Au seuil de l’au-delà

PARIS, HOPITAL SAINT-LOUIS – Nous sommes cinq ou six, allongés sur des brancards, à attendre notre tour pour le bloc opératoire en ce petit matin d’automne hivernal. On ne parle pas, on regarde le plafond et échangeons parfois un sourire. A quoi peut-on penser dans un tel moment ? On va m’endormir pour une opération bénigne. Pas de quoi en faire une histoire, ni même une chronique sur Internet, me direz-vous. Mais, bon, ça reste une opération chirurgicale : on vous endort et même si les accidents anesthésiques sont rares, il arrive qu’ils surviennent…

Alors, voilà, je me dis qu’il est possible que je ne me réveille pas. Faut-il en faire un drame ? Finalement, non, du moins en ce qui me concerne. Car de deux choses l’une : ou bien il y a « quelque chose » de l’autre côté du miroir et là, ça devient très intéressant, sauf évidemment si on m’expédie brûler éternellement en enfer. Mais en dépit de quelques faux pas et d’une ou deux « petites trahisons« , je devrais être absous. L’autre hypothèse, évidemment, c’est qu’il n’y ait rien et que ma petite vie s’arrête là, avec l’évaporation de ma conscience dans l’éther et le néant. Dans ce cas, ce n’est pas si dramatique que cela vu que je n’en saurai rien. A part que j’aurais dû mettre un peu d’ordre dans mes affaires pour épargner ça à ceux que je laisse.

Car c’est pour eux que ce serait dramatique ! Si je ne me réveille pas, quelques personnes seront tristes, sans doute ; peut-être même tristes à en avoir du chagrin. La mort, finalement, c’est surtout dur pour ceux qui restent. Voilà ce que je me disais l’autre matin, allongé tout nu sous un tablier de papier de couleur bleue à attendre que l’on vienne me conduire au bloc.

On m’a ramené à la vie environ deux heures plus tard. Avant de perdre conscience, le dernier visage que j’ai vu a été celui tout à fait agréable de Daniela, anesthésiste au charmant accent roumain qui m’a expliqué en détails comment on procédait pour m’endormir. Je l’ai remerciée de se montrer aussi pédagogue. Selon elle, certains patients préfèrent plutôt qu’on ne leur explique rien du tout. Mais tant qu’à mourir, autant le faire en apprenant un dernier petit quelque chose sur la vie.

2 commentaires sur “Au seuil de l’au-delà

  1. Bonjour Bernard, alias « Cancoillote »…
    Je découvre par hasard l’existence de ton blog, et en profite pour te faire un petit coucou au cas où tu aurais un vague souvenir de moi : Anne S… bisontine d’origine, passée par les bureaux parisiens d’AP de… voyons voir, de 1996 à 2000 c’est ça ! C’est que ça paraît déjà si loin. Heureuse de voir que tu es toujours dans le coup ! Je me promets de venir lire de temps en temps quelques-uns de tes billets, qui m’ont l’air tout à honorables, ma foi 😉 !
    Bien cordialement,
    Anne

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  2. Bonjour, Bernard.
    Heureux d’avoir un peu de tes nouvelles, à l’occasion d’un petit détour du côté de ton blog. Heureux surtout que les disciples d’Hippocrate qui devaient t’accueillir « au seuil de l’au-delà » aient réussi à ne pas prolonger le plongeon dans l’inconnu plus qu’il ne fallait pour remettre l’organisme en parfait état de fonctionnement. :-))

    Amitiés et meilleurs souvenirs,
    Étienne

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