Pas de septième ciel au paradis ?

IMG_2725PARIS – Il n’y aurait pas de septième ciel au paradis : pas de câlins, pas de bisous, pas de caresses, pas de déclarations d’amour. C’était du moins la conviction, implicite il est vrai, de feu sa sainteté Jean Paul II, selon une dépêche de l’agence Reuter publiée il y a 33 ans aujourd’hui et que j’ai retrouvée à  la une d’un exemplaire jauni du journal québécois Le Soleil, exhumé de mes vieux cartons, ma machine à remonter le temps en quelque sorte.

Sous le titre, « Tous seront célibataires dans l’au-delà« , Le Soleil publiait la nouvelle brève suivante : « Les hommes et les femmes garderont leurs différences sexuelles dans la vie éternelle mais ils ne pourront ni se marier ni avoir d’enfants, a déclaré le pape, hier. (…) ‘Le mariage et la procréation ne font pas partie de l’autre monde’, a ajouté le pape ».

La nouvelle n’est pas anodine. Dans ce cas, et si Jean Paul II disait vrai, ne vaudrait-il pas mieux alors opter plutôt pour le purgatoire ou même l’enfer ?

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Mais loin du paradis et de ses vraies ou fausses promesses, le grand titre qui barrait la première page en ce 3 décembre 1981 concernait le projet plus prosaïque de rapatriement à Ottawa de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, autrement dit la Constitution canadienne qui était alors toujours du ressort du gouvernement de Londres. Ce « rapatriement » fut voté par les députés canadiens malgré l’opposition du Québec qui exigeait que lui soit reconnu un droit de veto. La future Constitution canadienne rapatriée était en effet assortie d’une charte des droits et d’une formule d’amendement sans droit de veto pour les provinces. Face à ce que le gouvernement indépendantiste de René Lévesque considérait comme un coup de force, le drapeau québécois avait alors été mis en berne sur l’Assemblée nationale de la province francophone. Beaucoup d’eau a coulé depuis dans le Saint-Laurent.

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« Todos somos Chávez » (nous sommes tous Chávez)

GENEVE – Ça vous a un arrière-goût légèrement stalinien, léger mais bien présent : Grâce au président Chávez, le Venezuela dispose d’un système démocratique qui a converti l’être humain en sujet fondamental de l’action politique réformatrice, pour l’édification d’une société d’égaux, au travers de la participation politique. Si tous les Vénézuéliens savent que leur président est Hugo Chávez, ils sont pleinement conscients du fait que le pouvoir dans leur pays se situe, comme jamais auparavant et de manière irréversible, au sein du peuple qui dispose d’outils concrets pour l’exercer. Cet état de fait explique le slogan que l’on peut entendre ces jours-ci dans les rues de Caracas, à savoir que « nous sommes tous Chávez », parce qu’avec lui, « nous avons tous le pouvoir ».

Ainsi parlait le 27 février, devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève, M. Temir Porras Ponceleón, « vice-ministre du pouvoir populaire pour les affaires étrangères » du Venezuela. C’était une semaine tout juste avant le décès du chef de l’Etat vénézuélien, ce 5 mars. Ce panégyrique avait un avant-goût d’éloge funèbre, M. Ponceleón l’ayant prononcé de manière très retenue et sans ce ton nettement plus exalté qu’il avait adopté deux ans plus tôt dans cette même enceinte onusienne. Il savait manifestement que l’issue fatale était proche.

Ce discours de pure propagande, un rien hors sujet au Conseil des droits de l’homme, annonce aussi la poursuite du culte de la personnalité en l’honneur du futur disparu. C’est ce culte que son parti (socialiste) va manifestement tenter de perpétuer , sans doute dans l’espoir de se perpétuer au pouvoir.

Mirage en Tunisie

Après son récit des soubresauts de la place Tahrir au Caire, que nous avions publié ici le 16 février dernier, Antonio Rodriguez, journaliste à l’AFP, nous envoie une carte postale du Cap Bon en Tunisie à une semaine de la première élection véritablement pluraliste dans ce pays.

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Tunisie : l’été du Ramadan

CAP BON (Tunisie) – Pendant les grosses chaleurs de l’été, l’île de Pantelleria n’est visible qu’en de rares occasions de la pointe du cap Bon, comme un mirage. Il y a quelques années, elle m’était apparue à l’aube du dernier jour des vacances, juste avant de prendre la route de l’aéroport, avant que le soleil torride du mois d’août, qui se levait sur son côté droit, ne la fasse disparaître derrière un épais rideau de vapeurs. Je garde le souvenir d’un rocher perdu au milieu de la grande bleue, beaucoup plus gros et beaucoup plus proche de la côte tunisienne que je ne l’imaginais.

Cet été, celui du premier ramadan depuis la révolution de jasmin, j’ai passé de longues heures à contempler l’horizon, en vain. Cet instant magique ne s’est pas reproduit. Mon beau-frère tunisien a eu plus de chance. Un soir, à son retour de la plage, il a décrit comme « une image de carte postale » la vision dont il s’était régalé en se baignant dans les eaux claires de la Méditerranée. Il était trop tard pour que je coure jusqu’au bord de mer ou que je grimpe sur le toit de la maison. La nuit venait de tomber. C’était comme si Pantelleria jouait au chat et à la souris avec moi.

Pourtant, la proximité de cette île ne m’a jamais été aussi perceptible que cet été. Je devinais sa présence dans nos longues conversations entre voisins de la plage à l’heure du thé, quand l’air du large adoucissait la chaleur de l’après-midi et que la vie reprenait son cours après la sieste. Cette année, Tunisiens, Français, pieds-noirs ou pièces rapportées comme moi, nous nous étions tous donné rendez-vous au cap Bon par « devoir » envers la Tunisie et sa révolution qui nous avait surpris de l’autre côté de la Méditerranée. Dès la première gorgée de thé vert, nous passions en revue les sujets d’actualité. Le nombre de bateaux disparus dans le village dans les mois qui ont suivi la chute du régime de Ben Ali, le 14 janvier, était un thème récurrent.

« Ils en ont volé vingt-cinq », assurait Marie. Avec le retour des beaux jours, beaucoup de propriétaires n’ont pas retrouvé leur embarcation. Marie et Jean, son mari, les Espagnols de la plage, l’ont échappé belle. Le bateau qu’ils utilisent pour la pêche de loisir s’est révélé trop lourd et trop difficile à bouger pour les quelques jeunes qui ont franchi le mur de la maison pour le subtiliser. Le gardien les a surpris et ils ont pris la fuite. Depuis, Jean a loué un local dans la ville voisine pour y entreposer son bateau pendant qu’il travaille à Tunis.

Les Bogo ont aussi eu de la visite. Quand ils sont revenus au village pour passer l’été, leur bateau avait chaviré, pour ainsi dire. Il était tombé des plots du jardin sur lesquels il reposait l’hiver. La famille a passé l’été à réparer les quelques dommages qu’il avait subis. Les voleurs n’étaient pas non plus parvenus à sortir l’embarcation de ses quartiers d’hiver. Ils n’ont pas insisté. La maison des Bogo ne se trouve pourtant qu’à quelques pas de la mer. Si Pantelleria daignait apparaître, elle se trouverait dans l’axe de la route qui passe devant chez eux et conduit à la plage.

Christine et Wolf, un couple franco-autrichien qui s’exprime parfois en espagnol pour avoir vécu à Cuba et au Mexique, sont les rares personnes de la plage à avoir eu la preuve du pouvoir d’attraction de l’île invisible, qui se situe à quelque 160 km au large de la Tunisie. Cet hiver, ils se promenaient du côté de « la montagne », la pointe du cap dénudée et rocailleuse, ce bout du monde africain, ce Finistère qui plonge du haut de ses près de 300 mètres dans la Méditerranée et dont Pantelleria paraît être le prolongement. A moins que ce ne soit le bout de la queue d’un cousin du monstre du Loch Ness pétrifié qui partagerait avec son homologue écossais son penchant pour apparaître quand bon lui semble.

Quand ils se sont approchés des ruines du vieux fort qui domine la Méditerranée, où les Allemands dirigés par Rommel avaient établi leurs quartiers pendant la deuxième guerre mondiale avant de se replier sur l’Italie, ils ont observé de l’agitation dans les ruines. D’habitude, cette région n’est fréquentée que par des bergers et leurs troupeaux. Leurs chiens aboient dès qu’ils sentent la présence de rares promeneurs. Ce jour-là, ils n’ont pas donné l’alerte. Ils étaient absents, comme leurs maîtres et les bêtes. Le fort n’était pas vide pour autant. Des dizaines de personnes se trouvaient réfugiées entre ses murs. « Des harragas », a commenté Christine. Le mot arabe qui désigne ceux qui vont se brûler, une expression inattendue pour des candidats à l’exil qui se jettent à l’eau pour passer en Europe.

En août, les harragas étaient aussi invisibles que Pantelleria. Il ne restait d’eux que des témoignages, comme celui de cette mère de famille, dont le fils était sorti prendre son café habituel un matin vers 10h00. Il a appelé la maison vers minuit pour annoncer qu’il arrivait à Pantelleria, juste avant que les douaniers italiens ne lui confisquent son téléphone.

Quand je suis monté au fort, il n’y avait pas la moindre trace des harragas. Les moutons et les chèvres avaient repris leurs quartiers dans les environs. La forteresse était vide, les chiens des bergers étrangement absents, la Méditerranée azure et Pantelleria absente, comme d’habitude. J’espérais qu’en prenant de la hauteur, je parviendrais au moins à la situer. Caramba ! Encore raté !, aurais-je pu m’exclamer. A défaut de voir l’île, j’ai observé les ruines du fort. J’ai compris pourquoi les harragas s’y réfugiaient. Elles se trouvent à l’abri des regards et des vents qui soufflent sans cesse sur le cap. Les clandestins peuvent y attendre leur embarcation sans être remarqués, sauf par de rares promeneurs du dimanche, si je puis dire, comme Christine et Wolf. Dès que les coyotes locaux donnent le signal, ils n’ont qu’à dévaler la falaise en quelques minutes pour rejoindre une petite crique et monter dans une embarcation.

Comme Pantelleria, cet été en Tunisie, l’invisible était souvent plus révélateur que ce qui ne l’était pas. Les portraits de Ben Ali ne rayonnent plus dans tous les magasins comme avant qu’il ne se réfugie en Arabie. La couleur mauve, qui ornait les routes et les bâtiments de l’ancien régime, a disparu sous d’épaisses couches de peinture blanche. Les policiers qui passaient leur journée aux carrefours se sont eux aussi évanouis. Ils ne font plus partie du paysage tunisien. Sur la plage, il y avait une petite cabane en bois portant la mention « police » en français et en arabe. Elle est restée vide pendant tout notre séjour. Cette cahute, peinte en blanc, ne payait pas de mine. Construite sur le domaine maritime, comme la plupart de buvettes qui sont apparues ces dernières années sur le bord de mer, elle symbolisait la disparition de l’autorité. Pour d’autres raisons, la maison de la voisine en témoignait également. Elle s’est empressée de reconstruire l’étage que les autorités avaient détruit un an auparavant. Plus personne ne contrôle les extensions de maisons particulières. Le journal La Presse, dont la une n’affiche plus une photo de Ben Ali au quotidien, a révélé l’existence d’une bulle du béton, dont les prix se sont envolés avec la reprise des constructions illégales.

Mais cet été, il n’y avait pas que Pantelleria, Ben Ali et la police qui étaient invisibles sur la plage du cap Bon. Les Tunisois et les touristes étrangers l’étaient tout autant. Les gens de la capitale ont eu peur de laisser leur maison sans surveillance, nous a expliqué une habitante du village pour justifier le peu de maisons louées. Quant aux touristes étrangers, nous n’avons vu que de rares Italiens, arrivés dans un minibus juste avant midi, quand le soleil cognait comme Mohamed Ali dans ses meilleurs jours. Les harragas, au sens propre, c’étaient eux.

Ces dernières années, les touristes étrangers avaient commencé à sortir des sentiers battus pour s’approcher de la pointe du cap Bon. Il y a deux ans, lors de mon dernier séjour, un hôtelier, qui tend à privatiser la plage depuis des années, avait organisé une fête touarègue sur la plage. A la tombée de la nuit, un bus de touristes italiens avait débarqué. Ils avaient apprécié un spectacle de danse du ventre et de cracheurs de feu en mangeant du couscous sous une tente qui rappelait celle plantée par Kadhafi à Paris lors de sa visite en France en 2007. Dans l’obscurité, les touristes avaient peut-être cru qu’ils vivaient l’ambiance torride du Sahara, loin de chez eux, de cette Italie qui ne se trouvait pourtant qu’à 160 km. En les observant se trémousser sur des rythmes cubains en fin de soirée, je m’étais dit qu’ils avaient été bernés comme les dizaines de Subsahariens qui avaient débarqué cette même année au cap Bon convaincus d’avoir atteint l’Europe, trompés par un coyote qui partageait peut-être ses revenus entre le tourisme et le trafic de personnes.

Le premier jour du ramadan, le 1er août, le village a plongé dans le silence. Pratiquement aucune voiture ou mobylette ne s’aventurait sur la route de la mer. Il n’y avait que le muezzin qui rompait la quiétude estivale pour appeler à la prière. Je me suis senti comme un archéologue découvrant des vestiges du passé, sauf que je ne creusais pas le sol à la recherche d’amphores romaines. En écoutant l’olivier bruisser sous l’air léger de la mer et les tourterelles voler d’arbre en arbre, j’ai réalisé que ce silence était le même que celui qui régnait au cap Bon  quand les Phéniciens se sont installés dans la voisine Kerkouane, quand les Espagnols ont construit le fort de Kelibia ou quand les Arabes ont érigé leur première mosquée dans ce bout du monde.

Le jour où a commencé le ramadan, la plage s’est pratiquement vidée. Les Tunisiens de la veille avaient disparu. Il n’y avait plus d’enfants qui jouaient au foot sur le sable, plus de jet ski qui fonçait sur les vagues à proximité des têtes des baigneurs, pas plus que de clients sous les parasols de l’hôtel illégal. Les femmes voilées marchant dans l’eau se sont aussi évaporées. Elles s’étaient multipliées ces dernières années. Les jeunes filles avaient pris l’habitude de porter des combinaisons, plutôt moulantes, semblables à celles utilisées dans l’Atlantique par les nageurs qui craignent les eaux à moins de 20°, beaucoup plus froides que celles baignant le cap Bon.

Cet été du ramadan, pris en tenaille entre la révolution de jasmin et les élections d’octobre, de nombreux habitués de la plage voyaient la menace de l’islamisme sous ces maillots dits saoudiens. Contrairement aux étés précédents, les conversations ne tournaient plus exclusivement autour du port de plaisance, dont la construction a défiguré « la montagne » et qui se trouve désormais complètement ensablé ou sur le volume sonore de la musique la nuit dans les buvettes de la plage. Cette année, les discussions évoquaient un danger invisible, dont les nageuses voilées étaient peut-être l’avant-garde.

Il y avait ceux qui écartaient d’un revers de main la possibilité d’une victoire islamiste lors des élections d’octobre et ceux qui craignaient que les radicaux ne s’emparent d’une révolution qui n’était pas la leur. Face au danger, chacun menait son propre combat. Beaucoup continuaient à se rendre à la plage en plein ramadan et n’hésitaient pas à plonger dans les vagues pendant que l’imam annonçait la rupture du jeûne par les haut-parleurs de la mosquée, des femmes se baignaient en bikini pour montrer qu’elles ne fléchiraient pas, les plus audacieux préparaient des barbecues en pleine journée et n’hésitaient pas à boire de l’alcool sur leur terrasse le soir, au vu et au su des passants.

Dans un pays où plus d’une centaine de partis sont nés en quelques mois, comme si un baby-boom politique s’était produit après la chute de Ben Ali, la résistance à l’islamisme semblait particulièrement fragmentée sur la plage. Elle était la somme d’actes individuels. Les démocrates tunisiens parviendront-ils à s’unir pour affronter des islamistes qui serrent les rangs? Cet été, les habitants de la ville voisine nous ont démontré qu’ils en étaient capables. Des barbus ont perturbé la prière lors du premier vendredi du ramadan. Ils ont tenté de sortir l’imam de la mosquée qui n’était apparemment pas assez radical à leur goût. Les salafistes n’y sont pas parvenus. Les fidèles les en ont empêchés avec l’aide de l’armée. Jamais l’islamisme ne s’était manifesté aussi directement et violemment dans cette région. A la plage, chacun a poursuivi son petit combat quotidien contre une menace aussi perceptible que le pouvoir d’attraction de Pantelleria. Aucun barbu n’est descendu à la plage pour y faire respecter le jeûne. Cet été du ramadan en Tunisie était bien celui de l’invisible.

Avant de partir à l’aéroport pour rejoindre l’Europe, j’ai tourné mon regard une dernière fois vers la mer. Pantelleria est restée cachée. Je suis parti sans l’apercevoir. Je me suis dit que je n’en rêvais probablement pas assez.

Antonio Rodriguez

 

Nouveau Mur des lamentations (II)

manif-ny-28-dec-juifs-antisionistes.1232205642.jpgPARIS – A l’heure où un déluge de feu et de mort finit de s’abattre sur la bande de Gaza, alors que l’on affirme que les Israéliens, voire les juifs de la diaspora, soutiendraient dans leur écrasante majorité, écrasante c’est le cas de le dire, ce pilonnage sans commune mesure avec la menace représentée par les misérables roquettes du Hamas, je repense à ces trois juifs orthodoxes antisionistes rencontrés à New York. Oui, je sais, ces trois mots – juif, orthodoxe, et antisioniste – constituent un improbable ménage à trois. D’ailleurs, ces extraterrestres détonnaient quelque peu lors du vernissage de l’exposition intitulée “Les Palestiniens, 60 ans de lutte et d’espoir“ à l’ONU, sujet du volet I de cette chronique publié le 1er décembre dernier.

Barbus et tout de noir vêtus, il y avait là deux jeunes et un homme plus âgé, venus exprimer leur soutien à la cause palestinienne. Je dois avouer que je les ai d’abord regardés sous toutes les coutures, me demandant carrément s’il s’agissait d’authentiques juifs orthodoxes. Tous trois étaient très ouverts à la discussion et le plus âgé se présentera comme rabbin en me tendant sa carte de visite. Laissez-moi vous décrire celle-ci : sous son nom (Yisroel Dovid Weiss) est inscrit Neturei Karta International, nom de leur organisation, suivi de la mention suivante en anglais et en arabe : « Juifs unis contre le sionisme« . La carte est décorée des tables de la Loi et d’un drapeau israélien barré d’un panneau d’interdiction. En bas de la carte de visite, il est demandé de « prier pour le démantèlement rapide et pacifique de l’Etat d’  »Israël » « , le nom de l’Etat juif étant lui-même entre guillemets. Des coordonnées postales et téléphonique – à Monsey dans l’Etat de New York – sont aussi indiquées, ainsi que celle d’un site internet (www.nkusa.org).

Le rabbin m’explique que les sionistes sont des usurpateurs en me rappelant que les pères de ce mouvement nationaliste juif au 19e siècle étaient athées : « Ils haïssaient la religion mais ils ont utilisé celle-ci pour légitimer leur revendication« . Or, selon lui, « la loi divine interdit formellement que l’on puisse s’emparer d’un territoire, même inhabité« . Bref, l’Etat hébreu est une hérésie. Car, selon lui, le peuple juif, puni par Dieu aux temps bibliques et dispersé aux quatre coins du monde, ne pourra revenir en Terre sainte que lorsque Dieu le lui permettra. Il précise au passage que l’heure de la rédemption ne concernera  pas seulement le peuple juif mais l’humanité toute entière. En attendant, le destin des juifs est dans l’exil et toute tentative prématurée d’y mettre un terme ne peut qu’entraîner une effusion de sang. C’est ce qu’enseignent les Sages du Talmud, selon ce rabbin qui croit que « le projet sioniste est métaphysiquement condamné à l’échec sur les plans moral et physique« . Il condamne « l’aveuglement moral du mouvement sioniste et son refus obstiné de prend en compte l’existence des autres peuples en dehors de lui-même« .

Quant à la question de savoir ce qu’il conviendrait de faire aujourd’hui, la réponse du rabbin Weiss est d’une simplicité… biblique : permettre aux Palestiniens de revenir sur leur terre. Et les Israéliens ? « La question de savoir si ou comment de nombreux juifs pourraient rester sur place, une fois ce processus accompli, est une décision relevant entièrement des dirigeants et du peuple palestiniens« . Quant à savoir si un tel programme a la moindre chance d’être mis en oeuvre, il répond que c’est « le Créateur qui régente le monde et que c’est Lui qui rend toute chose possible« .

Education sexuelle à la mode du XVIIIe

enfer-de-la-bnf.1208177041.jpgPARIS – Grâce à l’exposition consacré à « l’enfer » de la Bibliothèque nationale de France (BNF), j’ai découvert un chef d’oeuvre de littérature érotique datant du 18e siècle, intitulé « Thérèse philosophe » et dont l’auteur est, bien entendu, anonyme – selon Sade, il a été écrit par un certain Boyer d’Argens. Ce texte est considéré par les spécialistes comme un classique, sinon le classique de la littérature clandestine qui circulait sous le manteau (au sens propre) avant la Révolution française.

Je ne vais pas vous faire languir plus longtemps et en voici un extrait. La scène se passe dans un confessional. Un prêtre fait la morale à Thérèse, la jeune héroïne du roman. Elle vient de confesser les attouchements qu’elle a pratiqués et goûtés avec ses compagnons et compagnes de jeu au fond d’un grenier. Son confesseur l’avertit des dangers qui la guettent.

Le jeûne, la prière, la méditation, le cilice, furent les armes dont il m’ordonna de combattre par la suite mes passions. « Ne portez jamais, me dit-il, la main, ni même les yeux sur cette partie infâme par laquelle vous pissez, qui n’est autre chose que la pomme qui a séduit Adam et qui a opéré la condamnation du genre humain par le péché originel ; elle est habitée par le Démon ; c’est son séjour, c’est son trône ; évitez de vous laisser surprendre par cet ennemi de Dieu et des hommes. La Nature couvrira bientôt cette partie d’un vilain poil, tel que celui qui sert de couverture aux bêtes féroces, pour marquer par cette punition que la honte, l’obscurité et l’oubli doivent être son partage. Gardez-vous encore avec plus de précaution de ce morceau de chair des jeunes garçons de votre âge, qui faisait votre amusement dans ce grenier ; c’est le serpent, ma fille, qui tenta Eve, notre mère commune. Que vos regards et vos attouchements ne soient jamais souillés par cette vilaine bête, elle vous piquerait et vous dévorerait infailliblement tôt ou tard.

– Quoi ! Serait-il bien possible, mon Père, repris-je tout émue, que ce soit là un serpent et qu’il soit aussi dangereux que vous le dites ? Hélas ! Il m’a paru si doux ! Il n’a mordu aucune de mes compagnes. Je vous assure qu’il n’avait qu’une très petite bouche et point de dents, je l’ai bien vu…

– Allons, mon enfant, dit mon Confesseur en m’interrompant ; croyez ce que je vous dis ; les serpents que vous avez eu la témérité de toucher étaient encore trop jeunes, trop petits, pour opérer les maux dont ils sont capables ; mais ils s’allongeront, ils grossiront, ils s’élanceront contre vous : c’est alors que vous devez redouter l’effet du venin qu’ils ont coutume de darder avec une sorte de fureur et qui empoisonnerait votre corps et votre âme. » Enfin, après quelque autre leçon de cette espèce, le bon Père me congédia en me laissant dans une étrange perplexité.

Roman publié chez GF Flammarion avec les gravures de l’édition de 1785.

Site de la BNF : www.bnf.fr/pages/cultpubl/exposition_731.htm