ONU : les 9 qui ont dit « non » à la Palestine sont-ils du bon ou du mauvais côté de l’Histoire ?

NEW YORK – 138 oui, 9 non, 41 abstentions : 65 ans jour pour jour après le partage de la Palestine, ce qu’il en reste a finalement été « admis » à l’ONU en ce 29 novembre 2012 sous les applaudissements nourris de l’Assemblée générale. « Admis » avec des guillemets car un « Etat observateur non membre« , à l’instar du Vatican, ça n’est en effet pas très sexy. Le vote a pourtant sans doute été historique, même s’il ne changera pas grand-chose dans la réalité pour le moment. La réalité, c’est en effet qu’il n’y a toujours pas d’Etat palestinien en tant que tel et qu’il est probable que sa gestation soit encore loin d’être achevée.

Pourtant, certains donnent le sentiment d’être du mauvais côté de l’Histoire, en donnant l’impression qu’ils tentent de ralentir, sinon d’arrêter, sa marche inexorable. Ce sont les neuf Etats membres de l’ONU qui ont voté « non ». Passons sur Israël qui, pendant des décennies, avait réussi à faire croire au reste du monde que la Palestine ça n’existait plus, et qui a donc décidément du mal à sortir du déni.

En dehors de l’Etat juif donc il y a un poids lourd parmi les neuf, les Etats-Unis, trois poids très moyens, le Canada, le Panama et la Tchéquie, et quatre poids plumes, les îles Marshall, la bien nommée Micronésie, Nauru et Palau. Il s’agit de quasi-colonies américaines du Pacifique, des micro-Etats qui votent systématiquement comme les Américains et les Israéliens.

L’argument des neuf « non », c’est que cette reconnaissance internationale de la Palestine ne peut qu’entraver l’émergence d’un Etat en bonne et due forme. Ce vote affecterait un « processus de paix » pourtant au point mort. Est-il vraiment possible de ralentir encore un objet immobile ? On ne voit décidément pas ce que les Palestiniens avaient à perdre dans cette affaire. Ils n’ont pas gagné grand-chose en ce 29 novembre, me direz-vous. Une reconnaissance symbolique, c’est mieux que rien, non ?

Le président palestinien Mahmoud Abbas à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU le 29 novembre 2012 ©  photo Jacques Baudrier

Le silence de la Bosnie à l’ONU

NEW YORK – La Bosnie est sortie de l’actualité chaude depuis longtemps mais ses problèmes existentiels ne sont pas réglés pour autant. Le Conseil de sécurité des Nations unies a renouvelé cette semaine le mandat de l’Eufor, la force européenne de maintien de la  paix qui garantit la stabilité de cette nation improbable. Improbable car cohabitent en son sein des frères ennemis qui ne sont pas devenus miraculeusement amis une fois que les armes se sont tues.

Lors de la réunion du Conseil de sécurité, mardi dernier 13 novembre, Valentin Inzko, le haut-représentant de l’ONU à Sarajevo, sorte de proconsul de la communauté internationale, a brossé un tableau peu reluisant de la situation. Selon lui, le leitmotiv des politiciens locaux, des Serbes en particulier, est d’appeler au démantèlement de la Bosnie-Herzégovine et à l’indépendance de l’entité serbe. « Le moment est venu pour les hauts responsables politiques de cesser de rouvrir des blessures qui ne se sont pas cicatrisées« , a lancé M. Inzko.

Tout le monde sait que les institutions bosniennes ne fonctionnent pas. Le pays est divisé en deux entités (serbe et croato-bosniaque) mais, il est éclaté, de fait, en trois morceaux. La colle appliquée par l’ONU et l’Union européenne ne prend pas.

La meilleure preuve en est le silence assourdissant de la délégation bosnienne à l’ONU. La pratique veut que lorsque l’on examine la situation d’un pays aux Nations unies, celui-ci donne son avis en tant que « pays concerné ». Chose rare pour ne pas dire unique, la délégation de Bosnie-Herzégovine ne s’est pas exprimée mardi , alors que ses voisins, croates, serbes, ainsi que les quinze membres du Conseil de sécurité l’ont fait. Ceux-ci ont d’ailleurs minimisé les propos du haut-représentant, la Russie par exemple le trouvant par trop alarmiste. Quant à la France, elle a constaté avec satisfaction que la situation était demeurée calme.

Bref, tant que la guerre ne reprend pas – et elle ne peut pas reprendre, le conflit étant gelé par la présence de l’Eufor – tout va bien.

J’ai demandé à une diplomate bosnienne pour quelle raison son « pays » ne s’était pas exprimé. Elle m’a expliqué qu’un texte avait bien été rédigé à la mission de Bosnie-Herzégovine à New York. Il a été envoyé pour validation au ministère des affaires étrangères à Sarajevo ; il est ensuite remonté jusqu’à la présidence collégiale mais il n’est jamais redescendu. Les trois présidents – croate, bosniaque et serbe – ne sont manifestement pas parvenus à l’entériner.

Le constat « alarmiste » du haut-représentant Valentin Inzko ne saurait être mieux confirmé que par le mutisme de la Bosnie à l’ONU.

« Four more years »

NEW YORK – « Four more years« , quatre ans de plus, le slogan des partisans d’Obama a été entendu et retenu par la Providence et par une petite majorité du peuple américain : le président sortant a une deuxième chance pour tenir ses  promesses. Une importante minorité d’Américains, qui ne pouvaient plus le voir en peinture, vont devoir s’y faire.

Portrait du couple Obama dans le restaurant Sylvia’s à Harlem.

Les Etats-Uniens votent

NEW YORK – Les Etats-Uniens élisent leur président et leurs représentants. Au terme d’une très longue campagne électorale, interminable semblent penser beaucoup d’Américains, ils votent donc pour réélire leur premier président « de couleur » ou pour envoyer à la Maison Blanche le premier président mormon (personne n’est parfait), mormon donc mais parfaitement blanc et propre sur lui.

Ils votent mais ça ne se voit pas. Nulle affiche dans la rue. En dehors des réunions publiques, tout s’est passé à la télévision et à la radio, avec des sommes folles dépensées par les deux grands partis dans des séquences de propagande et de contre-publicité.

La seule affiche de propagande électorale repérée à New York, pas très loin de l’ONU sur la 1ère avenue, quatre jours avant le scrutin présidentiel de ce 6 novembre. Albany est la capitale de l’Etat de New York où siègent ses députés.

Il y a eu quatre débats, trois entre les deux candidats au poste suprême, et un avec les seconds couteaux, Joe Biden et Paul Ryan. Pas très exaltante, cette campagne et ces débats, l’horizon indépassable des candidats semblant être à l’unisson « to cut taxes » (de baisser les impôts), phrase qu’ils ont dite et répétée à satiété. Seule différence entre eux : Obama veut baisser les impôts pour la classe moyenne – comprendre la majorité des gens « normaux », pas les pauvres, ni les très riches – et les augmenter pour les riches ; Mitt Romney prétend quant à lui les baisser pour tout le monde, tout en augmentant les crédits militaires et en comblant le déficit abyssal…

L’autre leitmotiv de Romney est sa volonté affichée, sa prétention à aider ses compatriotes à trouver un bon boulot – « to find a good job » (prononcer faïnd è goude djâââb, refrain qui revient aussi sans arrêt). Pas un mot d’aucun des deux sur le contrôle des armes, qui permettent périodiquement aux fêlés de faire des carnages dans ce pays, pas grand-chose non plus sur le changement climatique. Car ici, le réchauffement de la planète, c’est le contraire de Dieu : la droite n’y croit pas et elle s’accrochera à cette conviction, contre vents et marées, en attendant passivement le déluge final.

Dans le troisième et dernier débat il y a eu un moment amusant pour un étranger, tragi-comique, devrais-je plutôt dire, lorsque Romney a reproché à Obama de s’être excusé pour les mauvaises actions de l’Amérique, lorsque celle-ci a « dicté » sa volonté aux autres. Le républicain a pris un air outré : l’Amérique, a-t-il dit, n’a jamais dicté quoi que ce soit :  « No, Mr. President, America has freed other nations from dictators » (non, M. le président, l’Amérique a libéré d’autres nations des dictateurs). Les Latino-Américains mais aussi les Egyptiens, les Iraniens, les Viêtnamiens, voire les Sud-Coréens et bien d’autres, apprécieront le rôle trouble joué pendant des lustres par la CIA dans leur vie politique, fomentant parfois carrément des coups d’Etat, sans parler de l’armée américaine.

Enfin, heureusement, c’est du passé et si le président Barack Obama a présenté les excuses des Etats-Unis, on ne voit pas son possible successeur les reprendre.

Retour du courant à Greenwich Village : Chick Corea et Stanley Clarke au « Blue Note »

NEW YORK – Sans courant, pas de Corea. L’électricité est revenue à temps dans le bas de Manhattan à la veille du week-end pour permettre au Blue Note de réouvrir samedi 3 novembre et à Chick Corea et Stanley Clarke de monter sur scène.

Les deux virtuoses du piano et de la contrebasse étaient en compagnie de Ravi Coltrane, saxophoniste émérite et fils de son père, de Charles Altura, jeune guitariste blanc doué mais introverti, et d’un très bon batteur, Marcus Gilmore, petit-fils de Roy Haynes, batteur noir de jazz de grande renommée. Derrière son piano à queue, à une extrémité de la petite scène du Blue Note, Chick Corea faisait office de chef d’orchestre, suivant attentivement ses camarades et se montrant  particulièrement complice avec le jeune Gilmore à l’autre extrémité.

La salle était pleine à craquer ce week-end et elle devrait continuer d’afficher complet tant que Corea et Clarke seront à l’affiche, jusqu’au lendemain de l’élection présidentielle.

Si la lumière est revenue en ville, si le métro roule à nouveau cahin-caha, la situation est encore loin d’être normale. Les installations électriques de certains immeubles de Manhattan sont définitivement hors service et il faudra plusieurs semaines pour les remettre en état. Sans parler des zones ravagées du New Jersey et de Queens, sur le front de mer, où se pose désormais la question de reconstruire ou pas face à un océan que l’on nous prédit désormais perpétuellement menaçant.

« I survived hurricane Sandy »

NEW YORK – « J’ai survécu à l’ouragan Sandy« , proclament les maillots en vente à Times Square, moins d’une semaine après le passage de la tempête que l’on n’ose appeler du siècle, celui-ci n’ayant encore que douze ans. « I survived hurricane Sandy » : au cas où on en douterait, certains à New York ne perdent décidément pas le Nord et encore moins le sens des affaires.

New York, 3 novembre 2012 : « La prochaine grande affaire est ici », dit la publicité.

 J’ai survécu et… j’aime toujours New York : entre les deux mon cœur balance. Achèterai-je le maillot noir ou le maillot blanc ?

© Giansetto 2012

Réouverture de l’ONU à New York

NEW YORK – L’Onu a rouvert ce 1er novembre après une éclipse de six jours : les trois jours du week-end de l’Aïd, fête musulmane fériée aux Nations unies, plus trois jours de fermeture pour cause d’ouragan.  Les employés ont fait de leur mieux pour venir travailler, alors que le métro est toujours à l’arrêt, que les autobus sont bondés et que des embouteillages monstres congestionnent les avenues aux heures de pointe.

Du coup, les New-Yorkais réapprennent à marcher. Les ponts qui mènent dans l’île de Manhattan n’avaient pas été empruntés par tant de piétons depuis longtemps, sans doute depuis le 11 septembre 2001.

Pont de Queensboro (31 octobre 2012, 9h15)
Queensboro Bridge, 15h30, vu du « Tram » (téléphérique) de Roosevelt Island.

Les Onusiens font comme tout le monde, ils marchent. Ceux qui viennent en voiture ont été avertis que l’un des parcs souterrains de l’Onu était inutilisable. L’imprimerie a été endommagée, ainsi que le local de réception des livraisons, un certain nombre de véhicules ayant été en partie noyés dans les garages par le débordement de l’East River au bord de laquelle s’élève le building de l’Onu. Les dégâts (*) les plus importants concernent les refroidisseurs du système d’air conditionné installés en sous-sol eux aussi.

Le soleil réapparaît par intermittence. Vu de ma fenêtre, la ville semble intacte. Ne serait-ce l’embouteillage désormais permanent sur le FDR Drive, l’autoroute urbaine qui longe l’East River, tout semblerait presque normal. La lumière n’est pourtant pas encore visible au bout du tunnel pour ceux qui n’ont plus de courant. Ce qui veut dire ni eau chaude, ni chauffage, ni même téléphone, fixe ou mobile. L’eau froide n’est pas considérée comme potable et la plupart des restaurants et des épiceries sont fermées. Dans le meilleur des cas, l’épicier resté ouvert s’éclaire à la bougie.

(*) Pour en savoir plus sur les dégâts subis par le siège de l’ONU, lire le compte-rendu publié par le site des Nations unies.

Après le passage de Sandy à Roosevelt Island (New York)

NEW YORK – Il y avait eu l’attente, toute la journée d’hier, passée à se préparer au pire, en évitant de trop regarder la télévision qui nous prédisait la fin du monde. La nuit promettait donc d’être agitée. Elle fut étonnamment paisible pour ceux des New Yorkais qui, comme nous, ont été chanceux : ni coupure de courant, ni coupure d’eau, seuls les ascenseurs avaient été arrêtés – même si curieusement, des immeubles voisins ont été privés d’électricité. Nous avions rempli nos poubelles d’eau pour parer à tout éventualité, surtout pour pouvoir vidanger les toilettes en cas de besoin.

Les rafales secouaient les fenêtres par intermittence mais sans violence excessive car notre appartement tournait le dos au vent, semble-t-il. Nous avions barré les vitres de ruban adhésif par précaution. Dix étages plus bas, l’East River menaçait en revanche de déborder, les vagues léchant la rive. De mémoire d’îlien, on ne l’avait jamais vue aussi grosse cette East River, fausse rivière mais vrai bras de mer entre Manhattan et Long Island. En face, la flèche d’une grue au sommet d’un gratte-ciel de Mid-Town en construction piquait soudain du nez, nous rappelant la force des éléments déchaînés.

© Giansetto 2012

Ce matin, un grand arbre déraciné gît au pied d’un immeuble et des branchages jonchent la promenade le long de la rivière. Le niveau de l’eau est redescendu.

East River, 29 octobre, 22h.
East River, 30 octobre 13h30

 

 

 

 

Le ciel est chargé mais les averses, encore brutales, se raréfient. Cela n’empêchait quelques intrépides de faire leur jogging quotidien le long de l’autoroute, le FDR Drive, sur l’autre rive, qui n’a été rouvert à la circulation que cet après-midi. Le téléphérique, qui nous relie à Manhattan, a aussi repris du service, ainsi que l’autobus desservant l’île.

Bref, sans la télévision et la radio on pourrait croire qu’il s’est agi d’une tempête ordinaire. Les images de dévastation dans le sud de Manhattan et dans le New Jersey racontent une toute autre histoire que celle vécue dans mon île, pratiquement épargnée par le cataclysme. « Mère Nature est toujours la plus forte, quelles que soient les précautions prises« , disait un élu du New Jersey en constatant l’étendue des dégâts. Du jamais vu, selon tous les témoignages.

Comme l’a souligné le gouverneur du New Jersey, Chris Christie, il va falloir désormais s’organiser pour affronter des intempéries qui surviennent tous les deux ou trois ans et non plus une fois par siècle.