La Colombie au milieu du gué

PARIS – « La droite fait tout pour tuer l’accord politique« , selon Juan Carlos Henao Pérez, professeur de droit public, l’un des des invités d’une rencontre sur l’avenir de la Colombie qui s’est tenue le 8 décembre au centre Beaubourg à Paris. Il se dit convaincu toutefois qu’elle n’y parviendra pas en dépit d’une forte capacité de nuisance, notamment au Parlement.

Depuis les trêves conclues avec les deux guérillas de gauche, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et l’Armée de libération nationale (ELN), depuis le désarmement de la première et sa métamorphose actuelle en parti politique, la Colombie est littéralement au milieu du gué. Le pays traverse une rivière impétueuse et il est constamment menacé de retomber en arrière, de renouer avec ses vieux démons qui font tout pour le faire trébucher. Sur la rive opposée, celle de la paix à laquelle aspire la majorité – du moins peut-on le supposer – les mains secourables sont menacées.

Depuis le début de l’année, pas moins de 70 militants politiques, défenseurs des droits de l’homme et dirigeants paysans ont été assassinés, selon un décompte de l’organisation de gauche  Marcha Patriótica. Celle-ci a reçu une lettre de menaces de mort en août dernier  dont la teneur fait froid dans le dos : « Les jours sont comptés pour les communistes qui, dans les prochains jours, constitueront un nouveau parti ; nous les suivons à la trace, ainsi que leurs projets, et ils ne doivent pas croire qu’ils accéderont au pouvoir car ils seront éliminés par le plomb« .

Tout le monde sait en Colombie que ce genre de menaces ne doit pas être pris à la légère. D’autant que cela s’est déjà produit dans les années 1980 avec l’élimination des quelque 3.000 membres de l’Union patriotique, une formation qui réunissait d’anciens guérilleros ayant déposé les armes aux côtés de militants de gauche.

Comme il ne faut pas perdre tout espoir, laissons la parole à Francisco de Roux, le président de la Commission colombienne pour la vérité, lors de cette même rencontre au Centre Pompidou : « Le processus de paix est une transformation profonde du pays. Il s’agit d’éliminer complètement les armes de la vie politique.« 

Colombie : « Vida a líderes sociales ! »

Résultat de recherche d'images pour "francisco de roux"PARIS – « Les difficultés sont énormes mais les progrès sont là« . Francisco de Roux, le président de la toute nouvelle Commission colombienne pour la vérité, entend faire montre d’optimisme, alors que se poursuivent les meurtres de militants, de syndicalistes et de défenseurs des droits de l’homme.

Et, comme lui, la plupart des intervenants qui participaient le 8 décembre dernier à une rencontre au Centre Pompidou intitulée « La Colombie et l’avenir » n’entendaient pas se laisser aller au découragement. Outre le père jésuite de Roux, participait à cet événement dans le cadre de l’année France-Colombie, le ministre français de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, auteur d’un Que sais-je ? » sur ce pays.

Lors de la discussion avec la salle, un groupe d’une quinzaine d’étudiants s’est d’ailleurs levé comme un seul homme pour interpeller les participants. Chacun portait un maillot jaune sur lequel était inscrites en noir des lettres qui, côte à côte, composaient un slogan sur leurs poitrines unies : « VIDA A LIDERES SOCIALES », la vie pour ce que l’on appelle les « leaders sociaux » en Colombie, ces citoyens qui revendiquent, qui s’engagent pour le respect des droits fondamentaux de la personne.

« Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une politique de l’État » visant à éliminer les meneurs, a répondu le président de la « Commission pour l’établissement de la vérité, la coexistence et la non-répétition » (Comisión para el Esclarecimiento de la Verdad la Convivencia y la no Repetición), dont c’est là le nom officiel. Selon, Francisco de Roux, on est plutôt face à « une incapacité de l’État à protéger, surtout les pauvres« . Pour lui, ces meurtres à répétition sont le symptôme d’une « résistance contre la transformation, s’agissant en particulier de la possession de la terre« .

Jean-Michel Blanquer, qui a rappelé, pour sa part, qu’en Colombie « l’État (était) historiquement faible« , estime que le processus de paix actuel constitue « une opportunité pour lui de se renforcer« . Il s’agit, désormais, de procéder à une réforme agraire et « d’installer les services publics dans tous les territoires car c’est ce que l’on attend d’un État moderne« .

Quant à la Commission pour la vérité, son rôle est à la fois simple et redoutable : elle devra « produire un document qui dise ce qui s’est passé depuis 60 ans« , depuis la naissance des FARC, les Forces armées révolutionnaires de Colombie, jusqu’au processus actuel qui l’a vu déposer les armes et se transformer en parti politique. Or, « la moitié du pays pense qu’il n’y a pas eu de conflit armé en Colombie mais des terroristes qui s’en sont pris à un État légitime, à une société harmonieuse« , a expliqué le père de Roux. Cela expliquerait, au moins en partie, le rejet par une faible majorité de l’accord conclu avec des FARC honnies par une partie de la population. « Cette question est cruciale car le pays a peur de reconnaître les responsabilités« , estime-t-il.

Or, il est clair que les responsabilités sont partagées. « Je ne connais pas un Colombien qui n’ait eu à souffrir d’un conflit qui était partout« , constate le président de la Commission pour la vérité.

S’achemine-t-on, tels des somnambules, vers un troisième conflit mondial ?

PARIS – Cette semaine, Donald Trump, « le pyromane de la Maison Blanche« , comme il est désormais convenu de le surnommer, a reconnu Jérusalem comme la capitale d’Israël. Seulement au nom des États-Unis d’Amérique et contre presque tout le reste du monde, bien sûr, mais c’est beaucoup.

La situation internationale est lourde de menaces : la Corée du nord et ses provocations belliqueuses alimentent les rodomontades et les gesticulations de Trump ; l’Arabie s’efforce de contrecarrer l’influence grandissante de l’Iran au Moyen-Orient en guerroyant au Yémen qu’elle est en train d’affamer et de réduire en ruines ; la Syrie, le Sud-Soudan sont dévastés par la guerre civile ; les jeunes Africains fuient le continent, attirés par l’opulence européenne, tandis que les Centre-Américains font de même vers les États-Unis; en Europe et dans ses confins, l’Ukraine et la Géorgie sont, de fait, en guerre avec la Russie, même s’il s’agit de conflits dits « de basse intensité ».

Toutes ces tensions font craindre une réaction en chaîne qui provoquerait une conflagration – même si on a de la peine, à ce stade, à discerner, à prédire ce qui pourrait la déclencher, allumer la mèche reliant un conflit à l’autre, vers un embrasement général.

Mladić condamné : un jour, peut-être, Bachar el-Assad

PARIS – Ratko Mladić, le « boucher de Srebrenica« , vient d’être condamné à perpétuité par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Ainsi, cette justice, dont il se moquait comme de son premier meurtre, cette justice, qu’il a insultée à l’énoncé du verdict, a été rendue. Il paraît qu’on le considère comme un héros national en Serbie et en Bosnie serbe. Le déni de la réalité demeure la chose la plus affligeante chez l’être humain. Et les grands criminels de guerre auront toujours des négationnistes qui tenteront de perpétuer leur gloire sanguinaire.

Srebrenica et le siège de Sarajevo restent des traumatismes pour nous qui sommes demeurés passifs et impuissants alors que la tuerie se perpétrait pratiquement sous nos yeux. Aujourd’hui, c’est en Syrie que se commettent les pires horreurs ; c’est en Birmanie que l’on pratique le nettoyage ethnique, expression apparue à la suite de l’éclatement sanglant de la Yougoslavie. Aujourd’hui, on peut espérer que Bachar el-Assad, le « boucher de Damas » rendra lui aussi un jour compte de ses crimes.

Impressions d’Amérique latine : Trump vu de Mexico

MEXICO – Il y a l’image objective, celle de l’objectif de la caméra, celle qui donne le sentiment d’un homme perpétuellement en colère : Donald Trump a le visage fermé, la moue dédaigneuse, la lippe tombante, y compris le jour d’une investiture qu’il aurait voulu triomphale.

img_6869 img_6925Le nouveau « locataire » de la Maison blanche, selon l’expression consacrée, promet d’être un voisin mal commode pour le Mexique. L’opinion mexicaine ne le sent pas du tout ce nouveau voisin particulièrement mal embouché. A la mi-janvier, l’hebdomadaire Proceso voyait « poindre à l’horizon une guerre commerciale et migratoire ». Mais c’est aussi pour certains analystes au sud du Rio Grande un symptôme du déclin de l’empire états-unien.

Impressions d’Amérique latine : la Colombie veut croire à la paix

colombie-079VILLA DE LEYVA – « 2017 – Bienvenidos a la Paz » : en ce début d’année, sur la Plaza Mayor de Villa de Leyva, jolie petite ville touristique prisée des citadins de Bogota, à 160 km de la capitale colombienne, une banderole colorée exprime un vœu de paix. Après un demi-siècle de guerre civile larvée, d’assassinats politiques, de meurtres de syndicalistes, de militants des droits de l’homme, le pays semble dire, unanime : « Basta de sangre« , assez de sang.

Pourtant, le 2 octobre dernier, convaincue par la virulente campagne en faveur du « non » menée par l’ancien président Alvaro Uribe, une toute petite majorité a rejeté l’accord de paix avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie, les fameuses FARC, lors du référendum qui était censé couronner le processus de paix en entérinant l’accord signé sous les auspices de l’ONU conclu en août et qui a valu le Nobel de la paix au Président Juan Manuel Santos.  L’accord a été amendé lors de négociations expresses entre les parties, soumis au Parlement et entériné dès le 30 novembre sans prendre le risque de redemander l’avis de la population par référendum.

C’est maintenant que les difficultés commencent. L’instauration d’une paix durable doit se faire en trois étapes : désarmement, démobilisation et réintégration, processus bien connu à l’ONU par son sigle DDR. Inspiré, en effet, par les Nations unies, le DDR a été mis en œuvre dans d’autres pays au sortir de longs conflits sanglants, en Afrique en particulier.

Toutefois, cette espèce de formule miracle onusienne n’est pas si simple à appliquer, s’agissant en particulier de la troisième phase, la plus délicate. On ne réinsère pas, en effet, dans la vie civile d’anciens combattants et combattantes – qui n’ont connu que la vie de maquisards surtout habiles au maniement des armes – en les priant de chercher du boulot et de gentiment fonder une famille plutôt que de sombrer dans le banditisme.

L’accord prévoit donc un appui financier « exceptionnel et transitoire pour leur stabilisation économique », une fois qu’ils auront déposé les armes – processus qui avait déjà pris du retard en janvier. Chaque ex-guérillero recevra ainsi un pécule de deux millions de pesos (environ 650 euros), une aide à la réinstallation censée lui permettre de faire face à ses besoins de base, se nourrir en particulier. Ensuite, pendant deux ans, ils doivent percevoir une rente mensuelle équivalente à 90% du salaire minimum, en attendant qu’ils trouvent une activité rémunératrice. Pour ce faire, ils pourront aussi bénéficier d’un soutien économique pour entreprendre un projet individuel ou collectif.

Un suivi de chaque ancien maquisard est prévu, assuré par un « Conseil national de réinsertion » (Consejo Nacional de Reincorporación), cogéré par l’État et les FARC. Mis en place le 20 décembre dernier, le CNR disposera d’antennes locales. Son rôle consiste à offrir aux démobilisés « une attention » dans les domaines psychologique, de la santé, de la formation, de l’éducation et des activités productives, « de telle manière qu’ils puissent s’intégrer avec dignité à la vie sociale et politique du pays ».

Si les Colombiens ont une crainte, c’est celle représentée par le pouvoir de nuisance d’Uribe. Toutes les personnes rencontrées avec lesquelles nous avons parlé du processus de paix lors de notre séjour de trois semaines évoquent le caractère malfaisant d’un personnage demeuré influent. Proche des ex-paramilitaires d’extrême droite, qui étaient dirigés par son frère Santiago, proche des grands éleveurs qui se sont appropriés indûment des terres en s’appuyant sur ces mêmes paramilitaires, l’ancien président a tout fait pour faire capoter l’accord avec les FARC.

Et dans ce pays, il existe historiquement une méthode infaillible, inaugurée par le colonisateur espagnol, pour ne pas respecter une signature : éliminer physiquement par la suite les gens avec qui l’on a conclu un compromis. Les Colombiens espèrent qu’il en ira autrement cette fois. Le président Juan Manuel Santos s’est vu décerner le prix Nobel de la paix ; de concert avec les FARC censées se muer en parti politique, il lui reste maintenant à faire en sorte que cette paix devienne définitivement réalité.

colombie-308No hay camino para la paz, la paz es el camino

(Il n’y a pas de chemin pour la paix, la paix est le chemin)

Photo prise le 26/12/2016 à Carthagène des Indes (Colombie)

COP21 : chaleur humaine pour le climat

PARIS – Ce fut un rassemblement joyeux, main dans la main, qui faisait du bien. Il a mis du baume au cœur, apaisé momentanément le chagrin et fait passer provisoirement au second plan le traumatisme des attaques sanglantes du 13 novembre. La vie continue malgré tout, ainsi que les combats pour une vie meilleure. Nous ne nous laissons pas abattre.

Plusieurs milliers de personnes, dont de nombreux étrangers, ont formé une chaîne humaine à la mi-journée à Paris afin d’affirmer l’unité nécessaire de l’humanité pour que ses  représentants s’attaquent de manière plus résolue au réchauffement climatique. Cette manifestation pacifique a eu lieu quelques heures avant l’ouverture à quelques kilomètres de là de la « COP21 », la vingt-et-unième conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Toute manifestation sur la voie publique était théoriquement interdite dans le cadre de l’état d’urgence proclamé à la suite des attentats.

© Photos Bernard Giansetto 2015