Bouquet final sur l’Ile du Feu

CHERRY GROVE – Fin de party à Fire Island, à deux heures de New York. Les amoureux de ce banc de sable qui s’étire sur une cinquantaine de kilomètres au large de l’Ile Longue (Long Island), fêtaient la fin de l’été ce week-end. Et Halloween aussi, avec un mois d’avance, pour ne pas être en reste ! Bals costumés à Cherry Grove, la cerisaie, samedi soir, pour s’amuser une dernière fois avant les irrémédiables frimas. L’été était encore là, le ciel sans nuage, la lune presque pleine, la température très douce. Fire Island est le lieu de villégiature favori des homosexuels new-yorkais des deux sexes (*) : les drapeaux arc-en-ciel y flottent un peu partout aux côtés de ceux des quatre coins du monde ; j’ai même vu le drapeau jaune et blanc du Saint-Siège, ce qui confirme, s’il en était besoin, que les gays ont  le sens de l’humour, en plus de l’amour des sens !

Les maisons de bois, aux architectures aussi variées qu’inventives, s’échelonnent côte à côte, noyée dans la verdure, en arrière de la plage. Le sol est sablonneux, parfois marécageux (gare aux moustiques en début de saison !), et un entrelacs d’allées en bois a été construit sur pilotis pour ne pas piétiner la végétation qui fixe la dune. Ce qui est miraculeux (d’où peut-être le drapeau du Vatican), si près de New York et dans un pays où la bagnole s’impose partout, c’est qu’il n’y a pas de voitures, en dehors de celles de la police et des pompiers.

Fin de saison à l’Ile du feu : les hôtels auront tous fermé dimanche soir prochain. Les habitués faisaient leurs bagages dimanche après-midi. On rangeait les affaires d’été et on se donnait rendez-vous « en ville », en se prodiguant force embrassades sur le ponton en attendant le bac pour regagner la terre ferme. En ces temps de réchauffement climatique, on ne sait pas si on se retrouvera encore longtemps en ce lieu si fragile. Un ras de marée submergerait sans difficulté Fire Island, à moins qu’au lieu du feu biblique ce ne soit la montée irrémédiable des eaux qui n’ait finalement raison de cette nouvelle Sodome et Gomorrhe.

(*) Cherry Grove est mixte à tous points de vue tandis que le hameau voisin de Pines serait plus masculin (Pines signifie les pins en anglais et rien d’autre…), plus snob et plus riche aussi. C’est normal, me dit ma guide, les hommes ont des revenus généralement plus élevés que les femmes.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fire_Island

L’Ecosse aux Ecossais

            EDIMBOURG/GLASGOW/SKYE – Trois cents ans exactement après l’union anglo-écossaise créant le Royaume-Uni, le drapeau écossais bleu à croix blanche flotte partout sur Edimbourg. Il me semble que lors de ma dernière visite (il y a 28 ans…) on ne voyait que l’Union Jack britannique. Le Parti national écossais, le SNP, est donné favori du scrutin de jeudi 3 mai qui verra le renouvellement du Parlement de Holyrood, l’assemblée écossaise. S’ils l’emportent face à la majorité sortante travailliste qui vise un troisième mandat, les « nationalistes » promettent d’organiser un référendum sur l’indépendance d’ici 2010. Le message des « Nats », comme on les surnomme, n’est pas sans rappeler la stratégie du PQ, le Parti québécois : votez pour nous, ça ne coûte rien d’essayer. C’est comme ça que le PQ a certes gagné les élections à diverses reprises depuis 1976 mais aussi qu’il a perdu deux référendums sur la souveraineté.

Tim, dynamique vendeur de cuisines qui a roulé sa bosse jusqu’en Australie et aux Etats-Unis où il a été camionneur, envisage de donner sa voix au SNP. « Tous les autres partis proposent plus ou moins la même chose, l’indépendance on n’a pas encore essayé », dit-il, avec une insouciance surprenante quand on songe à l’enjeu. Je lui rétorque que, tout comme au Québec, un vote pour les nationalistes ne serait pas ipso facto un vote pour la souveraineté. Il me répond que contrairement au Québec, les électeurs du parti nationaliste sont généralement favorables à l’indépendance, le plus connu étant l’acteur Sean Connery. Le SNP bénéficie d’ailleurs de ses largesses. Néanmoins un sondage récent place l’option indépendantiste à un maigre 22%.

En dehors des drapeaux, les Ecossais semblent déjà indépendants, au moins psychologiquement. Les mots  «Scotland », « Scot » et « Scottish » sont employés à toutes les sauces, même le petit-déjeuner n’y échappe pas. A preuve, cette belle boîte « Scottish Breakfast », contenant un mélange de thés noirs corsés de l’Assam, de Ceylan et du Kenya que je trouve dans un magasin pour touristes sur la route de l’île de Skye. Toute comparaison avec le fameux « English Breakfast » serait sans doute malvenue.  « Ce qui est frappant pour un non-Ecossais c’est l’insistance constante sur la fierté et le patriotisme écossais », écrivait récemment depuis Edimbourg le chroniqueur du journal The Guardian Jonathan Freedland. « Pour ne pas être débordés par le SNP, les hommes politiques travaillistes invoquent à l’envi la nation écossaise ».

bernard.giansetto@wanadoo.fr

Pour aller plus loin :

http://www.taurillon.org/forum.php3?id_article=1166&id_forum=1658