NEW YORK – « Invasion 68, Prague » s’intitulait l’exposition de photographies de Josef Koudelka qui vient de fermer ses portes à New York. Je suis allé la voir parce que l’invasion de la Tchécoslovaquie, le 21 août 1968, est l’événement marquant de mon adolescence, celui qui m’a conduit à voyager à l’Est avant et après l’effondrement du communisme. Contrairement à moi qui ait vécu cette magnifique journée d’été collé à la radio dans un jardin de la banlieue parisienne, Josef Koudelka était dans les rues de Prague avec son appareil-photo et il a saisi les moments les plus forts de cet écrasement de la liberté sous prétexte de sauvetage du « socialisme » par les chars d’assaut des « pays frères ». Ce qui m’a frappé dans cette exposition, ce qui m’a étonné, c’est le caractère violent de l’événement, alors que je gardais le souvenir de la résistance passive des Tchèques et des Slovaques, de l’absence de combats, l’armée tchécoslovaque n’étant pas sortie de ses casernes – l’une des plaisanteries qui a couru à l’époque dans une population friande d’humour noir était que la Tchécoslovaquie était le pays le plus neutre du monde car il n’intervenait même pas dans ses affaires intérieures…
Plusieurs clichés montrent des jeunes s’attaquant aux chars avec des barres de fer, des pavés ou des… pots de peinture, et on voit même du sang et quelques morts. Et puis il y a ces portraits de soldats des « pays frères », ces jeunes que la foule interpelle et qui semblent ne rien comprendre à ce qui se passe. Les ex-envahisseurs doivent avoir la soixantaine aujourd’hui et je serais curieux d’en rencontrer quelques uns pour qu’ils me disent comment ils ont vécu ces journées qui ont dû les marquer eux aussi.
Tout cela paraît bien loin aujourd’hui. Et la distance m’a paru encore plus grande du fait que j’ai visité cette exposition avec une collègue mauricienne de l’Onu, une jeune femme de 30 ans qui a fait des études supérieures mais qui ignorait tout du Printemps de Prague et de son écrasement par les chars soviétiques. Ce monde, que l’on croyait immuable à l’époque, a tellement changé que je ne suis pas sûr d’avoir totalement assimilé ses bouleversements. Des morceaux du mur de Berlin et du rideau de fer traînent encore au fond de mon jardin secret envahi par les ronces.
oOo
Au cas où vous voudriez en savoir plus sur Josef Koudelka et Prague 68 :