J -13 : affichage pro-McCain

adirondacks.1224632651.jpgPARC NATIONAL DES ADIRONDACKS – Aux Etats-Unis, on ne craint pas d’afficher ses opinions politiques. On les affiche même noir sur blanc, ou plutôt blanc sur bleu en l’occurrence. A sa fenêtre, dans son jardin, on plante sans complexe un petit panneau pelouse-republicaine.1224632739.jpgen carton qui proclame pour qui on va voter. Je reviens d’une virée dans le parc des Adirondacks, dans le nord de l’Etat de New York où je suis allé voir les couleurs de l’automne – dans la Grosse Pomme, les arbres n’ont pas encore pris leur parure automnale.

Et là, si l’on devait se fier aux petits panneaux sur les pelouses, sur lesquelles flottent aussi bien souvent une bannière étoilée, on prédirait une victoire écrasante de… John McCain. En une journée de vadrouille, j’ai vu quatre affichettes Obama-Biden contre un nombre incalculable de McCain-Palin. Les sondages continuent eux de donner une avance confortable aux premiers. Mais on en viendrait à avoir des doutes quand on se balade upstate New York, comme on dit ici, tout là-haut près du Canada.

Garçon manqué sans papiers

quebec-nocturne.1224187579.jpgQUEBEC – Immigrante clandestine sans papiers en avance de trois siècles, aventurière et révoltée contre sa condition, elle ferait une belle héroïne de roman. Elle s’appelait Esther Brandeau, était juive et, manifestement, un vrai garçon manqué. La preuve, c’est habillé comme un homme que cette jeune femme avait mis le pied à Québec en Nouvelle-France après avoir traversé l’océan en bateau. Ca faisait beaucoup pour les intégristes qui régentaient la colonie au 18e siècle : ceux-ci avaient décrété que les non catholiques étaient persona non grata dans la colonie. Etaient visés en premier lieu les protestants mais évidemment aussi les juifs ; et cela aurait aussi concerné sans aucun doute les musulmans s’il y en avait eu en France à l’époque. La malheureuse a finalement été remise dans un bateau pour les « vieux pays », comme on dit au Québec, l’histoire ne disant pas ce qu’elle est devenue. C’était en 1739.

Deux siècles plus tard, d’autres juifs, allemands ceux-là, étaient incarcérés à Québec, en tant que prisonniers de guerre ! C’est difficile à croire mais c’est ce qu’affirmait une exposition qui a été présentée de mai à septembre à Québec, parmi les innombrables manifestations du 400e anniversaire de la ville. J’ai lu et relu le panneau : pas de doute, on parle de prisonniers de guerre juifs allemands (!) en 1940 à Québec, alors que dans la mère-patrie germanique, il ne devait pas y avoir beaucoup de juifs portant encore l’uniforme nazi…

L’exposition retraçait l’histoire de la communauté juive du Québec, une histoire qui s’est longtemps confondue avec celle de la communauté anglophone à laquelle appartient aujourd’hui quelqu’un comme le poète et chanteur montréalais Leonard Cohen. Et c’est pour creuser cette histoire méconnue qu’était organisé le week-end dernier, toujours à Québec, un « sommet patrimonial » intitulé Roots Quebec. Celui-ci a donné lieu à diverses conférences dont une sur l’histoire de la présence juive dans la ville et une autre sur celle des Chinois, deux communautés qui ont très majoritairement migré vers Montréal et Toronto, quand ce n’est pas aux Etats-Unis. Les anglophones du Canada sont aussi en quête de leurs racines… québécoises.

Voir le site de l’expo consacrée aux juifs de Québec: www.shalomquebec.org ; ainsi qu’un blogue (très critique) sur celle-ci :

www.marcgauthier.com/blog/2008/09/08/critique-shalom-quebec-a-la-gare-du-palais

J -24 : quand certains vendent la peau de l’ours

obama.1223681231.jpgNEW YORK – « All signs point to Obama landslide« , tout annonce un raz de marée Obama, titrait jeudi 9 octobre le quotidien gratuit Metro dans son édition new-yorkaise. Tout indique surtout que certains vendent la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Et l’ours en question, John McCain – sans oublier sa colistière aux griffes acérées, chargées des basses besognes -promet de devenir très méchant dans les 24 jours qui restent avant le scrutin.

Tchernobyl financier

NEW YORK – Le séisme financier actuel, avec l’éclatement de la « bulle immobilière » suivi du krach boursier, c’est une sorte de Tchernobyl financier. Tout comme la radioactivité, l’effondrement de Wall Street est invisible et inodore. Mais il pourrait être très douloureux avec le temps, pour ne pas dire mortel. Il est intéressant de noter d’ailleurs que krach, mot d’origine allemande, se dit meltdown en Amérique, c’est à dire fusion, au sens de la fusion nucléaire.

La radioactivité ambiante étant donc invisible, New York continue de vivre comme si de rien n’était. Les gens vont au boulot, font leurs emplettes, la publicité les incite à consommer comme avant sinon encore plus, les banques continuent à faire mousser leurs pourcentages, bref tout à l’air d’aller pour le mieux dans le meilleur des capitalismes. Et si on ne regarde pas les journaux, aucun désastre n’est apparent. Il est très réel en revanche pour ceux qui, surendettés, ont vu leur maison saisie, ou ont vu fondre leurs économies en bourse et leur rêve (américain) s’évanouir, sans parler de leur pécule retraite.

Economie de casino

cristina_fernandez_de_kirchner.1222895986.jpgNATIONS UNIES – L’Assemblée générale des Nations unies vient d’achever son débat général annuel. On y a parlé crises : alimentaire, écologique, du développement, du climat et… crise financière bien sûr. Nombre de chefs d’Etat ont montré du doigt Wall Street et le donneur de leçon étatsunien qui, lui, a préféré regarder ailleurs et parler… terrorisme, une valeur sûre au moins celle-là. Mais impossible de noyer le poisson : Wall Street n’est vraiment pas loin, elle vacille sur ses bases et, cette fois, les kamikazes qui ont miné ces splendides édifices de verre et d’acier étaient à l’intérieur où ils tiraient les ficelles de la finance en s’en mettant plein les poches, dépensant sans compter l’argent des autres, bien sûr, brassant des capitaux virtuels, aujourd’hui évaporés, envolés.

Du haut de la tribune de l’Onu, Mme Cristina Fernández de Kirchner, la très présentable présidente de l’Argentine – voir photo ci-dessus prise le soir de son élection il y a un an – a attribué cette crise à « une économie de casino« . Prodiguant une élémentaire leçon de bon sens économique, elle a rappelé que l’argent ne produisait pas d’argent sans passer par le circuit de la production ou du travail.

Mme Kirchner a souligné le paradoxe de la crise financière actuelle, en la comparant aux recommandations données aux pays latino-américains dans les années 90, au nom du « Consensus de Washington », une sorte de consensus avec soi-même.  Les règles exigeaient alors que le marché devait se réguler tout seul, que l’interventionnisme n’était pas nécessaire, a-t-elle rappelé.  Or, l’intervention étatique la plus formidable « dont nous ayons le souvenir » vient de se produire, précisément là d’où venaient les directives de ne pas agir ainsi. Faites ce que je dis…

Post Scriptum (les Occidentaux aussi tapotent leurs bébés)

NEW YORK – Peu après avoir écrit ma précédente chronique dans laquelle je décris la manière particulièrement vigoureuse avec laquelle on berce les enfants dans le Karnataka, j’étais un midi dans le square de Tudor City, en face de l’Onu, où il est si agréable de manger lorsqu’il fait beau et j’ai vu quelque chose de banal qui m’a toutefois frappé, si j’ose dire : sur un banc en face de moi, un papa, serrant un bébé contre sa poitrine, tapotait le dos de l’enfant. « Mon Dieu mais c’est bien sûr ! », me suis-je dit (en mon for intérieur). Nous autres Occidentaux faisons la même chose, de manière nettement moins vigoureuse, il est vrai.

Aïcha, une lectrice fidèle en mission au Soudan pour l’ONU, m’écrit la chose suivante : « J’ai bien ri en lisant ‘la façon de faire au Karnataka’ ; c’est aussi la façon de faire à Casablanca. Je suis certaine que la vie qui l’attend à NY lui apprendra à ne plus se défouler sur la petite« . En tout cas pas en public, ajouterai-je.

D’une vie à l’autre

ENTRE PARIS ET NEW YORK – La petite ne tient pas en place. C’est son premier voyage en avion et à deux ans il est difficile de comprendre pourquoi il faut s’attacher et rester sagement assise. Sa maman, une jeune Indienne, lui explique et lui réexplique, se fâche (dans une langue que je ne comprends évidemment pas), ce qui ne fait qu’aggraver les choses. Finalement, elle la prendra sur ses genoux, au décollage comme à l’atterrissage.

Nous sommes à bord du vol 191 d’Air India qui rallie quotidiennement Paris à New York. Parti d’Ahmedabad dans la nuit, il a redécollé de Bombay au petit matin en direction de Paris où il a fait une escale d’une heure et demie à la mi-journée (*). C’est dire que mes deux compagnes de voyage qui ont embarqué à Bombay ont déjà pas mal d’heures de vol derrière elles, comme la majorité des passagers. Toutes deux finiront pas dormir, après que la maman eut bercé la petite d’une drôle de façon. Elle la frappe (je ne trouve pas d’autre mot), elle lui assène de vigoureuses tapes du plat des deux mains, sur le dos, et même sur la poitrine après l’avoir retournée. La petite se laisse faire. Ca semble en effet la calmer peu à peu et elle finira par s’endormir. C’est, me dira sa maman (en anglais), la façon de faire au Karnataka, Etat du sud de l’Inde d’où elles sont originaires. Elle rejoint son mari et père de la petite qui vit dans le New Jersey. Elle quitte l’Inde pour la première fois. Dans quelques heures, je leur montrerai Manhattan au travers du hublot en songeant au dépaysement abyssal qui les attend.

(*) Ce vol sera supprimé cet automne bien que l’avion soit apparemment toujours plein, selon ce que j’ai constaté à chaque fois que je l’ai pris. J’ai fait part de mon étonnement à une hôtesse de l’air. Celle-ci m’a dit que la rumeur courait parmi le personnel qu’un ministre du gouvernement indien (celui des transports je suppose) avait des intérêts dans la compagnie privée concurrente (Jet Airways) et que l’on ne serait pas surpris que celle-ci reprenne la liaison Inde-USA via Paris. Il sera intéressant de voir si ces mauvaises langues ont vu juste.

Les langues meurent aussi (III)

img_0661.1221842459.JPGNOMAGLIO – Le piémontais est une langue rugueuse comme les montagnes qui lui ont donné naissance. Il ne ressemble guère à l’italien, à peine plus au français. On pourrait dire qu’il se situe quelque part entre les deux mais ce serait sans doute une comparaison aussi facile qu’inexacte. La première fois que je suis venu à Nomaglio (Noumaï en piémontais), le village de mes grands parents paternels, on se saluait par des « boun di » énergiques. C’était en 1967. Quarante ans plus tard, en dehors des vieux, on salue plutôt par un « buon giorno » standard. Le soir, chez Carla, l’aubergiste renommée pour sa cuisine « casalinga » (familiale) et pour sa roborative polenta grassa dominicale, on joue pourtant encore aux cartes en piémontais voire dans un mélange de « patois » et d’italien.

Mais tous les signes d’un déclin inéluctable sont là. Vous n’entendrez jamais un adulte, même âgé, s’adresser à un enfant en piémontais. Les gens de ma génération, autrement dit les quadras et les quinquagénaires ont cessé de parler patois à leurs enfants, même s’ils le parlent couramment entre eux.

Pour les linguistes, c’est là le critère clé pour prédire la pérennité d’une langue ou d’un dialecte : « Si vous avez une population où les plus jeunes locuteurs ont vingt ans, vous pouvez calculer que d’ici 50 à 80 ans il n’y aura plus de langue. Parce que les jeunes de 15 ans, lorsqu’ils se marieront, ne passeront pas la langue de leurs aînés à leurs enfants. Ce sont des langues qui peuvent avoir des millions de locuteurs mais si vous regardez les enfants aujourd’hui, ce sont les futurs parents. Si donc vous voyez que les enfants et les jeunes de vingt ans ne parlent pas la langue, attendez 50 ans et il n’y aura plus de langue. » *

* Colette Grinevald, linguiste à l’université de Lyon 2, sur France Culture le 10 juin 2008 dans l’émission « Travaux publics »

Langue officielle corse

corsica.1220281450.jpgENTRE BASTIA ET NICE – « Si le corse avait dû être une langue, les anciens s’en seraient chargés et auraient fait ce qu’il fallait pour« . La femme qui me tient ce propos pas très volontariste est pourtant une corsophone pratiquante. Elle se rend à Nice avec son mari qui doit y subir des examens médicaux.

C’est un couple tranquille de septuagénaires rencontrés à bord du Mega Express 4 de la compagnie Corsica Ferries il y a quelques jours en regagnant le continent depuis la Corse. Ils sont de Corte (Corti en langue corse) et ont presque toujours vécu dans l’île. Lui est un chauffeur routier à la retraite. Il a fait son service militaire en Algérie, où il a été blessé, a un frère exilé à Saint-Eloy-les-Mines en Auvergne et confie que lui n’aurait émigré pour rien au monde. Il est venu une fois à Paris, en est reparti bien vite, ne connaît pas l’Italie, contrairement à son épouse qui s’est rendu dans la botte à plusieurs reprises – mais c’était avant de se marier. Entre eux, ils parlent corse mais ce n’est pas le corse que l’on enseigne à l’école. Car, m’expliquent-ils, le corse de Corte n’est pas tout à fait le même que celui de Bastia ou d’Ajaccio (Aiacciu). Et c’est tout juste s’ils comprennent leurs compatriotes de Bonifacio (Bunifaziu), à l’autre bout de l’île.

Ils disent que de nombreux parents ne veulent pas que leur enfant apprennent le corse à l’école car ce n’est pas celui que l’on parle dans la rue. Bref, cette « langue officielle » serait en partie artificielle, tout comme l’occitan enseigné dans le sud de la France s’efforce d’unir laborieusement le béarnais, le provençal et les dialectes auvergnats ainsi que d’autres patois méridionaux eux aussi moribonds.

L’atout du corse, c’est que, comme l’alsacien, il bouge encore. Selon les chiffres officiels, plus de 92% des élèves du primaire apprennent le corse, plus de 40% dans le secondaire. Mais cela ne signifie pas que les enfants le parlent spontanément. « Quand on leur adresse la parole en corse, ils vous répondent en français !« , constate le vieux monsieur, un soupçon de regret dans la voix. Sans doute, serait-ce différent si on leur avait parlé corse dès le berceau.

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Pour en savoir plus sur la question, un bilan très complet de l’université Laval de Québec :

http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/europe/corsefra.htm