NEW YORK – Hugo Chávez, ce mardi à Paris, est-il un démocrate, un populiste, ou bien un apprenti dictateur tissant patiemment sa toile pour étouffer toute opposition ? Le non-renouvellement de l’autorisation d’émettre d’une chaîne de télévision avait relancé le débat il y a quelques mois, mes amis de gauche ne voyant rien de mal à cette interdiction. Aujourd’hui, le référendum constitutionnel prévu le 2 décembre prochain pourrait théoriquement lui permettre de s’incruster au sommet de l’Etat.
Ces initiatives pas très hugoliennes de l’héritier autoproclamé de Simon Bolivar me remettent en mémoire un épisode vécu lors d’une conférence de presse du chef de l’Etat vénézuélien à Paris il y a quelques années, l’un des grands moments de ma modeste carrière de journaliste. Le service de presse du président m’avait en effet sélectionné à l’avance parmi cinq ou six journalistes pour poser une question, pratique pas très orthodoxe au demeurant. Je m’étais retrouvé au premier rang et avais donc eu l’honneur de l’interroger au nom de l’agence de presse nord-américaine pour laquelle je travaillais à l’époque et c’est sans doute pour cela d’ailleurs que j’avais été sélectionné.
Hugo Chávez prenant le temps de développer sa pensée (chacune de ses réponses durait une bonne vingtaine de minutes), la conférence de presse, qui avait lieu dans le grand auditorium de Radio France, s’était étirée en longueur. Au début et à la fin, dans les gradins supérieurs, des inconditionnels avaient scandé des slogans tels que le fameux « Uh, ah, Chávez no se va » (Ou, ah, Chávez reste là) imaginé par ses partisans lors du coup d’Etat avorté contre lui en 2002. A mes côtés, une journaliste d’une chaîne de télévision vénézuélienne, peut-être bien celle qu’il devait supprimer cinq ans plus tard et qui, précisons-le, avait soutenu les putschistes (la vengeance est un plat qui se mange froid), avait posé une question que le président n’avait pas du tout appréciée. Avant de finir par répondre, il avait carrément pris à partie la journaliste en déplorant que même à l’étranger ses compatriotes n’aient rien de mieux à faire que lui savonner la planche. La journaliste, une grande et belle femme, était restée totalement impassible, ce qui m’avait impressionné. Le président vénézuélien est plutôt sympathique, haut en couleur mais on ne pouvait que se sentir très mal à l’aise face à cette attaque verbale contre quelqu’un qui ne pouvait pas répondre et qui, surtout, ne faisait que son métier. Mais peut-être Hugo Chávez aime-t-il les questions dérangeantes uniquement lorsque c’est lui qui les pose.