Rêve générale et slogans personnels

de-ny-a-geneve-aut-hiv-08-09-1072.1239041525.jpgPARIS – « La crise nous épuise« , avait écrit une manifestante sur son manteau. Dans la grande manifestation de cet après-midi à Paris contre la politique économique du gouvernement, certains étaient venus avec leur slogan personnel. Ces femmes et hommes sandwiches faisaient la promotion de leur propre révolte. Un jeune homme arborant un autocollant de la CGT lisait des poèmes dans un mégaphone tandis que sa compagne, sur ses talons, agitait un drapeau noir sur lequel était simplement écrit un grand « non » en blanc. Une femme, sous son anorak gris entr’ouvert, exhibait un maillot noir sur lequel était inscrit en blanc : « Liberté Egalité Fraternité« , le mot Fraternité étant à moitié caché par les mots « MON CUL » en rouge dégoulinant.

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Un leitmotiv réunissait toutefois presque tout le monde. De très nombreux manifestants arboraient en effet un rectangle blanc autocollant avec un liseré rouge sur lequel était inscrit en noir et en majuscules : « REVE GENERALE« . Un rêve de grève au féminin, prémonitoire ou annonciateur de lendemains qui déchantent ?

Divorce (confidences inattendues)

PARIS – Le chauffagiste est arrivé tôt pour l’entretien annuel de la chaudière. C’était la première fois que je le voyais car, d’habitude, c’est son patron qui vient. Bonnet de laine sur la tête, l’air sympathique et jovial, il doit approcher de la quarantaine. Il a fait son boulot consciencieusement en répondant à mes questions concernant… la chaudière. Avant qu’il ne prenne congé, je lui propose un café tandis qu’il remplit sa feuille d’intervention qu’il signe de son prénom, René. Il accepte en mentionnant néanmoins qu’il a du mal à s’endormir le soir. Il laisse entendre que c’est à cause du café et du coca et aussi de… ce qu’il « vit en ce moment ». « Et vous vivez quoi en ce moment ? » Sa femme lui a annoncé le 11 décembre que c’était fini.

Ce soir-là, René était rentré à la maison avec un bouquet de roses car il sentait qu’elle n’allait pas bien. Et c’est avec son bouquet encore à la main qu’il apprend le naufrage de son ménage. Elle songeait au divorce depuis un moment mais ne savait pas comment lui en parler.

« On s’est perdu« , dit-il. Perdus de vue, au sens propre : lui travaille le jour, elle la nuit (dans une fabrique de cosmétiques). Il s’occupe des enfants le soir – ils en ont cinq – fait les courses le samedi. Une petite vie tranquille qui ne la satisfaisait plus depuis longtemps, lui a-t-elle avoué. « Je l’aime toujours et même encore plus qu’avant« , confie-t-il en racontant qu’il a le sentiment que son univers s’est écroulé ce soir du 11 décembre. Il en a perdu le sommeil et l’appétit. Il a soupçonné une liaison, espionné les SMS dans le téléphone de sa femme, cru avoir la confirmation de ses doutes quand il est tombé sur les mots gentils d’un collègue avec lequel elle fait le trajet tous les jours en voiture. Il a « pété les plombs », dit-il, menaçant d’aller attendre l’amant supposé à la sortie du boulot. Elle a démenti toute infidélité, tout en précisant que ce n’était pas faute d’avoir eu des avances de certains de ses collègues. Il la croit. Manifestement, il préfère la croire. Après avoir perdu sept kilos en moins de deux moins, René est allé voir son généraliste qui lui a prescrit un traitement homéopathique qui lui a apparemment fait du bien et l’a calmé. Je lui suggère d’aller voir un psy mais il me répond que ce n’est plus nécessaire désormais.

Ils ont décidé de continuer à vivre ensemble dans l’immédiat. Trois des enfants, les plus grands, ont été mis au courant. Lorsqu’ils se sépareront, seule sa fille aînée, qui a 14 ans, restera avec lui – elle ne s’entend pas avec sa mère. En partant, il me remercie de l’avoir écouté : « Ca fait du bien de parler« . René me le dira deux fois. C’était moi le psy.

Obama président

affiche_obama.1232527830.jpgPARIS – Cérémonie d’investiture en direct de Barack Obama. Le pasteur, qui le présente comme le premier président « African American », souligne : « Souvenons-nous que nous sommes américains, unis non pas par la race ou la religion mais par la Liberté et la Justice pour tous ». Puis, Aretha Franklin chante « My Country ‘Tis of Thee’ » et je pense, avec des larmes aux yeux, aux esclaves venus par bateau, enchaînés à fond de cale, et dont une descendante chante aujourd’hui les louanges de l’Amérique, patrie et nouveau monde des immigrants qu’ils soient venus de gré ou de force. Un autre afro-américain, mais qui n’a pas d’ancêtre esclave contrairement à la majorité de ses compatriotes noirs, rappelle ensuite dans son allocution d’investiture qu’un « homme dont le père, il y a moins de soixante ans, n’aurait sans doute pu se faire servir au restaurant du coin se tient aujourd’hui devant vous pour prêter le serment le plus sacré ».

Une image insolite et réjouissante – même s’il est mal de se réjouir des malheurs d’autrui : quel symbole tout de même que ce vice-président Dick Cheney, censé avoir été le plus puissant numéro deux de l’histoire américaine, vilipendé pour ce que l’administration Bush a inspiré et commis de pire ces huit dernières années, quittant le pouvoir en chaise roulante, à cause, paraît-il, d’un vulgaire lumbago !

Enfin, une dernière image pour la route : alors que l’hélicoptère emporte celui que l’on peut désormais appeler l’ex-président Bush (ouf, il est enfin parti !), CNN rappelle qu’il y a deux ou trois ans, Obama était un quasi-inconnu et qu’il eut été hasardeux de prévoir un tel destin. Au fait, à part peut-être Obama lui-même, il y en a qui ont eu l’intuition « il y a deux ou trois ans » que le sénateur de l’Illinois serait le successeur de George W. Bush ?

Nouveau Mur des lamentations (II)

manif-ny-28-dec-juifs-antisionistes.1232205642.jpgPARIS – A l’heure où un déluge de feu et de mort finit de s’abattre sur la bande de Gaza, alors que l’on affirme que les Israéliens, voire les juifs de la diaspora, soutiendraient dans leur écrasante majorité, écrasante c’est le cas de le dire, ce pilonnage sans commune mesure avec la menace représentée par les misérables roquettes du Hamas, je repense à ces trois juifs orthodoxes antisionistes rencontrés à New York. Oui, je sais, ces trois mots – juif, orthodoxe, et antisioniste – constituent un improbable ménage à trois. D’ailleurs, ces extraterrestres détonnaient quelque peu lors du vernissage de l’exposition intitulée “Les Palestiniens, 60 ans de lutte et d’espoir“ à l’ONU, sujet du volet I de cette chronique publié le 1er décembre dernier.

Barbus et tout de noir vêtus, il y avait là deux jeunes et un homme plus âgé, venus exprimer leur soutien à la cause palestinienne. Je dois avouer que je les ai d’abord regardés sous toutes les coutures, me demandant carrément s’il s’agissait d’authentiques juifs orthodoxes. Tous trois étaient très ouverts à la discussion et le plus âgé se présentera comme rabbin en me tendant sa carte de visite. Laissez-moi vous décrire celle-ci : sous son nom (Yisroel Dovid Weiss) est inscrit Neturei Karta International, nom de leur organisation, suivi de la mention suivante en anglais et en arabe : « Juifs unis contre le sionisme« . La carte est décorée des tables de la Loi et d’un drapeau israélien barré d’un panneau d’interdiction. En bas de la carte de visite, il est demandé de « prier pour le démantèlement rapide et pacifique de l’Etat d’  »Israël » « , le nom de l’Etat juif étant lui-même entre guillemets. Des coordonnées postales et téléphonique – à Monsey dans l’Etat de New York – sont aussi indiquées, ainsi que celle d’un site internet (www.nkusa.org).

Le rabbin m’explique que les sionistes sont des usurpateurs en me rappelant que les pères de ce mouvement nationaliste juif au 19e siècle étaient athées : « Ils haïssaient la religion mais ils ont utilisé celle-ci pour légitimer leur revendication« . Or, selon lui, « la loi divine interdit formellement que l’on puisse s’emparer d’un territoire, même inhabité« . Bref, l’Etat hébreu est une hérésie. Car, selon lui, le peuple juif, puni par Dieu aux temps bibliques et dispersé aux quatre coins du monde, ne pourra revenir en Terre sainte que lorsque Dieu le lui permettra. Il précise au passage que l’heure de la rédemption ne concernera  pas seulement le peuple juif mais l’humanité toute entière. En attendant, le destin des juifs est dans l’exil et toute tentative prématurée d’y mettre un terme ne peut qu’entraîner une effusion de sang. C’est ce qu’enseignent les Sages du Talmud, selon ce rabbin qui croit que « le projet sioniste est métaphysiquement condamné à l’échec sur les plans moral et physique« . Il condamne « l’aveuglement moral du mouvement sioniste et son refus obstiné de prend en compte l’existence des autres peuples en dehors de lui-même« .

Quant à la question de savoir ce qu’il conviendrait de faire aujourd’hui, la réponse du rabbin Weiss est d’une simplicité… biblique : permettre aux Palestiniens de revenir sur leur terre. Et les Israéliens ? « La question de savoir si ou comment de nombreux juifs pourraient rester sur place, une fois ce processus accompli, est une décision relevant entièrement des dirigeants et du peuple palestiniens« . Quant à savoir si un tel programme a la moindre chance d’être mis en oeuvre, il répond que c’est « le Créateur qui régente le monde et que c’est Lui qui rend toute chose possible« .

Subway

subway-30.1231938427.JPGNEW YORK / PARIS – Après plus de trois mois de vie new-yorkaise, je retrouve le métro parisien : bien éclairé, silencieux, propre. Tout le contraire du subway new-yorkais, sombre et glauque comme le souterrain qu’il est en effet. Et extraordinairement bruyant – assourdissant au sens propre, selon une étude – et pourtant on y dort comme dans aucun autre métro au monde : c’est incroyable le nombre de gens qui somnolent quelle que soit l’heure dans le métro de New York ! Sont-ils épuisés par le travail, par des nuits trop courtes, par la vie en général, je ne saurais le dire. J’observe les passagers de ma rame parisienne : ils sont éveillés et, accessoirement, presque tous minces ou peu s’en faut ; on voit bien que les gens ne mangent pas suffisamment en Europe…

Quant à l’état du subway, il est si affligeant qu’il avait inspiré un titre alarmiste du quotidien gratuit AM New York l’été dernier : « Our Crumbling Subway« , notre métro en ruines. Il n’y a qu’à voir en effet les murs lépreux des stations, bouffés par l’humidité et de perpétuelles fuites d’eau. Comme si rien n’avait été prévu pendant des lustres pour maintenir les lieux en état en dehors de la circulation des rames. Celle-ci est d’ailleurs chaotique le week-end à cause justement des travaux de maintenance des voies.

Par son état avancé de décrépitude, le subway illustre aussi le piètre état des infrastructures aux Etats-Unis. Quand on voit l’état souvent lamentable des autoroutes (un comble dans un pays où on ne peut rien faire sans voiture mais normal quand prévaut le règne du chacun-pour-soi-Dieu-pour-tous), quand on voit l’allure piteuse des ponts rongés par la rouille, on pense à l’Allemagne de l’Est avant la chute du mur. Et pourtant, il roule le métro de New York. Et contrairement à ce qui prévalait dans l’ex-RDA, des fonds sont enfin consacrés à sa rénovation. D’ailleurs, Barack Obama a fait de la remise en état des infrastructures une de ses priorités. Le déclin de l’Empire américain – et accessoirement du métro de New York – n’est donc peut-être pas irrémédiable.

ooo

Photo : Jacques Baudrier

Št’astný nový rok (bonne année)

arche-de-lue.1231315675.jpgPARIS – La Tchéquie vient de prendre la présidence de l’Union européenne. C’est une première quelque peu paradoxale, alors que son président, Vaclav Klaus, se vante d’être un eurosceptique à la Margaret Thatcher. Mais ne soyons pas trop surpris, on peut s’attendre à tout sur le plan politique de la part des pays issus du communisme. L’essentiel n’est pas là : un ancien satellite de l’Union soviétique préside l’UE vingt ans après s’être libéré de sa pesante tutelle.

Cela me rappelle deux anecdotes qui permettent de mesurer le chemin parcouru. La première, en 1971, dans un cinéma de Sokolov, petite ville de l’ouest de la Bohême. Avant le film, que j’ai oublié, les actualités montraient un sommet européen à Bruxelles : les images défilaient en accéléré, le ballet des voitures officielles devenait fou, tournant en ridicule des hommes d’Etat et ministres ouest-européens mis en scène comme des marionnettes.

La seconde anecdote, à la même époque, c’est mon professeur d’histoire-géographie au lycée Colbert, à Paris, un certain Michel Michaud qui, accessoirement, a contribué à nourrir mon envie de voyager. Il disait que tôt ou tard le projet européen devrait inclure l’Est du continent. Alors que le rideau de fer coupait le continent en deux, cela relevait du rêve pur et simple, pour ne pas dire du délire. Et c’est la réflexion que je m’étais faite : M. Michaud, vous êtes un doux rêveur ! C’est pourtant lui qui avait raison : on y est arrivé, contrairement à toute les probabilités et malgré la propagande des actualités cinématographiques tchécoslovaques de l’époque dont le pouvoir de conviction sur la population était, il est vrai, des plus limités. Sauf peut-être sur le futur président Vaclav Klaus.

(chronique illustrée par un dessin de Veronika Melicharová, 10 ans)
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Présidence tchèque de l’UE : www.eu2009.cz/fr

Rue barrée

La Via Giansetto interrompt provisoirement son cheminement sinueux vers les sommets ; son débroussaillage devrait reprendre à la mi-janvier. En attendant, « bon bout d’an » – comme on dit à Marseille – à tous les lecteurs assidus, occasionnels ou de hasard. Et meilleurs voeux de prospérité à la planète pour 2009.

« New York City will never die »

neil-young.1232206531.jpgNEW YORK – Le refrain dit normalement : « Rock and Roll will never die » (le rock ne mourra jamais ». Après le premier couplet, Neil Young a glissé à la place : « New York City will never die« , New York ne mourra jamais). Le balladin du nouveau monde se produisait ce 15 et 16 décembre au « Jardin de la place Madison »,  le fameux Madison Square Garden. Dès le deuxième morceau, il a attaqué avec « Hey, hey, My, My« , cet hymne au rock-qui-ne-mourra-jamais. Le visage de l’artiste s’est empâté, son crâne s’est quelque peu déplumé même s’il porte toujours les cheveux longs mais sa voix est toujours aussi claire. Et il continue de danser avec sa guitare électrique au rythme de la musique, comme avec une cavalière saoule de décibels qui l’entraînerait dans un tourbillon de fin du monde.

Il passe aussi toujours avec autant d’aisance du rock le plus épais –  morceaux ruisselants de notes électriques enveloppantes, ponctués d’envolées lancinantes – aux ballades mélodieuses simplement accompagnées à la guitare folk. Il a ainsi chanté « The Needle and The Damage Done« , dénonciation des dégâts causés par l’héroïne, chanson que le public, qui connaît par coeur les paroles de ses classiques, a repris en choeur avec lui. Au fond de la scène, un improbable invité peignait sans relâche des tableaux abstraits, comme s’il était seul au monde dans cette salle, immense caverne sonore où des milliers de personnes n’avaient d’yeux que pour le « rockeur du monde libre » qui a achevé son spectacle en chantant un « Rocking in the Free World » repris là aussi spontanément par le Madison Square Garden.

Je me souviens

amir-khadir.1229010976.jpgMONTREAL – Je me souviens. Je me souviens du 20 mai 1980, de la victoire du non au référendum québécois sur la « souveraineté-association » (une grande rasade de souveraineté accompagnée d’un nuage d’association avec le reste du Canada). Je me souviens de René Lévesque, premier ministre de la province, lançant à la foule déçue : « A la prochaine fois !« . Je me souviens du second référendum, le 30 octobre 1995, perdu de justesse, bien que le oui ait été majoritaire cette fois chez les francophones. Dix-huit ans plus tard, on ne voit pas de nouvelle prochaine fois poindre à l’horizon indépassable de l’Etat nation.

Les Québécois votaient ce lundi 8 décembre, et la ferveur nationale appartenait bien au passé. Tous mes amis de Montréal ne votent plus pour le Parti québécois (PQ) de feu René Lévesque, dirigé aujourd’hui par une femme, Pauline Marois, sympathique mais beaucoup moins charismatique que son illustre prédécesseur. Mes amis votent désormais pour les candidats de Québec solidaire, petite formation « souverainiste » de gauche qui a fait élire son premier député, le Dr Amir Khadir, dans la circonscription montréalaise de Mercier, quartier francophone du centre est de Montréal. Il a été élu avec 38% des voix (les élections ne sont qu’à un seul tour), devançant un péquiste par une majorité de 872 voix, soit un peu moins de quatre pour cent.

Par un frisquet -18 (-28 degrés avec le « facteur vent »), mais sous un beau ciel bleu immaculé, j’ai accompagné mon ami Jano à son bureau de vote dans une école. Il fait partie de ces « péquistes désenchantés », comme se définit lui-même un autre ami, Mario, ancien militant du PQ qui a voté aussi Québec solidaire. Sur le bulletin de vote, il fallait cocher le nom d’un des six candidats se présentant dans Mercier. Parmi ceux-ci, je découvre celui de Jean-Marc Labrèche, candidat d’une toute nouvelle formation, le Parti indépendantiste, celui des désenchantés eux aussi manifestement. Son score sera bien maigre: 83 voix, soit 0,36% des suffrages.

Je me souviens que l’indépendance faisait beaucoup plus recette jadis. Avec la souveraineté, le PQ est un peu dans la situation du Parti socialiste français avec le socialisme. C’est sa raison d’être mais il sait pertinemment que les Québécois ne lui donneront pas le mandat de la réaliser, tout comme le PS sait que les Français ne lui donneront pas celui de « rompre avec le capitalisme ». Mais chacun s’accroche à son dogme. Encore qu’il semble que les péquistes croient encore à la possibilité de réaliser un jour l’indépendance tandis que du côté des socialistes français, je doute qu’ils rêvent vraiment d’une rupture avec le capitalisme.

www.cyberpresse.ca/actualites/elections-provinciales/200812/08/01-808622-khadir-premier-depute-elu-de-qs.php

Nouveau Mur des lamentations (I)

emmures-vivants.1229016668.jpgNATIONS UNIES – Ces jours-ci, se tient à l’ONU une exposition de photographies intitulée « Les Palestiniens, 60 ans de lutte et d’espoir« . Les clichés sont l’oeuvre d’une Française, Anne Paq (www.annepaq.com), ainsi que d’un collectif de photographes palestiniens de Béthléem (www.imagesforlifeonline.com). On y voit en particulier cette haute muraille érigée par Israël pour se protéger des terroristes, un mur plus haut que celui de Berlin. Qui aurait cru qu’après avoir réussi à abattre le bien nommé « mur de la honte », les Occidentaux ou leurs alliés en érigeraient d’autres à leur tour ? En Israël-Palestine, à la frontière américano-mexicaine, autour des enclaves espagnoles du Maroc, qui aurait cru que la honte passerait elle aussi à l’Ouest ?

Lors du vernissage, la semaine dernière, en marge de la « Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien », célébrée chaque 29 novembre par l’ONU, Anne Paq me disait sa conviction que ce mur-là tomberait lui aussi. Sans doute, mais de notre vivant, je ne serais pas prêt à le parier. Les murailles de Chine et autres lignes Maginot ont toujours fini par être contournées à défaut d’être prises d’assaut. C’est curieux comme les hommes ne semblent pas tirer de leçons de l’Histoire. C’est sans doute parce que c’est toujours celle des autres.