
(photo prise au bord du lac de Saint-Point – ou lac de Malbuisson – en Franche-Comté le 26 décembre 2010)
Choses vues
PARIS – La scène n’a duré que quelques secondes, un instant plus tard, je l’aurais manquée. En ce début de soirée, je (me) promenais (avec) mon chien au parc des Buttes-Chaumont, lorsque je vois une petite mésange au pied d’un arbre à laquelle une autre plus grande donne la becquée. Celle-ci s’envole et tombe alors du ciel une grosse corneille qui saisit la toute petite mésange dans son gros bec et s’envole un peu plus loin avec sa proie. Elle lâche le petit oiseau vert dans l’herbe, pose une patte dessus et entreprend manifestement de lui régler son compte à coups de bec. Comme je m’approche, le gros oiseau noir reprend l’air avec la petite mésange dans le bec que j’entends piailler. Ils disparaissent.
Quelques jours auparavant, le couple de canards qui a élu domicile dans le jardin japonais de l’Unesco, à Paris, s’était retrouvé parents d’une famille nombreuse, des canetons très mignons, très vifs, tellement vifs qu’on aurait dit qu’ils étaient mécaniques. Il était amusant de les regarder suivre partout leur mère en caquetant. Un ou deux jours plus tard, ils avaient disparu. Selon mes collègues, il était arrivé la même chose l’an dernier. Qui sont les coupables ? Seuls leurs parents demeurés en tête à tête dans le bassin, doivent le savoir. Il se passe manifestement des choses terribles dans les parcs et autres jardins « zen » de la capitale, des jungles qui ne disent pas leur nom.
La Via Giansetto se met au vert. Après un sévère débroussaillage estival qui permettra peut-être de retrouver la « Bella » (au bois dormant), de nouvelles chroniques devraient réapparaître à cette même adresse cet automne pour les randonneurs de l’Internet n’ayant pas peur des ronces et des mauvaises herbes au milieu desquels s’épanouissent parfois de très jolies fleurs.
GENEVE – Le Conseil des droits de l’homme, actuellement en session à Genève, vient de se pencher sur le cas de la « République populaire démocratique de Corée », appellation officielle de la Corée du Nord. Un rapport sans concession a été présenté au sujet du dernier régime stalinien de la planète. Son auteur, M. Vitit Muntarbhorn, un universitaire thaïlandais, a souligné que «la tragédie du pays venait du fait que ceux qui se trouvaient au sommet cherchaient à survivre aux dépens et au détriment de la majorité de la population». Avec pour résultat que l’on y crève de faim. Le rapporteur se permet de suggérer à Pyongyang de moderniser son système politique pour permettre une plus grande participation de la population. Les projets de développement doivent être axés sur le critère politique du «peuple d’abord» – un comble pour un pays prétendument communiste – en réorientant les budgets, y compris militaires, vers le domaine social. Il déplore que le régime ait mis la priorité sur la bombe atomique plutôt que sur la satisfaction des besoins de base de la population.
La délégation nord-coréenne au Conseil des droits de l’homme lui a répondu d’aller se faire voir. Pas comme ça bien sûr mais presque. Le représentant de Pyongyang a jugé que le rapport véhiculait toutes sortes d’affabulations et de diffamations. Il a souligné que ce n’étaient pas les pressions politiques qui feraient changer le pays d’un iota. Il a assuré enfin que la RPDC disposait de son propre système de protection des droits de l’homme assurant toutes les garanties légales et institutionnelles voulues.
L’autre matin, la Radio suisse romande racontait que le fils cadet de Kim Jong-il, le « cher dirigeant« , comme il est surnommé par son peuple (du moins si l’on en croit la propagande officielle) avait fait ses études à Berne. Sous une fausse identité. Or, ce garçon serait favori de son père pour lui succéder à la tête du pays. Par ailleurs, la Corée du Nord a apparemment envoyé une mission récemment ici pour étudier… le fédéralisme helvétique. Les agents chargés de la tâche ont confié qu’ils avaient trouvé ce système « compliqué ». Tout cela semble quelque peu surréaliste mais on peut rêver qu’un jour la Corée du Nord sera vraiment populaire et démocratique. Avec en plus, peut-être, si Dieu lui prête vie, un chef d’Etat parlant couramment suisse-allemand, ce qui n’est pas si courant.
GENEVE – Entendu ce matin sur les ondes : le correspondant de Radio-France à Kaboul pose la question de savoir ce que représentent les « talibans modérés » au sein de l’insurrection afghane. Ce serait en effet utile d’en avoir une idée pour évaluer ce que pourrait apporter une négociation avec eux, comme vient de le proposer le vice-président des Etats-Unis, Joe Biden (qui estime que les talibans irrécupérables ne sont pas plus de 5%). Le correspondant de Radio-France à Kaboul s’interroge tout de même : comment connaître les effectifs des « extrémistes modérés » avec qui prendre langue.
Extrémistes modérés, quelle expression audacieuse…
PARIS-GENEVE – Sur la route entre Paris et Genève, en ce 1er mars, j’écoute le journal de France-Inter, celui de 13h en quittant la capitale puis, plus tard, celui de 19h dans les lacets du Jura enneigé au-dessus du Pays de Gex. Le journaliste raconte l’histoire d’une dispute entre un garçonnet et une fillette à propos d’une console de jeu. Leur maman, qui avait travaillé toute la nuit, dormait. Et le petit garçon, âgé de cinq ans, « n’a pas hésité » à aller chercher un couteau dans la cuisine et à le planter dans la poitrine de sa soeur. Il « n’a pas hésité« , répètera le journaliste à 19h – c’est le même qui présente le journal de la mi-journée et celui du début de soirée en ce dimanche, jour de repos pour ses collègues de la semaine. Je me demande comment il le sait que l’agresseur présumé « n’a pas hésité« . Pourquoi, ressent-il le besoin d’apporter cette précision qu’il ignore forcément ?
Sans doute, pour laisser entendre que, décidément, tout fout le camp, jeux vidéos aidant.
Deux jours plus tard, on apprend que le petit s’est faussement accusé et que c’est la mère la coupable. Peut-être, en fait, le garçonnet n’a-t-il « pas hésité » à s’accuser du geste de sa mère lorsque celle-ci le lui a demandé… Ne serait-ce pas plutôt un drame de la misère morale et matérielle ?
La Via Giansetto interrompt provisoirement son cheminement sinueux vers les sommets ; son débroussaillage devrait reprendre à la mi-janvier. En attendant, « bon bout d’an » – comme on dit à Marseille – à tous les lecteurs assidus, occasionnels ou de hasard. Et meilleurs voeux de prospérité à la planète pour 2009.
NEW YORK – « I love him the same way I loved King ; that must say something… » (je l’aime de la même façon que j’aimais Martin Luther King ; ça doit signifier quelque chose) : c’était Joan Baez parlant de Barack Obama hier soir au Town Hall, une salle un peu vieillotte près de Times Square à New York. Le public de Joan Baez est composé de survivants des années soixante, sans doute nostalgiques du peace and love et de Woodstock – ce n’est pas ironique, je m’inclus dedans – public qui a vieilli avec la chanteuse.
Pantalon noir, longue écharpe verte sur une tunique rouge, cette grande dame du folk-song américain vieillit bien : son timbre est toujours aussi clair avec ce brin de tristesse dans la voix, « palpable même quand elle chante quelque chose de joyeux« , comme le note le New York Times. Devant ce public tout acquis et dont le bulletin de vote ne fait aucun doute, elle a dédié une chanson à Obama, « Joe Hill« , hymne au syndicalisme et à la défense des travailleurs. C’est à croire que John McCain n’a pas tort d’accuser son rival d’être un « socialiste », autrement dit, dans son esprit, un dilapideur de la richesse durement gagnée par chaque Américain.
QUEBEC – Immigrante clandestine sans papiers en avance de trois siècles, aventurière et révoltée contre sa condition, elle ferait une belle héroïne de roman. Elle s’appelait Esther Brandeau, était juive et, manifestement, un vrai garçon manqué. La preuve, c’est habillé comme un homme que cette jeune femme avait mis le pied à Québec en Nouvelle-France après avoir traversé l’océan en bateau. Ca faisait beaucoup pour les intégristes qui régentaient la colonie au 18e siècle : ceux-ci avaient décrété que les non catholiques étaient persona non grata dans la colonie. Etaient visés en premier lieu les protestants mais évidemment aussi les juifs ; et cela aurait aussi concerné sans aucun doute les musulmans s’il y en avait eu en France à l’époque. La malheureuse a finalement été remise dans un bateau pour les « vieux pays », comme on dit au Québec, l’histoire ne disant pas ce qu’elle est devenue. C’était en 1739.
Deux siècles plus tard, d’autres juifs, allemands ceux-là, étaient incarcérés à Québec, en tant que prisonniers de guerre ! C’est difficile à croire mais c’est ce qu’affirmait une exposition qui a été présentée de mai à septembre à Québec, parmi les innombrables manifestations du 400e anniversaire de la ville. J’ai lu et relu le panneau : pas de doute, on parle de prisonniers de guerre juifs allemands (!) en 1940 à Québec, alors que dans la mère-patrie germanique, il ne devait pas y avoir beaucoup de juifs portant encore l’uniforme nazi…
L’exposition retraçait l’histoire de la communauté juive du Québec, une histoire qui s’est longtemps confondue avec celle de la communauté anglophone à laquelle appartient aujourd’hui quelqu’un comme le poète et chanteur montréalais Leonard Cohen. Et c’est pour creuser cette histoire méconnue qu’était organisé le week-end dernier, toujours à Québec, un « sommet patrimonial » intitulé Roots Quebec. Celui-ci a donné lieu à diverses conférences dont une sur l’histoire de la présence juive dans la ville et une autre sur celle des Chinois, deux communautés qui ont très majoritairement migré vers Montréal et Toronto, quand ce n’est pas aux Etats-Unis. Les anglophones du Canada sont aussi en quête de leurs racines… québécoises.
Voir le site de l’expo consacrée aux juifs de Québec: www.shalomquebec.org ; ainsi qu’un blogue (très critique) sur celle-ci :
www.marcgauthier.com/blog/2008/09/08/critique-shalom-quebec-a-la-gare-du-palais
NEW YORK – Peu après avoir écrit ma précédente chronique dans laquelle je décris la manière particulièrement vigoureuse avec laquelle on berce les enfants dans le Karnataka, j’étais un midi dans le square de Tudor City, en face de l’Onu, où il est si agréable de manger lorsqu’il fait beau et j’ai vu quelque chose de banal qui m’a toutefois frappé, si j’ose dire : sur un banc en face de moi, un papa, serrant un bébé contre sa poitrine, tapotait le dos de l’enfant. « Mon Dieu mais c’est bien sûr ! », me suis-je dit (en mon for intérieur). Nous autres Occidentaux faisons la même chose, de manière nettement moins vigoureuse, il est vrai.
Aïcha, une lectrice fidèle en mission au Soudan pour l’ONU, m’écrit la chose suivante : « J’ai bien ri en lisant ‘la façon de faire au Karnataka’ ; c’est aussi la façon de faire à Casablanca. Je suis certaine que la vie qui l’attend à NY lui apprendra à ne plus se défouler sur la petite« . En tout cas pas en public, ajouterai-je.