Impressions d’Amérique latine : la Colombie veut croire à la paix

colombie-079VILLA DE LEYVA – « 2017 – Bienvenidos a la Paz » : en ce début d’année, sur la Plaza Mayor de Villa de Leyva, jolie petite ville touristique prisée des citadins de Bogota, à 160 km de la capitale colombienne, une banderole colorée exprime un vœu de paix. Après un demi-siècle de guerre civile larvée, d’assassinats politiques, de meurtres de syndicalistes, de militants des droits de l’homme, le pays semble dire, unanime : « Basta de sangre« , assez de sang.

Pourtant, le 2 octobre dernier, convaincue par la virulente campagne en faveur du « non » menée par l’ancien président Alvaro Uribe, une toute petite majorité a rejeté l’accord de paix avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie, les fameuses FARC, lors du référendum qui était censé couronner le processus de paix en entérinant l’accord signé sous les auspices de l’ONU conclu en août et qui a valu le Nobel de la paix au Président Juan Manuel Santos.  L’accord a été amendé lors de négociations expresses entre les parties, soumis au Parlement et entériné dès le 30 novembre sans prendre le risque de redemander l’avis de la population par référendum.

C’est maintenant que les difficultés commencent. L’instauration d’une paix durable doit se faire en trois étapes : désarmement, démobilisation et réintégration, processus bien connu à l’ONU par son sigle DDR. Inspiré, en effet, par les Nations unies, le DDR a été mis en œuvre dans d’autres pays au sortir de longs conflits sanglants, en Afrique en particulier.

Toutefois, cette espèce de formule miracle onusienne n’est pas si simple à appliquer, s’agissant en particulier de la troisième phase, la plus délicate. On ne réinsère pas, en effet, dans la vie civile d’anciens combattants et combattantes – qui n’ont connu que la vie de maquisards surtout habiles au maniement des armes – en les priant de chercher du boulot et de gentiment fonder une famille plutôt que de sombrer dans le banditisme.

L’accord prévoit donc un appui financier « exceptionnel et transitoire pour leur stabilisation économique », une fois qu’ils auront déposé les armes – processus qui avait déjà pris du retard en janvier. Chaque ex-guérillero recevra ainsi un pécule de deux millions de pesos (environ 650 euros), une aide à la réinstallation censée lui permettre de faire face à ses besoins de base, se nourrir en particulier. Ensuite, pendant deux ans, ils doivent percevoir une rente mensuelle équivalente à 90% du salaire minimum, en attendant qu’ils trouvent une activité rémunératrice. Pour ce faire, ils pourront aussi bénéficier d’un soutien économique pour entreprendre un projet individuel ou collectif.

Un suivi de chaque ancien maquisard est prévu, assuré par un « Conseil national de réinsertion » (Consejo Nacional de Reincorporación), cogéré par l’État et les FARC. Mis en place le 20 décembre dernier, le CNR disposera d’antennes locales. Son rôle consiste à offrir aux démobilisés « une attention » dans les domaines psychologique, de la santé, de la formation, de l’éducation et des activités productives, « de telle manière qu’ils puissent s’intégrer avec dignité à la vie sociale et politique du pays ».

Si les Colombiens ont une crainte, c’est celle représentée par le pouvoir de nuisance d’Uribe. Toutes les personnes rencontrées avec lesquelles nous avons parlé du processus de paix lors de notre séjour de trois semaines évoquent le caractère malfaisant d’un personnage demeuré influent. Proche des ex-paramilitaires d’extrême droite, qui étaient dirigés par son frère Santiago, proche des grands éleveurs qui se sont appropriés indûment des terres en s’appuyant sur ces mêmes paramilitaires, l’ancien président a tout fait pour faire capoter l’accord avec les FARC.

Et dans ce pays, il existe historiquement une méthode infaillible, inaugurée par le colonisateur espagnol, pour ne pas respecter une signature : éliminer physiquement par la suite les gens avec qui l’on a conclu un compromis. Les Colombiens espèrent qu’il en ira autrement cette fois. Le président Juan Manuel Santos s’est vu décerner le prix Nobel de la paix ; de concert avec les FARC censées se muer en parti politique, il lui reste maintenant à faire en sorte que cette paix devienne définitivement réalité.

colombie-308No hay camino para la paz, la paz es el camino

(Il n’y a pas de chemin pour la paix, la paix est le chemin)

Photo prise le 26/12/2016 à Carthagène des Indes (Colombie)

COP21 : chaleur humaine pour le climat

PARIS – Ce fut un rassemblement joyeux, main dans la main, qui faisait du bien. Il a mis du baume au cœur, apaisé momentanément le chagrin et fait passer provisoirement au second plan le traumatisme des attaques sanglantes du 13 novembre. La vie continue malgré tout, ainsi que les combats pour une vie meilleure. Nous ne nous laissons pas abattre.

Plusieurs milliers de personnes, dont de nombreux étrangers, ont formé une chaîne humaine à la mi-journée à Paris afin d’affirmer l’unité nécessaire de l’humanité pour que ses  représentants s’attaquent de manière plus résolue au réchauffement climatique. Cette manifestation pacifique a eu lieu quelques heures avant l’ouverture à quelques kilomètres de là de la « COP21 », la vingt-et-unième conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Toute manifestation sur la voie publique était théoriquement interdite dans le cadre de l’état d’urgence proclamé à la suite des attentats.

© Photos Bernard Giansetto 2015

Réflexions sur les tueries du vendredi 13

Yoan Giansetto, auteur-compositeur-interprète, était en concert le soir du carnage du vendredi 13 à Paris, dans un restaurant de la rue Oberkampf, non loin du Bataclan où a eu lieu la pire tuerie. Le duo du Caribou Volant qu’il forme avec sa compagne musicienne Ninon Moreau a dû interrompre sa prestation face à un public qui ne les écoutait plus, eux-mêmes n’apprenant les événements en cours qu’à la fin de ce qui n’aurait dû n’être que la première partie du spectacle. Voici les réflexions que ces événements sanglants ont suscitées chez lui.

PARIS – Il y a une semaine, vendredi 13 novembre, des hommes armés ont tiré sur des terrasses de cafés et dans une salle de concert, d’autres ont joué pour la seule fois de leur vie aux kamikazes près du stade de France. Une semaine plus tard c’est l’état d’urgence, Bruxelles est en état de siège mais paradoxalement le calme est revenu dans les rues de Paris.

La vie peine néanmoins à reprendre son cours normal, marquée par les séquelles d’un avenir collectif qui semble s’être fragilisé encore un peu plus. Nous aurions pu faire partie des victimes, simplement parce que nous serions allés manger une pizza et boire une bière à La Casa Nostra, en bas de chez nous, rue de La Fontaine au Roi. Nous aurions pu être pris pour cible rue Oberkampf dans le restaurant aux immenses baies vitrées où nous jouions à ce moment-là.

Nous avons survécu mais je crois qu’une partie de nous est morte ce soir-là en même temps que ces amis que nous ne pourrons jamais connaître. On dit que l’espoir fait vivre mais celui-ci n’a pas grande vaillance aujourd’hui.

Terrorisme, réchauffement climatique, guerre économique, pauvreté croissante, les maux de notre civilisation hyper-connectée sont de plus en plus insistants et angoissants. Nous ne pouvons y échapper. L’information circule vite, les nouvelles succèdent aux nouvelles avant même que nous ayons eu le temps d’en saisir la dimension. Nous ne pouvions ignorer les massacres au Moyen-Orient, même si cela semblait plus facile à interpréter que ceux en bas de chez nous.

Ceux qui ont tué une partie de nous ce vendredi 13 novembre ont grandi à nos côtés. Ils avaient notre âge et ont partagé pendant des années la même culture que nous. Effet miroir : l’insouciance consumériste du « bobo » dans sa bulle et la détermination aveugle d’un fou kamikaze.

Si Daech, l’organisation dite de l’Etat islamique, est le cancer de notre société comme nous l’avons entendu plusieurs fois ces jours-ci, alors quels sont les remèdes ? En général, un cancer se déclare après une hygiène de vie inadéquate pendant une longue durée. Pour guérir, peut-être faut-il chercher à comprendre et à remédier à cette hygiène douteuse dont la société fait preuve à l’égard de certains de ses enfants. Nous pouvons l’y aider mais cela va dans les deux sens : sans projet d’avenir, sans vision globale d’un nouveau monde, nous essayerons de jouir encore et toujours, jusqu’à nous faire assassiner par nos propres frères et sœurs ou par notre Terre mère. La liberté que nous revendiquons tant et mieux ne pourra se conserver dans la jouissance individualiste que nous défendons aujourd’hui.

La liberté n’est jamais acquise, elle se conquiert, elle se conforte au jour le jour. Et s’il nous arrive de pouvoir la contempler dans notre miroir, c’est peut-être parce que l’on y perçoit mal le reflet monstrueux des déséquilibres du monde qu’elle nous renvoie.

Yoan Giansetto

Timide lueur d’espoir sur Paris après un vendredi noir

PARIS – Minute de silence en mémoire des victimes des attentats aveugles commis à Paris vendredi 13 novembre 2015. Une minute de silence, trois jours plus tard, pour se recueillir après cette soirée de meurtres, de sauvagerie fanatique, de crimes commis de sang froid.

Des fleurs, des bougies, des messages d’amour et d’espoir mais aussi de révolte ont été déposées sur les lieux des attaques, ainsi qu’au pied de la statue de la République au milieu de la place du même nom. On écrit aussi son chagrin à la craie sur l’asphalte de la place et des allées du boulevard Voltaire, près du Bataclan, théâtre du pire carnage de ce vendredi noir.

Les participants se figent en silence, dans le brouhaha de la circulation qui, elle, ne semble jamais devoir s’arrêter quoi qu’il arrive. Le soleil transperce alors les nuages et jette une belle lumière d’automne sur le monument, sur les fleurs, sur les vivants recueillis. L’éclaircie sera brève et de sombres nuées recouvriront bientôt à nouveau la ville. Mais ces fugaces rayons de lumière apparaissent comme une timide lueur d’espoir face à l’avenir bien sombre qui semble nous attendre.

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Génocide arménien : faudra-t-il encore attendre cent ans ?

Komitas
Statue du poète arménien Komitas érigée à Paris © Bernard Giansetto 2012

TOKYO – Nous voici donc, aujourd’hui 24 avril 2015, un siècle après la rafle des intellectuels et notables arméniens d’Istamboul, date symbolique du déclenchement du génocide des Arméniens de Turquie. Combien de temps faudra-t-il encore attendre – un siècle peut-être – pour que la Turquie reconnaisse l’élimination sanglante des populations chrétiennes d’Anatolie, au premier rang desquelles les Arméniens ? Pourtant, et heureusement, le sujet n’est plus tabou en Turquie. En dépit de très fortes résistances, en dépit d’un négationnisme d’État, des historiens, des intellectuels abordent sans fard la question, y compris dans leurs écrits.

Dans son livre-témoignage « Parce qu’ils sont arméniens » (édition Liana Levi), la militante féministe turque Pinar Selek rapporte une expression terrible employée par sa voisine arménienne d’Istamboul, Mme Talin. « C’est de sa bouche, écrit-elle, que j’entendis pour la première fois l’expression ‘rebuts de l’épée‘. Ces mots m’effrayaient (…). Plus tard, j’entendis fréquemment cette expression. C’est ainsi qu’on appelait souvent les Arméniens. C’étaient des mots effroyables mais tout le monde s’en servait. ‘Je suis un rebut de l’épée, moi‘, avait dit Mme Talin. J’en avais été bouleversée. Je ne parvenais pas à me débarrasser des visions de têtes coupées, de gorges tranchées, de flots de sang« .

La Turquie moderne a édifié sa mythologie nationale sur un mensonge mais nombreux sont ceux qui, en Turquie même, ne sont pas dupes, même s’ils sont probablement encore minoritaires. Tout espoir n’est donc pas perdu de voir un jour la vérité triompher dans le pays où le crime fut commis.

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De Ferguson à Genève, le chemin de croix des parents de Michael Brown

Les Parents de Michael Brown, assistés de leur conseil

GENEVE – « Aucun parent ne devrait voir son enfant tué par la police« . C’est ainsi que le 11 novembre dernier, à Genève, M. Brown, le père du jeune Michael Brown concluait son témoignage devant le Comité contre la torture (*) des Nations unies. Le moment était particulièrement poignant, ce qui n’est pas si fréquent à l’Onu. Auparavant, la mère du jeune homme de 18 ans abattu par un policier l’été dernier à Ferguson dans le Missouri, à la suite d’une altercation entre les deux hommes, n’avait en effet pu aller au bout de la déclaration écrite qu’elle avait préparée, tant elle était émue. M. Brown dira qu’il aurait aimé pouvoir faire rempart de son corps pour protéger son fils des balles du policier meurtrier.

Celui-ci vient d’être blanchi par une justice qui a décidé qu’il n’était même pas utile de le juger dans le cadre d’un procès en bonne et due forme, ce qui a déclenché de nouvelles émeutes à Ferguson et des manifestations dans de nombreuses villes des États-Unis. « Blanchi », c’est le cas de le dire, puisque cette affaire illustre une nouvelle fois le racisme d’une police très majoritairement blanche qui a la gâchette facile face à une population noire dont elle a peur.

Les experts du Comité contre la torture ont écouté les témoignages des organisations non-gouvernementales américaines lors d’une réunion qui avait lieu à huis clos. Il s’agissait de préparer l’audition de la délégation des États-Unis qui s’est déroulée les deux jours suivants, les 12 et 13 novembre. Les ONG se sont montré très combatives, virulentes même, dans la dénonciation de l’impunité des forces de l’ordre. Selon elles, les policiers américains ne sont pratiquement jamais mis en cause en cas de bavure.

Le policier qui a abattu Michael Brown dit avoir la conscience tranquille et affirme qu’il aurait réagi de la même manière face à un Blanc. Autrement dit, en Amérique, il est normal pour un policier s’estimant menacé d’abattre tout individu suspect, même s’il n’est pas armé. La déontologie des forces de l’ordre dans ce pays semble ignorer une notion aussi élémentaire que l’usage de la force proportionné à la menace. Je dégaine et je tire d’abord – en vidant mon chargeur vers le haut du corps – et je pose des questions éventuellement ensuite…

Ce pays est décidément malade de sa culture du colt, du revolver et de la winchester. On est affligé de constater que, dans ce domaine comme dans bien d’autres, l’élection d’un président métis n’aura rien changé.

(*) Les dix experts internationaux composant le Comité contre la torture sont chargés de vérifier le respect par les 156 États signataires de la Convention internationale contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

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L’ONU a-t-elle failli au Darfour ?

« En tant que musulmane arabe et africaine, je refuse de garder le silence alors que des civils innocents sont tués en mon nom« . Témoignage d’Aïcha Elbasri, ancienne porte-parole de la Mission de l’ONU dans cette région du Soudan où une insurrection en 2003 a provoqué une réaction féroce de l’armée qui n’épargne pas la population civile. 

Aïcha Elbasri

PARIS – L’ONU a-t-elle échoué dans sa mission de protéger les populations du Darfour ? Cette vaste région de l’ouest du Soudan est sortie des écrans radar de l’actualité depuis un certain temps déjà, depuis qu’il n’y est plus question de génocide. Pourtant, non seulement la situation est loin d’y être revenue à la normale, mais elle est même à nouveau en train de s’aggraver sérieusement, malgré la présence de 18.000 casques bleus.

Le 3 avril dernier, le représentant spécial conjoint des Nations unies et de l’Union africaine, Mohamed Ibn Chambas, a parlé devant le Conseil de sécurité d’une « escalade alarmante de la violence » qui a provoqué le déplacement d’au moins 215.000 civils depuis le début de l’année. Ces derniers s’ajoutent à la cohorte des déplacés estimée au total à deux millions de personnes par l’ONU. « Une fois de plus, le Darfour se trouve à la croisée des chemins« , a déclaré le 24 avril devant la même instance Hervé Ladsous, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix.

Sous-équipés, ne bénéficiant pratiquement d’aucun appui aérien, en raison notamment de l’absence d’implication occidentale, les casques bleus payent parfois de leur vie l’hostilité des belligérants à leur présence. Au minimum, ils sont en butte aux tracasseries administratives des autorités qui font tout pour mettre des bâtons dans les roues de la Mission, notamment en refusant des visas d’entrée dans le pays.

Avant ce regain de violence, la situation n’était déjà guère satisfaisante. Il n’était pas rare que les soldats de la paix répugnent à s’interposer, renonçant à protéger la population des exactions, en particulier de l’armée soudanaise et de ses milices auxiliaires, les sinistres Janjawids. C’est ce que dénonce mon ex-collègue Aïcha Elbasri, qui, scandalisée, a préféré démissionner du poste de porte-parole de la Mission hybride Union africaine/Nations unies au Darfour (MINUAD) qu’elle a occupé en 2012-2013.

Après s’être inquiétée des silences, voire des libertés prises avec la vérité – essentiellement pour ne pas envenimer les relations avec les autorités de Khartoum -, après avoir vainement tenté de tirer la sonnette d’alarme et s’être heurtée au silence de sa hiérarchie, elle a finalement choisi de révéler ce dont elle avait été témoin. Elle dénonce en particulier les euphémismes utilisés par la MINUAD qui parle de « frappes aériennes » au sujet des bombardements aveugles de populations civiles, « d’accrochages sporadiques » pour un état de guerre ininterrompu et de « violence sexuelle basée sur le genre » pour la pratique généralisée du viol.

Il y a un an, le 11 mai 2013, Aïcha a rédigé son rapport de fin de mission en expliquant les raisons de sa démission et en demandant au Département des opérations de maintien de la paix des Nations unies de se pencher sur les violations de la politique de l’information publique de l’ONU au Darfour. Ne recevant aucun écho, elle a demandé quelques mois plus tard l’ouverture d’une enquête sur les mensonges et la désinformation dont elle avait été témoin.  « Les Nations unies ont répondu à mes demandes par un silence assourdissant« , a-t-elle déclaré le mois dernier au site d’information américain Foreign Policy (Politique étrangère).

Les déclarations récentes de MM. Ibn Chambas et Ladsous indiquent que l’on a enfin réalisé qu’il n’était plus temps de se mettre la tête dans le sable. La réalité semble devoir finir par s’imposer face aux demi-vérités et vrais mensonges par omission révélés par l’ancienne porte-parole de la MINUAD. Un jour, alors qu’elle s’inquiétait du silence des casques bleus sur la collaboration  étroite entre l’armée régulière et les milices arabes janjawids, elle s’était entendu répondre par le numéro deux de la mission, le général Kisamba Wynjones : « Nous devons parfois nous comporter comme des diplomates. Nous ne pouvons pas dire tout ce que nous voyons au Darfour« .

Hervé Ladsous, le patron des casques bleus, en explique ainsi la raison à Foreign Policy : « Dans toute mission, il y a une tension entre la nécessité de préserver le consentement et la bonne volonté du pays hôte – indispensables au travail des soldats de la paix – et l’impératif parfois contradictoire de signaler franchement et objectivement tous les cas de violence. De mauvaises relations avec le gouvernement hôte peuvent rendre impossible l’action de la mission – se déplacer dans le pays, obtenir le passage en douane du matériel ou déployer des renforts en personnel« .

« J’ai choisi de mettre un terme à ma carrière onusienne pour recouvrer ma liberté de parole, dit Aïcha. Ce faisant, j’ai seulement perdu un emploi alors qu’un nombre incalculable de Darfouriens continuent de perdre la vie« . Alors que j’évoquais Srebrenica où les casques bleus néerlandais n’avaient pas défendu la population de l’enclave bosniaque en 1995, pourtant déclarée « zone protégée » des Nations unies, Aïcha m’a répondu : « Je n’ai jamais cessé d’y penser  et avec beaucoup de peine. »

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ONU : quand Médecins sans frontières s’adresse en anglais à des… francophones

GENEVE – Est-ce de l’acculturation, de l’ignorance ou une sorte de vanité, de fierté mal placée ? Cette semaine, Médecins sans frontières (MSF) s’est exprimé en anglais devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève dans le cadre d’une réunion sur les violences sexuelles au Congo-Kinshasa, alors que la majorité des personnes à la tribune, dont deux ministres congolaises, étaient francophones.

Le français a beau être, avec l’anglais, une des deux langues de travail de l’ONU et une des six langues officielles, quelques francophones choisissent néanmoins régulièrement de s’exprimer en anglais, alors même que les déclarations sont traduites simultanément dans les cinq autres langues, dont l’anglais bien sûr. Cela peut parfois se justifier quand on souhaite s’adresser à des personnalités anglophones présentes, sans prendre le risque d’être mal compris ou mal traduit, ce qui est rare au demeurant, les interprètes onusiens étant généralement, comme on s’en doute, d’un excellent niveau.

En l’espèce, le choix de MSF est, au sens propre, incompréhensible, d’autant que son représentant était manifestement un francophone, si j’en juge à son fort accent français, ce qui ajoute au ridicule de la situation. Il s’exprimait dans le cadre du créneau réservé aux organisations non gouvernementales, des ONG qui se sont d’ailleurs plutôt exprimées en français lors de ce débat. Et après, on va s’offusquer du recul du français dans les instances internationales alors que, parfois, les principaux intéressés eux-mêmes ne profitent pas du privilège qui leur est offert de pouvoir s’exprimer dans leur langue. Les hispanophones, les arabophones, les russophones et les Chinois eux, ne s’en privent pas.

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« Todos somos Chávez » (nous sommes tous Chávez)

GENEVE – Ça vous a un arrière-goût légèrement stalinien, léger mais bien présent : Grâce au président Chávez, le Venezuela dispose d’un système démocratique qui a converti l’être humain en sujet fondamental de l’action politique réformatrice, pour l’édification d’une société d’égaux, au travers de la participation politique. Si tous les Vénézuéliens savent que leur président est Hugo Chávez, ils sont pleinement conscients du fait que le pouvoir dans leur pays se situe, comme jamais auparavant et de manière irréversible, au sein du peuple qui dispose d’outils concrets pour l’exercer. Cet état de fait explique le slogan que l’on peut entendre ces jours-ci dans les rues de Caracas, à savoir que « nous sommes tous Chávez », parce qu’avec lui, « nous avons tous le pouvoir ».

Ainsi parlait le 27 février, devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève, M. Temir Porras Ponceleón, « vice-ministre du pouvoir populaire pour les affaires étrangères » du Venezuela. C’était une semaine tout juste avant le décès du chef de l’Etat vénézuélien, ce 5 mars. Ce panégyrique avait un avant-goût d’éloge funèbre, M. Ponceleón l’ayant prononcé de manière très retenue et sans ce ton nettement plus exalté qu’il avait adopté deux ans plus tôt dans cette même enceinte onusienne. Il savait manifestement que l’issue fatale était proche.

Ce discours de pure propagande, un rien hors sujet au Conseil des droits de l’homme, annonce aussi la poursuite du culte de la personnalité en l’honneur du futur disparu. C’est ce culte que son parti (socialiste) va manifestement tenter de perpétuer , sans doute dans l’espoir de se perpétuer au pouvoir.