Terroristes, vous avez dit « terroristes » ?

PARIS – Qui aurait imaginé que George W. Bush aurait une telle postérité ? Plus de dix ans après la déclaration de « guerre au terrorisme » (« war on terror« ), à la suite des attentats du 11 septembre 2001, ce concept flou semble avoir encore de beaux jours devant lui. Et le plus étonnant est qu’il soit repris, sans hésitation apparente, par les socialistes au pouvoir en France.

Qu’ont en commun le président François Hollande et l’ancien chef de la Maison blanche ?Pas grand-chose a priori, pratiquement rien, du moins c’est ce qu’on croyait et c’est bien le moins que l’on pouvait espérer. Mais voilà que l’armée française libère le nord du Mali. Elle met en déroute une poignée de jihadistes qui avaient réussi à conquérir Tombouctou  en y instaurant  rigorisme puritain et ordre moral, sous couvert de retour aux sources d’un islam pur et dur. Dans les discours officiels français, l’ennemi est identifié sous un seul vocable : ce sont des « terroristes ». Ne serait-il pas plus simple de dire « les méchants » ?

On n’en est pas loin. J’ai ainsi entendu ces jours-ci Gérard Longuet, ancien ministre de la défense de Nicolas Sarkozy, évoquer « les islamistes » avant de se reprendre aussitôt en demandant pardon pour dire « les terroristes ». Ouf, on a failli appeler un chat un chat !

Il semble qu’en leur accordant une appellation plus juste, on ne craigne de leur donner un semblant de légitimité.  Des terroristes, ce sont des gens qui tuent, qui frappent des innocents sans distinction, ce ne sont pas des combattants de la liberté, ni même des « fous de Dieu », comme on disait jadis à propos du Hezbollah libanais. Ce ne sont pas non plus des militants anti-impérialistes, comme du temps de la confrontation entre communisme et capitalisme.  Et puis, c’est très commode de faire la guerre aux terroristes : ça dispense de s’interroger sur la racine du « mal » (restons manichéens).

Plus grave, cette diabolisation mène à une impasse, puisqu’il ne peut être question de discuter avec des gens qui n’auraient pour tout projet politique que de nuire. Pour le spécialiste de l’islam Olivier Roy, « cette confusion interdit de définir une stratégie claire et de long terme, car elle ne permet pas de distinguer entre des acteurs légitimes, avec qui on peut et doit négocier, même s’ils s’opposent à l’Occident, et des terroristes dont le seul objectif est la confrontation, et qui n’ont aucune base sociale. »

0000

Olivier Roy : « Vaine stratégie française au Mali » (Le Monde du 4 février 2013)

Sahara : ces frontières qui n’existent que sur les cartes

PARIS – Elles sont géométriques, biscornues et n’existent en fait que sur les cartes géographiques: les frontières sahariennes sont virtuelles. Lorsque l’on regarde les Alpes ou les Pyrénées, on contemple de véritables frontières naturelles. Il n’en est rien au Mali, en Algérie ou en Libye où elles sont tracées au cordeau mais sur du sable. Et comme chacun sait, on ne bâtit pas grand-chose sur du sable : en un coup de vent, tout peut disparaître.

J’ai pu le vérifier moi-même il y a dix ans en passant de la Mauritanie au Mali. Entre la ville mauritanienne d’Ayoun el-Atrous et celle malienne de Nioro-du-Sahel, il n’y a rien que de vagues pistes sablonneuses à peine tracées et où il est aisé de s’égarer. Quelques hameaux isolés peuplent ces confins arides mais leurs habitants ne sont pas d’une grande aide pour s’orienter car ils ne parlent guère français.

Il n’y a pas de douane, et pas même de panneaux indicateurs. Pour ne pas avoir de problèmes avec les autorités des deux pays, et ne pas risquer de se faire accuser d’avoir franchi clandestinement la frontière, il convient néanmoins de faire viser son passeport par la police locale. Il nous a donc d’abord fallu trouver la gendarmerie d’Ayoun el-Atrous, à l’écart de la ville, où de pauvres militaires désœuvrés et manquant de tout, ont visé nos passeports. Puis après avoir erré pendant toute une journée dans les confins sahéliens, nous sommes arrivés à Nioro à la nuit tombée, trop tard pour présenter nos documents de voyage. Nous nous sommes présentés le lendemain aux autorités maliennes qui ont apposé à leur tour leurs cachets.

J’imagine à peu près la même chose à la frontière algéro-malienne, lorsque l’on va par exemple de Tamanrasset à Kidal. « Ce sont des espaces gigantesques« , confirme Emmanuel Grégoire, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), interviewé par Le Monde. « La frontière est poreuse, très difficile à surveiller, poursuit-il. Il existe des points de passage officiels et surveillés situés sur des pistes bien tracées. Mais ces pistes sont doublées de pistes clandestines parallèles, en partie surveillées par l’Algérie. »

Interrogé sur les possibilités de boucler la frontière algéro-malienne pour empêcher les guérilleros jihadistes de circuler, il répond : « A moins d’y mettre de très gros moyens, cela me paraît difficile, tant les espaces sont vastes. Ils peuvent ralentir les flux, pas les bloquer complètement. »

Illustration tirée d’un article intitulé « Un espace sans frontières : le Sahara » de Marceau Gast publié en 1988 dans la Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée (revues.org).

(le lien à cet article est ici)

Tous les Américains ne sont pas dingues des flingues

NEW YORK – Veille de Noël sinistre en Amérique :  il y a une semaine, un jeune déséquilibré de vingt ans massacrait une vingtaine de petits enfants et cinq adultes dans une école rurale du Connecticut, non loin de New York, avant de se suicider. Ces derniers jours, la petite bourgade de Newtown vit donc au rythme des corbillards et des veillées funéraires et les drapeaux sont en berne dans tout le pays.

L’assassin avait débuté son carnage en assassinant sa mère avec les armes que celle-ci affectionnait. Il s’agissait d’une « gun enthusiast« , une dingue des flingues, pourrait-on dire. Tellement fana, qu’elle avait initié son fils à leur maniement.

Il est question d’interdire la vente libre des armes de guerre, comme cela a déjà été le cas entre 1994 et 2004. C’est du moins ce que le président Obama envisage, après cette tuerie qui semble avoir réveillé une Amérique folle des armes à feu.

En fait, n’ont été réveillés que ceux qui l’étaient déjà. Les autres, les « gun enthusiasts » n’ont pas changé d’avis : pour eux, la solution n’est pas dans l’interdiction des armes, dont le libre accès est garanti par la Constitution. Bien au contraire, ils soutiennent que si la directrice de l’école avait été elle-même armée, elle n’aurait non seulement peut-être pas trouvé la mort mais elle aurait pu tenter d’abattre le tueur avant qu’il ne commette l’irréparable.

Le maire de New York, Michael Bloomberg, qui est un farouche opposant au lobby des armes, a dit qu’il n’avait jamais rien entendu d’aussi stupide de toute sa vie. « Ces idiots veulent ajouter des armes aux armes, comme s’il n’y en avait pas déjà suffisamment en circulation« , me disait Sharon McGehee, une écrivaine farouchement anti-républicaine.  Meryl Spiegel, une amie photographe, avoue « ne pas comprendre cette culture » et cet amour des armes chez ses compatriotes, du moins chez une partie d’entre eux.

Ceux-ci profèrent des choses étranges pour un Européen : « Le mal est en nous, il n’est pas dans les armes« , disait ces jours-ci un homme politique proche de la National Rifle Association, le lobby des armes à feu. Car leur grand argument est le suivant : ce ne sont pas les armes qui tuent, ce sont ceux qui les manient.

La NRA, qui sort d’un long silence preuve de son embarras, a donc proposé une semaine après la tuerie de mettre un vigile armé dans chaque école. Certains établissements comme celui où travaille Sonya, ma colocataire qui est comptable dans une école privée du New Jersey, y songeaient déjà depuis le massacre de Newtown.

Malgré Newtown, le combat est encore loin d’être gagné pour Obama et les partisans d’une réglementation draconienne des armes.

Drapeau en berne à New York le 20 décembre 2012 © Giansetto

ONU : les 9 qui ont dit « non » à la Palestine sont-ils du bon ou du mauvais côté de l’Histoire ?

NEW YORK – 138 oui, 9 non, 41 abstentions : 65 ans jour pour jour après le partage de la Palestine, ce qu’il en reste a finalement été « admis » à l’ONU en ce 29 novembre 2012 sous les applaudissements nourris de l’Assemblée générale. « Admis » avec des guillemets car un « Etat observateur non membre« , à l’instar du Vatican, ça n’est en effet pas très sexy. Le vote a pourtant sans doute été historique, même s’il ne changera pas grand-chose dans la réalité pour le moment. La réalité, c’est en effet qu’il n’y a toujours pas d’Etat palestinien en tant que tel et qu’il est probable que sa gestation soit encore loin d’être achevée.

Pourtant, certains donnent le sentiment d’être du mauvais côté de l’Histoire, en donnant l’impression qu’ils tentent de ralentir, sinon d’arrêter, sa marche inexorable. Ce sont les neuf Etats membres de l’ONU qui ont voté « non ». Passons sur Israël qui, pendant des décennies, avait réussi à faire croire au reste du monde que la Palestine ça n’existait plus, et qui a donc décidément du mal à sortir du déni.

En dehors de l’Etat juif donc il y a un poids lourd parmi les neuf, les Etats-Unis, trois poids très moyens, le Canada, le Panama et la Tchéquie, et quatre poids plumes, les îles Marshall, la bien nommée Micronésie, Nauru et Palau. Il s’agit de quasi-colonies américaines du Pacifique, des micro-Etats qui votent systématiquement comme les Américains et les Israéliens.

L’argument des neuf « non », c’est que cette reconnaissance internationale de la Palestine ne peut qu’entraver l’émergence d’un Etat en bonne et due forme. Ce vote affecterait un « processus de paix » pourtant au point mort. Est-il vraiment possible de ralentir encore un objet immobile ? On ne voit décidément pas ce que les Palestiniens avaient à perdre dans cette affaire. Ils n’ont pas gagné grand-chose en ce 29 novembre, me direz-vous. Une reconnaissance symbolique, c’est mieux que rien, non ?

Le président palestinien Mahmoud Abbas à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU le 29 novembre 2012 ©  photo Jacques Baudrier

Le silence de la Bosnie à l’ONU

NEW YORK – La Bosnie est sortie de l’actualité chaude depuis longtemps mais ses problèmes existentiels ne sont pas réglés pour autant. Le Conseil de sécurité des Nations unies a renouvelé cette semaine le mandat de l’Eufor, la force européenne de maintien de la  paix qui garantit la stabilité de cette nation improbable. Improbable car cohabitent en son sein des frères ennemis qui ne sont pas devenus miraculeusement amis une fois que les armes se sont tues.

Lors de la réunion du Conseil de sécurité, mardi dernier 13 novembre, Valentin Inzko, le haut-représentant de l’ONU à Sarajevo, sorte de proconsul de la communauté internationale, a brossé un tableau peu reluisant de la situation. Selon lui, le leitmotiv des politiciens locaux, des Serbes en particulier, est d’appeler au démantèlement de la Bosnie-Herzégovine et à l’indépendance de l’entité serbe. « Le moment est venu pour les hauts responsables politiques de cesser de rouvrir des blessures qui ne se sont pas cicatrisées« , a lancé M. Inzko.

Tout le monde sait que les institutions bosniennes ne fonctionnent pas. Le pays est divisé en deux entités (serbe et croato-bosniaque) mais, il est éclaté, de fait, en trois morceaux. La colle appliquée par l’ONU et l’Union européenne ne prend pas.

La meilleure preuve en est le silence assourdissant de la délégation bosnienne à l’ONU. La pratique veut que lorsque l’on examine la situation d’un pays aux Nations unies, celui-ci donne son avis en tant que « pays concerné ». Chose rare pour ne pas dire unique, la délégation de Bosnie-Herzégovine ne s’est pas exprimée mardi , alors que ses voisins, croates, serbes, ainsi que les quinze membres du Conseil de sécurité l’ont fait. Ceux-ci ont d’ailleurs minimisé les propos du haut-représentant, la Russie par exemple le trouvant par trop alarmiste. Quant à la France, elle a constaté avec satisfaction que la situation était demeurée calme.

Bref, tant que la guerre ne reprend pas – et elle ne peut pas reprendre, le conflit étant gelé par la présence de l’Eufor – tout va bien.

J’ai demandé à une diplomate bosnienne pour quelle raison son « pays » ne s’était pas exprimé. Elle m’a expliqué qu’un texte avait bien été rédigé à la mission de Bosnie-Herzégovine à New York. Il a été envoyé pour validation au ministère des affaires étrangères à Sarajevo ; il est ensuite remonté jusqu’à la présidence collégiale mais il n’est jamais redescendu. Les trois présidents – croate, bosniaque et serbe – ne sont manifestement pas parvenus à l’entériner.

Le constat « alarmiste » du haut-représentant Valentin Inzko ne saurait être mieux confirmé que par le mutisme de la Bosnie à l’ONU.

« Four more years »

NEW YORK – « Four more years« , quatre ans de plus, le slogan des partisans d’Obama a été entendu et retenu par la Providence et par une petite majorité du peuple américain : le président sortant a une deuxième chance pour tenir ses  promesses. Une importante minorité d’Américains, qui ne pouvaient plus le voir en peinture, vont devoir s’y faire.

Portrait du couple Obama dans le restaurant Sylvia’s à Harlem.

Les Etats-Uniens votent

NEW YORK – Les Etats-Uniens élisent leur président et leurs représentants. Au terme d’une très longue campagne électorale, interminable semblent penser beaucoup d’Américains, ils votent donc pour réélire leur premier président « de couleur » ou pour envoyer à la Maison Blanche le premier président mormon (personne n’est parfait), mormon donc mais parfaitement blanc et propre sur lui.

Ils votent mais ça ne se voit pas. Nulle affiche dans la rue. En dehors des réunions publiques, tout s’est passé à la télévision et à la radio, avec des sommes folles dépensées par les deux grands partis dans des séquences de propagande et de contre-publicité.

La seule affiche de propagande électorale repérée à New York, pas très loin de l’ONU sur la 1ère avenue, quatre jours avant le scrutin présidentiel de ce 6 novembre. Albany est la capitale de l’Etat de New York où siègent ses députés.

Il y a eu quatre débats, trois entre les deux candidats au poste suprême, et un avec les seconds couteaux, Joe Biden et Paul Ryan. Pas très exaltante, cette campagne et ces débats, l’horizon indépassable des candidats semblant être à l’unisson « to cut taxes » (de baisser les impôts), phrase qu’ils ont dite et répétée à satiété. Seule différence entre eux : Obama veut baisser les impôts pour la classe moyenne – comprendre la majorité des gens « normaux », pas les pauvres, ni les très riches – et les augmenter pour les riches ; Mitt Romney prétend quant à lui les baisser pour tout le monde, tout en augmentant les crédits militaires et en comblant le déficit abyssal…

L’autre leitmotiv de Romney est sa volonté affichée, sa prétention à aider ses compatriotes à trouver un bon boulot – « to find a good job » (prononcer faïnd è goude djâââb, refrain qui revient aussi sans arrêt). Pas un mot d’aucun des deux sur le contrôle des armes, qui permettent périodiquement aux fêlés de faire des carnages dans ce pays, pas grand-chose non plus sur le changement climatique. Car ici, le réchauffement de la planète, c’est le contraire de Dieu : la droite n’y croit pas et elle s’accrochera à cette conviction, contre vents et marées, en attendant passivement le déluge final.

Dans le troisième et dernier débat il y a eu un moment amusant pour un étranger, tragi-comique, devrais-je plutôt dire, lorsque Romney a reproché à Obama de s’être excusé pour les mauvaises actions de l’Amérique, lorsque celle-ci a « dicté » sa volonté aux autres. Le républicain a pris un air outré : l’Amérique, a-t-il dit, n’a jamais dicté quoi que ce soit :  « No, Mr. President, America has freed other nations from dictators » (non, M. le président, l’Amérique a libéré d’autres nations des dictateurs). Les Latino-Américains mais aussi les Egyptiens, les Iraniens, les Viêtnamiens, voire les Sud-Coréens et bien d’autres, apprécieront le rôle trouble joué pendant des lustres par la CIA dans leur vie politique, fomentant parfois carrément des coups d’Etat, sans parler de l’armée américaine.

Enfin, heureusement, c’est du passé et si le président Barack Obama a présenté les excuses des Etats-Unis, on ne voit pas son possible successeur les reprendre.

Retour du courant à Greenwich Village : Chick Corea et Stanley Clarke au « Blue Note »

NEW YORK – Sans courant, pas de Corea. L’électricité est revenue à temps dans le bas de Manhattan à la veille du week-end pour permettre au Blue Note de réouvrir samedi 3 novembre et à Chick Corea et Stanley Clarke de monter sur scène.

Les deux virtuoses du piano et de la contrebasse étaient en compagnie de Ravi Coltrane, saxophoniste émérite et fils de son père, de Charles Altura, jeune guitariste blanc doué mais introverti, et d’un très bon batteur, Marcus Gilmore, petit-fils de Roy Haynes, batteur noir de jazz de grande renommée. Derrière son piano à queue, à une extrémité de la petite scène du Blue Note, Chick Corea faisait office de chef d’orchestre, suivant attentivement ses camarades et se montrant  particulièrement complice avec le jeune Gilmore à l’autre extrémité.

La salle était pleine à craquer ce week-end et elle devrait continuer d’afficher complet tant que Corea et Clarke seront à l’affiche, jusqu’au lendemain de l’élection présidentielle.

Si la lumière est revenue en ville, si le métro roule à nouveau cahin-caha, la situation est encore loin d’être normale. Les installations électriques de certains immeubles de Manhattan sont définitivement hors service et il faudra plusieurs semaines pour les remettre en état. Sans parler des zones ravagées du New Jersey et de Queens, sur le front de mer, où se pose désormais la question de reconstruire ou pas face à un océan que l’on nous prédit désormais perpétuellement menaçant.

« I survived hurricane Sandy »

NEW YORK – « J’ai survécu à l’ouragan Sandy« , proclament les maillots en vente à Times Square, moins d’une semaine après le passage de la tempête que l’on n’ose appeler du siècle, celui-ci n’ayant encore que douze ans. « I survived hurricane Sandy » : au cas où on en douterait, certains à New York ne perdent décidément pas le Nord et encore moins le sens des affaires.

New York, 3 novembre 2012 : « La prochaine grande affaire est ici », dit la publicité.

 J’ai survécu et… j’aime toujours New York : entre les deux mon cœur balance. Achèterai-je le maillot noir ou le maillot blanc ?

© Giansetto 2012