m’annonçait. Un ancien collègue-et-néanmoins-ami américain venait d’avoir un deuxième garçon et invitait ses amis à se réjouir avec lui : « We are ecstatic« , écrivait-il au sujet de la venue au monde de ce petit Louis Keaten pesant près de quatre kilos. Je lui ai envoyé mes « congratulations » et ai repris la route, réjoui de ce rayon de soleil inespéré. Un peu plus tard, un autre message, vocal celui-là, s’est introduit dans mon téléphone. Je me suis à nouveau arrêté : cette fois, Hélène m’annonçait la mort de notre ami. Bernard Brun avait succombé la veille, le 29 mars, à Amiens. J’ai repensé à un autre 29 mars, il y a neuf ans, jour du décès de mon père. 

Outre la date, il est des coïncidences troublantes : ces deux nouvelles successives qui m’arrivent lors d’un trajet, seul au volant, lorsque l’esprit vagabonde. La route offre le loisir de rêver à l’avenir comme de penser à des choses plus graves ; c’est un bref entre-deux pendant lequel on peut aussi bien revisiter son passé qu’envisager son avenir. Deux nouvelles : une mort, une naissance. Une mort dans la souffrance et le désespoir de la vie qui s’arrête trop tôt, une naissance dans la douleur et la joie d’un avenir où tout est possible. J’ai repensé à Bernard, chez nous, l’an dernier, venu à Paris pour une opération à laquelle les médecins avaient finalement renoncé.

Allongé sur le canapé, une douleur nouvelle te tenaillait, semblant se déplacer à l’intérieur de ton corps quand tu changeais de position. « Je ne sais pas ce qui m’arrive », disais-tu, désemparé face à un mal insaisissable. Tu auras pourtant lutté pendant trois ans et demi, refusant de te résigner à l’irrémédiable, jusqu’à la fin, convaincu que tu pouvais l’emporter. Ta volonté n’aura pas suffi. 

Contrairement à ce que l’on prétend, contrairement à ce que l’on aimerait croire, il semble que la volonté et l’appétit de vivre ne suffisent pas toujours.

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