Droit à la différence et droit à l’échec

 img_0254.1206186931.JPGNEW YORK – « Gais, gais, marions-nous, mettons-nous dans la misère ! Gais, gais, marions-nous. Mettons la corde au cou ! », dit la chanson. Les homosexuels, qui ont réussi de haute lutte à se passer « la corde au cou » doivent se battre maintenant pour pouvoir dénouer le noeud coulant.

Il s’agit d’un couple de lesbiennes qui s’est marié dans le Massachusetts où le mariage homo est légal. Margaret Chambers et Cassandra Ormiston ont donc convolé en justes noces en 2004, à une époque où des couples homosexuels affluaient de tous les Etats-Unis pour se marier – ce n’est plus possible aujourd’hui car il faut désormais résider dans l’Etat pour pouvoir convoler. Mais, en raison de « différences irréconciliables« , les deux femmes ont déposé une demande de divorce deux ans plus tard dans le Rhode Island, l’Etat voisin où elles habitent mais où l’on ne marie pas les gens de même sexe. En attendant de savoir si un tribunal familial de « L’Ile-de-Rhodes » peut dissoudre une union qui ne figure pas dans sa législation, on leur a suggéré une solution : qu’au moins une des deux aille s’installer dans le Massachusetts suffisamment longtemps (au moins un an) pour que la procédure puisse être mise en oeuvre.

« Nous avons le même droit à l’échec que les autres« , a rétorqué Mme Ormiston qui exclut totalement de déménager pour pouvoir divorcer, selon des propos rapportés par le Providence Journal, le grand quotidien du petit Rhode Island. Les avocats des deux femmes soulignent qu’un mariage valide est valide partout et qu’il peut donc être dissous n’importe où.

Pour ceux et celles que la question juridique intéresserait, voir le Providence Journal : www.projo.com/ri/providence/content/same_sex_arguments_10-10-07_537E3G3.326b848.html

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Une autre info récoltée ce même 10 octobre 2007. Plus anecdotique, elle illustre le fait, me semble-t-il, que, bien souvent, la différence dérange – l’ambiguïté sexuelle en particulier. Cette information est d’abord une photographie qui occupe presque toute la hauteur de la première page de l’édition new-yorkaise du quotidien Metro à côté d’un bref article sur les deux lesbiennes se débattant pour divorcer. Le cliché (photo ci-dessus) montre une personne jeune, de race noire, au sexe indéterminé, aux cheveux très courts, vêtue comme un homme – une chemise blanche sur une poitrine plate, un pantalon d’homme marron – des lunettes sur un visage fin. Il ou elle descend des escaliers en haut desquels se dressent des colonnes néoclassiques. La légende nous informe que Khadijah Farmer quitte la Cour suprême de l’Etat de New York où elle a porté plainte la veille pour discrimination sexuelle contre un restaurant de Greenwich Village.

Le 24 juin dernier, après la parade de la Fierté gay l’autre quotidien gratuit AM New York (www.amny.com) précise qu’elle est lesbienne – elle était allée se restaurer au Caliente Cab Company, un restaurant mexicain à la mode. Là, elle s’était fait virer des toilettes des femmes après que quelqu’un se soit apparemment plaint qu’un homme s’y trouvait. Elle affirme avoir tenté de montrer une pièce d’identité mais le videur n’aurait rien voulu entendre. Sa mère s’insurge : « Etre prise pour un homme est une chose, on surmonte ça et on ne s’y arrête pas. Mais être jetée dehors à cause de ce que l’on est ? » Le restaurant l’accuse de chercher à récolter de l’argent à ses dépens. Son avocat, qui préside une association transgenre, n’a pas révélé combien elle demandait pour le préjudice.

bgiansetto@orange.fr

Bouquet final sur l’Ile du Feu

CHERRY GROVE – Fin de party à Fire Island, à deux heures de New York. Les amoureux de ce banc de sable qui s’étire sur une cinquantaine de kilomètres au large de l’Ile Longue (Long Island), fêtaient la fin de l’été ce week-end. Et Halloween aussi, avec un mois d’avance, pour ne pas être en reste ! Bals costumés à Cherry Grove, la cerisaie, samedi soir, pour s’amuser une dernière fois avant les irrémédiables frimas. L’été était encore là, le ciel sans nuage, la lune presque pleine, la température très douce. Fire Island est le lieu de villégiature favori des homosexuels new-yorkais des deux sexes (*) : les drapeaux arc-en-ciel y flottent un peu partout aux côtés de ceux des quatre coins du monde ; j’ai même vu le drapeau jaune et blanc du Saint-Siège, ce qui confirme, s’il en était besoin, que les gays ont  le sens de l’humour, en plus de l’amour des sens !

Les maisons de bois, aux architectures aussi variées qu’inventives, s’échelonnent côte à côte, noyée dans la verdure, en arrière de la plage. Le sol est sablonneux, parfois marécageux (gare aux moustiques en début de saison !), et un entrelacs d’allées en bois a été construit sur pilotis pour ne pas piétiner la végétation qui fixe la dune. Ce qui est miraculeux (d’où peut-être le drapeau du Vatican), si près de New York et dans un pays où la bagnole s’impose partout, c’est qu’il n’y a pas de voitures, en dehors de celles de la police et des pompiers.

Fin de saison à l’Ile du feu : les hôtels auront tous fermé dimanche soir prochain. Les habitués faisaient leurs bagages dimanche après-midi. On rangeait les affaires d’été et on se donnait rendez-vous « en ville », en se prodiguant force embrassades sur le ponton en attendant le bac pour regagner la terre ferme. En ces temps de réchauffement climatique, on ne sait pas si on se retrouvera encore longtemps en ce lieu si fragile. Un ras de marée submergerait sans difficulté Fire Island, à moins qu’au lieu du feu biblique ce ne soit la montée irrémédiable des eaux qui n’ait finalement raison de cette nouvelle Sodome et Gomorrhe.

(*) Cherry Grove est mixte à tous points de vue tandis que le hameau voisin de Pines serait plus masculin (Pines signifie les pins en anglais et rien d’autre…), plus snob et plus riche aussi. C’est normal, me dit ma guide, les hommes ont des revenus généralement plus élevés que les femmes.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fire_Island

Rayons sur Paris

De retour à Paris, je me réjouis de voir que mes semblables se sont multipliés pendant mes cinq semaines d’absence : les piétons ne sont plus les seuls à encombrer les pistes cyclables, des cyclistes y circulent aussi. Il était temps. Je me sentais bien seul auparavant. Le miracle s’est produit, grâce aux Vélib, ces bicyclettes à louer qui sont apparues pour ainsi dire du jour au lendemain. Ainsi, beaucoup de Parisiens, sans parler des touristes, n’auraient pas acheté de vélo pour diverses raisons dont la principale était sans doute le manque de place pour le ranger chez eux. Mais ils étaient tout prêts à pédaler pour peu qu’on leur mette le pied à « l’étrier ».