(V) Anticommunisme primaire : communistes complètement à l’Ouest

PARIS – « Je sais d’expérience qu’aucun argument, aucun témoignage ne saurait convaincre un homme qui se considère comme communiste. Seule la réalité soviétique elle-même peut lui faire changer d’avis. J’ai compris également que le communisme, ce n’est pas une somme de convictions que l’on s’est mise dans la tête. Le ‘communisme imaginaire‘ dans le cadre d’un régime démocratique n’est qu’un ensemble d’opinions ou une position politique qui ne fait de mal à personne. Sur cent personnes qui professent le communisme à Paris ou à Rome sans avoir la moindre idée de ce qu’il est en réalité, quatre-vingt-dix-neuf l’auraient renié si elles avaient eu l’occasion d’en sentir les effets sur leur propre peau. Il ne resterait parmi ses adeptes que des bouchers, des hommes pour qui la violence est non seulement un moyen d’action, mais aussi le fondement de la société« .

(Julius Margolin, « Voyage au pays des Ze-Ka », Ed. Le Bruit du temps 2010)

(IV) Anticommunisme primaire : heureusement qu’il y a la social-démocratie !

PARIS – A côté de tous ces méchants rouges adeptes de la haine de classe, maniant la dialectique avec un couteau entre les dents, ce qui n’aide pas à articuler, il y a aussi, je les oubliais, les tenants du rose, allant du rose très vif au rose très pâle. Car dans ce bilan globalement négatif du communisme, le marxisme peut peut-être sauver son âme – à défaut de se refaire une virginité – grâce à la social-démocratie.

D’ailleurs ce matin, j’entendais à la radio l’économiste de gauche Bernard Maris dire que la social-démocratie était aussi un enfant naturel du fameux économiste allemand. Le bilan ne serait donc pas aussi sombre que cela si l’on considère les sociaux-démocrates comme des marxistes dont le projet réformiste aurait réussi, surtout dans le nord de l’Europe. Ce socialisme-là est au communisme ce que l’homéopathie est au remède de cheval, vous savez ces remèdes grâce auxquels on meurt guéri.

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« Marx, ô Marx, pourquoi m’as-tu abandonné ? » par Bernard Maris. Editions Les Echappés, 156 pages, 17 euros.

(III) Anticommunisme primaire : avocat du diable

PARIS – La parole est maintenant à la défense : la désastreuse expérience historique du communisme « réel » n’invaliderait en rien l’idéal et le projet de Karl Marx. C’est du moins l’affirmation catégorique d’Yvon Quiniou, philosophe de son état, dans une réponse à Guy Sorman (Le Monde du 15-16 août).

« Ce n’est pas parce que le régime cambodgien et les régimes  »totalitaires » du XXe siècle, qu’il (Sorman) dénonce, se disaient  »communistes » qu’ils l’étaient. A ce compte, les chrétiens de l’Inquisition et les bûchers étaient chrétiens… alors qu’ils ne l’étaient pas ! » Ces régimes dits communistes et leurs dérives dictatoriales et meurtrières « n’ont rien à voir avec le communisme marxien (et il n’y en a pas d’autre !) mais ils illustrent sa défiguration et l’illusion dans laquelle étaient ceux qui croyaient être sur la voie de sa réalisation ». Yvon Quiniou reconnaît néanmoins l’évidence, à savoir que « tout cela pèse encore d’un poids terrible sur notre situation politique et empêche d’admettre à la fois que l’idée communiste est généreuse, moralement exigible, et qu’elle n’est pas morte puisqu’elle n’a jamais existé dans les faits ». »Point n’est donc besoin d’affirmer que  »la masse » ne veut pas du communisme et de suggérer ainsi que les hommes y sont pas nature rebelles pour comprendre l’échec apparent de cette idée ; il suffit de réfléchir aux conditions historiques de sa réalisation telles que Marx les a conçues, qui nous montrent que le soi-disant « communisme réel » était un « communisme irréel », volontariste et utopique, voué à échouer ».

N’est-il pas un peu court, d’exonérer ainsi la théorie marxiste en affirmant qu’elle a été fort mal appliquée, voire pas appliquée du tout, par des partis n’ayant de communiste que le nom ? Pourquoi n’y a-t-il pas une seule exception ?

(II) Anticommunisme primaire : les deux faces de la même médaille totalitaire

PARIS – Il y eut une époque où on pouvait facilement être accusé d’être un « anticommuniste primaire ». Il suffisait pour cela, par exemple, d’oser dire que fascisme et communisme avaient des points communs. Ca revenait à comparer le bien, certes imparfait mais « globalement positif », avec le mal absolu. En ce temps-là, je n’aurais jamais osé une telle comparaison, dans ma belle famille par exemple, où l’on est encore en partie « au parti », expression désuète impliquant qu’il n’en existait qu’un seul de valable au fond.

Ce temps-là est bien révolu et comparer les deux totalitarismes n’a plus rien d’un tabou ni rien de blasphématoire (sauf dans ma belle famille…). Le plus étonnant est qu’il existe encore certaines formations politiques participant au jeu démocratique et parlementaire qui s’accrochent mordicus à leur identité en continuant de s’appeler « communiste » malgré tout ce que ce terme charrie de sang et de terreur. On vous dira certes que ce projet communiste n’a rien à voir avec les rares régimes s’en réclamant encore ou avec l’ex-Union soviétique. Aussi sincère que puisse se montrer votre interlocuteur, il demeure difficile de se laisser convaincre : on n’est guère incité à adhérer à un parti portant un nom dont l’héritage est si chargé.  En se rebaptisant « anticapitalistes » et en abandonnant par conséquent l’adjectif communiste, les trotskistes français du NPA (Nouveau parti anticapitaliste, ex-Ligue communiste révolutionnaire – LCR) ont d’ailleurs fini par en tenir compte.

S’accrocher désespérément à cet adjectif en niant toute parenté avec le stalinisme, c’est un peu comme si une formation politique s’appelait « parti national-socialiste » et que ses promoteurs vous assuraient avec le même aplomb qu’ils n’ont rien de commun avec nazisme et fascisme ayant mis l’Europe puis le monde à feu et à sang. Dans le cas improbable où ils offriraient en effet un programme politique constructif, on se verrait mal voter et encore moins adhérer à un parti affublé d’un tel épithète.

Anticommunisme primaire : pourquoi tant de haine ? (I)

PARIS – L’ancien dirigeant khmer rouge Douch a été condamné le mois dernier à 35 ans de prison pour avoir dirigé le centre de torture et de meurtre S21 de Tuol Sleng à Phnom Penh, il y a 35 ans. Quelque 12.000 « ennemis du peuple » n’y ont pas survécu.

Pourquoi de Staline à Mao, de Kim Il-sung à Pol Pot en passant par Mengistu, la plupart des dictateurs communistes ont-ils massacré, à plus ou moins grande échelle, non seulement leurs opposants mais aussi et surtout leurs opposants putatifs ?

Le meurtre de masse, particulièrement sous Staline, découlait bien souvent de simples soupçons, reposait sur des indices des plus ténus : être d’origine bourgeoise, être un intellectuel, un croyant ou, à l’inverse, appartenir à une paysannerie arriérée et par définition conservatrice – et donc opposée à la collectivisation des terres – pouvait vous condamner à mort à l’avance. Il suffisait purement et simplement d’inventer le délit politique dont ces victimes toutes désignées se seraient rendus coupables. Plusieurs millions de « Soviétiques » ont ainsi été éliminés dans les années vingt et trente, plusieurs millions de Cambodgiens entre 1975 et 1979.

L’essayiste Guy Sorman, classé à droite, donne une explication dans Le Monde de ce 10 août : « Le communisme réel sans massacre, sans camps de concentration, goulag ou laogaï, cela n’existe pas. Et si cela n’a pas existé, il faut en conclure qu’il ne pouvait en être autrement : l’idéologie communiste conduit à la violence de masse parce que la masse ne veut pas du communisme réel ».

J’ajouterai que, se sachant minoritaires, ces régimes qui, du passé veulent faire « table rase », sont paranoïaques. L’ennemi est partout, y compris jusque dans ses propres rangs. « L’épuration » frappe finalement toutes les couches de la société.

Indépendance du Québec : « Tranquillement pas vite »

PARIS – Il y a une expression québécoise qui j’aime bien et qui me va bien : « Tranquillement pas vite » quand on veut parler de quelque chose qui se fait petit à petit. L’équivalent de « lentement mais sûrement« . Ca pourrait aussi s’appliquer à la souveraineté du Québec, sauf que celle-ci aurait plutôt tendance à faire du surplace. L’ancien premier ministre québécois Lucien Bouchard vient de faire scandale dans le landerneau de la Belle-Province en disant tout haut ce que (presque) tout le monde sait mais que certains ne veulent pas voir, au Parti québécois notamment, formation qu’il a dirigée jadis.

Lucien Bouchard a déclaré la semaine dernière à Radio Canada : « Dans l’immédiat au Québec, on a autre chose à faire qu’attendre quelque chose qui ne vient pas vite ». Je sais, ça n’a l’air de rien vu de Paris mais ça a soulevé une véritable tempête dans le verre d’eau québécois. C’est tout juste s’il n’est pas accusé de haute trahison par les indépendantistes.

Lucien Bouchard estime que plutôt que poursuivre un rêve qui demeure chimérique pour le moment, le Parti québécois doit s’attaquer en priorité aux dossiers chauds s’il ne veut pas demeurer indéfiniment dans l’opposition : santé, éducation, finances publiques. Et être un peu plus ouverts aux immigrants… Le PQ a proposé un projet de loi sur l’identité québécoise l’automne dernier.

Autocensure à la Jospin

jospin.1266776911.jpgPARIS – Plus grand monde ne se souvient de l’OCI, l’Organisation communiste internationaliste, un groupuscule trotskiste français des années 70. Est-ce la raison pour laquelle, Lionel Jospin, qui y a milité, ne la cite jamais par son nom ? J’ai assisté à un soirée débat hier à la fondation Jean-Jaurès avec l’ancien premier ministre qui sort un livre d’entretiens – « Lionel raconte Jospin« , publié au Seuil – ayant aussi donné lieu à un documentaire de Patrick Rotman diffusé récemment sur France 2. Une chose m’a frappé : Jospin raconte dans les détails sa carrière politique, son passage par l’UGS (Union de la gauche socialiste) et le PSU (Parti socialiste unifié), son virage vers « le trotskisme » puis son ralliement au Parti socialiste de François Mitterrand. De l’OCI, jamais il ne fera spontanément explicitement mention lors de ce débat.

Je lui demande donc pour quelle raison, il reste ainsi dans le flou. On ne peut en effet s’empêcher de penser qu’il s’agit là d’un reliquat de sa répugnance à évoquer un passé qu’il a longtemps caché, ayant été soupçonné d’avoir été une taupe trotskiste au sein du PS. Il donne une réponse pas très satisfaisante : ce parti – l’OCI, qu’il nomme enfin – « a plusieurs fois changé de nom« .

Auparavant, l’animateur du débat l’avait questionné sur son peu d’empressement à répondre aux questions qui lui avaient été adressées lorsque son passé trotskiste avait été révélé. Et Jospin avait répondu : « Je n’aime pas l’absolue transparence. Les régimes d’absolue transparence sont ceux du totalitarisme« .

Bien sûr, on voit bien ce qu’il veut dire, mais de là à assimiler transparence et totalitarisme… On ignorait jusqu’à présent que les Etats totalitaires faisaient preuve d’une « absolue transparence ». On n’ose croire que Lionel Jospin pensait à la Corée du Nord ou à l’ex-URSS. Même de la part d’un ex-trotskiste, ça serait surprenant. D’un personnage public tout autant.