Congrès annuel des « autochtones » à l’ONU : réaffirmation d’un droit à la différence

onu-005.1243633030.jpgNEW YORK – Les « autochtones » ont investi l’ONU. Originaires des quatre coins du monde, ils sont venus, souvent vêtus de leurs vêtements colorés, coiffés de turbans ou même de plumes, des tenues qui contrastaient avec le costume trois pièces occidental, habituellement de rigueur dans le palais de verre. Il y avait des représentants de peuplades aussi variées que les aborigènes d’Australie, les Sâmes de Laponie, les Touaregs du Sahara, les Inuits et leurs cousins amérindiens du Nord comme du Sud. onu-004.1243633005.jpgCette session annuelle, qui dure deux semaines, s’achevait ce vendredi. Tous clament leur rejet de l’assimilation, leur refus de se fondre dans la masse qu’on tente de leur imposer, souvent par la force, depuis des siècles. Respectueux des rythmes et des limites de la nature, ils affirment souvent avoir été écologistes bien avant que ce mot ne soit inventé.

Certains détonent particulièrement par leur discours. J’ai eu ainsi, par exemple, la surprise de découvrir que des Basques français demandaient à être reconnus comme « peuple autochtone » ? Le représentant de la France a rétorqué que dans l’hexagone il n’y avait que des citoyens égaux entre eux et que la Constitution française ne reconnaissait aucune minorité ethnique. Le différend n’est pas nouveau… Lors de la cérémonie de clôture, un Amérindien du Dakota du Sud a évoqué les larmes aux yeux « l’Holocauste » subi par ses ancêtres en Amérique du Nord, un génocide que l’on ne reconnaît pas, a-t-il ajouté. Il n’a pas hésité à comparer les réserves indiennes à des camps de concentration.

Le plus fascinant pour l’oeil extérieur dans ce sommet annuel des « sauvages » à l’ONU, c’est de voir qu’ils existent toujours, qu’ils résistent même plus que jamais ; de voir aussi qu’ils n’ont pas été encore totalement écrabouillés par le rouleau compresseur de la modernité, de l’efficacité économique et de la standardisation industrielle.

Pour en savoir plus sur cette huitième session : www.un.org/News/fr-press/docs/2009/DH4990.doc.htm

Le prix des mots à l’ONU

onu-003.1243549167.jpgNEW YORK – La Commission du développement durable vient d’achever ses travaux à l’ONU en formulant un certain nombre de recommandations après deux semaines de débat. Celles-ci ont été orientées en grande partie sur les moyens de mettre en œuvre une révolution verte en Afrique. Des organisations non gouvernementales (*) suivaient l’événement et publiaient même une lettre d’information quotidienne en anglais, intitulée « Outreach Issues ». Elles ont ainsi publié une série de chiffres sur les dépenses induites par cette session et les deux qui l’avaient précédée ces deux dernières années. Question posée : « Tout cela en vaut-il la peine ? ». Comprendre : tout ce bla-bla… 

Ces ONG ont calculé en effet que les trois aller-retour pour New York en deux ans de quelque 200 délégués venus des quatre coins du monde représentaient une coquette somme qu’ils ont évaluée à 900.000 dollars ; que le budget représenté par les per diem (notes de frais forfaitaire) pour cinq semaines de réunion, à 300 dollars par jour par représentant, pouvait être évalué à 1,8 million de dollars ; et enfin qu’à 1,133 kilo de gaz carbonique par aller-retour en avion par délégué, on avait relâché dans l’atmosphère 679 tonnes de ce gaz à effet de serre, rien que pour réunir tout ce beau monde. 

Les auteurs de ces estimations, ont souligné qu’avec 900.000 dollars, le Programme alimentaire mondial de l’ONU pouvait nourrir 600.000 enfants pendant une semaine ou acheter 180.000 chèvres dans une zone comme le Sahel. Avec 1,8 million de dollars, l’UNICEF pourrait acheter du matériel scolaire pour 400.000 enfants du Zimbabwe. Et enfin 679 tonnes de gaz carbonique, c’est plus que se qu’émettent un certain nombre de petits pays du tiers-monde en un an, ou un archipel français comme Saint-Pierre et Miquelon. 

Conclusion des auteurs : « Alors que les temps sont durs désormais sur les plans économique et financier, la question des coût devient incontournable. Avec plus de cent millions de personnes qui rejoignent les rangs des affamés et des mal nourris dans le monde en 2008, le coût est une question éthique légitime ». Les prochaines sessions de la Commission du développement durable auront lieu à New York du 3 au 14 mai 2010 et du 2 au 13 mai 2011.

(*) Sustainable Development Issues Network (www.sdin-ngo.net) et Stakeholder Forum (http://media.stakeholderforum.org)

« Pour guérir d’une maladie, on en parle » (adage rwandais)

rwanda-014.1242402063.jpgNEW YORK – Elles s’appellent Valentine, Yvette, Sylvina, Philomena, Josette, Isabelle, Odette. Violées pendant le génocide rwandais, alors qu’elles étaient très jeunes pour la plupart, elles ont survécu et ont donné naissance à un enfant. Elles racontent leur calvaire dans une exposition terrible qui vient de s’achever à l’ONU, ainsi que la relation souvent difficile qu’elles ont avec cet enfant non désiré. Certaines comme Philomena sont incapables d’aimer leur enfant. « Je comprends qu’elle est innocente et j’essaye de l’aimer mais je n’y arrive pas« , dit Philomena à propos de sa fille Juliette. De son côté, Josette explique qu’elle s’est « efforcée d’aimer » son fils Thomas même si pour se venger de son père elle aurait plutôt « dû le tuer« . Mais c’est d’autant plus impossible que c’est un garçon difficile, ajoute-t-elle : « Il se comporte comme un enfant de la rue. Ce n’est pas parce qu’il sait que je ne l’aime pas ; ça vient de ce sang qui coule en lui« .

D’autres comme Odette avec son fils Martin se sont attaché peu à peu à lui. Miraculeusement, Yvette confie qu’elle a aimé immédiatement Isaac, ce bébé pourtant fruit de la plus extrême violence : « Quand j’ai accouché, il était si beau que j’ai commencé à l’aimer instantanément« .

Valentine (sur la photo), qui a deux filles, Amélie et Inez, l’une de son mari tué pendant le génocide, l’autre d’un violeur, confie au photographe que ça lui a « pris longtemps pour pouvoir s’asseoir et parler comme nous le faisons ici à présent« .

La sagesse populaire au Rwanda affirme que « pour guérir d’une maladie, on en parle« . C’est un très bel adage, très vrai pour les troubles psychologiques, mais peut-on vraiment guérir lorsque l’on a subi ce que ces femmes ont vécu à l’adolescence, violées un nombre incalculable de fois dans certains cas, et rejetées par les rares proches qui ont survécu, quand de surcroît, elles n’ont pas été contaminées par le sida. Environ 20.000 enfants seraient le fruit amer de ces viols.

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Les photos et les interviews ont été réalisés par Jonathan Torgovnik, un photographe israélien (www.torgovnik.com)

Voir aussi concernant l’exposition : http://mediastorm.org/0024.htm

Au-dessus de l’Atlantide

ny-1-008.1242407596.jpgA BORD D’UN BOEING 777 D’AIR FRANCE ENTRE PARIS ET NEW YORK – Après avoir survolé la côte bretonne ensoleillée, sont apparus des centaines d’îles et d’îlots. J’ai bientôt réalisé qu’ils ne figuraient sur aucune carte : cet Atlantide, cet archipel fantôme, c’était l’ombre portée des nuages sur l’océan.