La radio, média de l’invisible

PARIS – « Une des raisons pour lesquelles tant de gens, dont je suis, aiment la radio – mais je ne l’ai su que très longtemps après avoir commencé à l’aimer – est liée à l’absence d’images, à l’invisibilité de ceux et celles qui s’y expriment, comme à l’invisibilité des innombrables lieux où elle nous entraîne. Une invisibilité qui nous permet de nous identifier imaginairement à ceux qui parlent et qui, sans que nous ayons à quitter notre chambre, nous fait voyager sur la Terre, sur les mers, dans toutes les couches de la société, dans toutes les sphères de la pensée et de l’activité humaine.

« Mais la radio, c’est aussi notre mémoire collective : des voix qui nous sont familières, des jingles, des chansons que nous connaissons par cœur, des moments de pure insouciance, des ‘tranches horaires’ qui rythment notre quotidien en le ritualisant. Parfois encore, c’est juste une toile de fond que nous n’écoutons pas, une présence amie, rassurante, pendant que nous faisons autre chose« .

Nicolas Philibert, à propos de son documentaire « La maison de la radio« .

Comment en finir avec l’obsession de la virginité dans le monde arabe (et ailleurs) ?

GENEVE –  Elle veut en finir avec la virginité obligatoire. Joumana Haddad, journaliste et écrivaine libanaise, suggère une solution radicale pour abolir l’exigence encore vivace, dans certaines sociétés, que les femmes arrivent vierges au mariage : elle propose de les déflorer bébés.

« Ce serait un bon moyen de se débarrasser de l’obsession de la virginité qui pourrit la vie de tant de femmes et d’hommes dans nos régions », dit-elle dans un entretien au journal suisse Le Temps de ce 9 mars. « Comme on circoncit les garçons, on devrait débarrasser les filles de cette membrane à laquelle est grotesquement suspendu leur honneur« .

Décidément, les Arabes n’ont pas fini de nous surprendre.

« Todos somos Chávez » (nous sommes tous Chávez)

GENEVE – Ça vous a un arrière-goût légèrement stalinien, léger mais bien présent : Grâce au président Chávez, le Venezuela dispose d’un système démocratique qui a converti l’être humain en sujet fondamental de l’action politique réformatrice, pour l’édification d’une société d’égaux, au travers de la participation politique. Si tous les Vénézuéliens savent que leur président est Hugo Chávez, ils sont pleinement conscients du fait que le pouvoir dans leur pays se situe, comme jamais auparavant et de manière irréversible, au sein du peuple qui dispose d’outils concrets pour l’exercer. Cet état de fait explique le slogan que l’on peut entendre ces jours-ci dans les rues de Caracas, à savoir que « nous sommes tous Chávez », parce qu’avec lui, « nous avons tous le pouvoir ».

Ainsi parlait le 27 février, devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève, M. Temir Porras Ponceleón, « vice-ministre du pouvoir populaire pour les affaires étrangères » du Venezuela. C’était une semaine tout juste avant le décès du chef de l’Etat vénézuélien, ce 5 mars. Ce panégyrique avait un avant-goût d’éloge funèbre, M. Ponceleón l’ayant prononcé de manière très retenue et sans ce ton nettement plus exalté qu’il avait adopté deux ans plus tôt dans cette même enceinte onusienne. Il savait manifestement que l’issue fatale était proche.

Ce discours de pure propagande, un rien hors sujet au Conseil des droits de l’homme, annonce aussi la poursuite du culte de la personnalité en l’honneur du futur disparu. C’est ce culte que son parti (socialiste) va manifestement tenter de perpétuer , sans doute dans l’espoir de se perpétuer au pouvoir.

Terroristes, vous avez dit « terroristes » ?

PARIS – Qui aurait imaginé que George W. Bush aurait une telle postérité ? Plus de dix ans après la déclaration de « guerre au terrorisme » (« war on terror« ), à la suite des attentats du 11 septembre 2001, ce concept flou semble avoir encore de beaux jours devant lui. Et le plus étonnant est qu’il soit repris, sans hésitation apparente, par les socialistes au pouvoir en France.

Qu’ont en commun le président François Hollande et l’ancien chef de la Maison blanche ?Pas grand-chose a priori, pratiquement rien, du moins c’est ce qu’on croyait et c’est bien le moins que l’on pouvait espérer. Mais voilà que l’armée française libère le nord du Mali. Elle met en déroute une poignée de jihadistes qui avaient réussi à conquérir Tombouctou  en y instaurant  rigorisme puritain et ordre moral, sous couvert de retour aux sources d’un islam pur et dur. Dans les discours officiels français, l’ennemi est identifié sous un seul vocable : ce sont des « terroristes ». Ne serait-il pas plus simple de dire « les méchants » ?

On n’en est pas loin. J’ai ainsi entendu ces jours-ci Gérard Longuet, ancien ministre de la défense de Nicolas Sarkozy, évoquer « les islamistes » avant de se reprendre aussitôt en demandant pardon pour dire « les terroristes ». Ouf, on a failli appeler un chat un chat !

Il semble qu’en leur accordant une appellation plus juste, on ne craigne de leur donner un semblant de légitimité.  Des terroristes, ce sont des gens qui tuent, qui frappent des innocents sans distinction, ce ne sont pas des combattants de la liberté, ni même des « fous de Dieu », comme on disait jadis à propos du Hezbollah libanais. Ce ne sont pas non plus des militants anti-impérialistes, comme du temps de la confrontation entre communisme et capitalisme.  Et puis, c’est très commode de faire la guerre aux terroristes : ça dispense de s’interroger sur la racine du « mal » (restons manichéens).

Plus grave, cette diabolisation mène à une impasse, puisqu’il ne peut être question de discuter avec des gens qui n’auraient pour tout projet politique que de nuire. Pour le spécialiste de l’islam Olivier Roy, « cette confusion interdit de définir une stratégie claire et de long terme, car elle ne permet pas de distinguer entre des acteurs légitimes, avec qui on peut et doit négocier, même s’ils s’opposent à l’Occident, et des terroristes dont le seul objectif est la confrontation, et qui n’ont aucune base sociale. »

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Olivier Roy : « Vaine stratégie française au Mali » (Le Monde du 4 février 2013)

Sahara : ces frontières qui n’existent que sur les cartes

PARIS – Elles sont géométriques, biscornues et n’existent en fait que sur les cartes géographiques: les frontières sahariennes sont virtuelles. Lorsque l’on regarde les Alpes ou les Pyrénées, on contemple de véritables frontières naturelles. Il n’en est rien au Mali, en Algérie ou en Libye où elles sont tracées au cordeau mais sur du sable. Et comme chacun sait, on ne bâtit pas grand-chose sur du sable : en un coup de vent, tout peut disparaître.

J’ai pu le vérifier moi-même il y a dix ans en passant de la Mauritanie au Mali. Entre la ville mauritanienne d’Ayoun el-Atrous et celle malienne de Nioro-du-Sahel, il n’y a rien que de vagues pistes sablonneuses à peine tracées et où il est aisé de s’égarer. Quelques hameaux isolés peuplent ces confins arides mais leurs habitants ne sont pas d’une grande aide pour s’orienter car ils ne parlent guère français.

Il n’y a pas de douane, et pas même de panneaux indicateurs. Pour ne pas avoir de problèmes avec les autorités des deux pays, et ne pas risquer de se faire accuser d’avoir franchi clandestinement la frontière, il convient néanmoins de faire viser son passeport par la police locale. Il nous a donc d’abord fallu trouver la gendarmerie d’Ayoun el-Atrous, à l’écart de la ville, où de pauvres militaires désœuvrés et manquant de tout, ont visé nos passeports. Puis après avoir erré pendant toute une journée dans les confins sahéliens, nous sommes arrivés à Nioro à la nuit tombée, trop tard pour présenter nos documents de voyage. Nous nous sommes présentés le lendemain aux autorités maliennes qui ont apposé à leur tour leurs cachets.

J’imagine à peu près la même chose à la frontière algéro-malienne, lorsque l’on va par exemple de Tamanrasset à Kidal. « Ce sont des espaces gigantesques« , confirme Emmanuel Grégoire, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), interviewé par Le Monde. « La frontière est poreuse, très difficile à surveiller, poursuit-il. Il existe des points de passage officiels et surveillés situés sur des pistes bien tracées. Mais ces pistes sont doublées de pistes clandestines parallèles, en partie surveillées par l’Algérie. »

Interrogé sur les possibilités de boucler la frontière algéro-malienne pour empêcher les guérilleros jihadistes de circuler, il répond : « A moins d’y mettre de très gros moyens, cela me paraît difficile, tant les espaces sont vastes. Ils peuvent ralentir les flux, pas les bloquer complètement. »

Illustration tirée d’un article intitulé « Un espace sans frontières : le Sahara » de Marceau Gast publié en 1988 dans la Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée (revues.org).

(le lien à cet article est ici)

Bonnes résolutions

Alors que débute la nouvelle année, chacun cherche à prendre des résolutions
sur les changements qu’il souhaite introduire dans l’avenir.
Cela marche rarement, si j’en juge à mon expérience.
Je préfère plutôt dresser le bilan des domaines
où j’ai progressé lors de l’année écoulée
avant de retenir quelques intentions :
de vieilles habitudes
avec lesquelles
j’aimerais
rompre
ou de nouvelles
que j’aimerais développer.
Cela me donne plus de latitude,
plus d’espace pour inspirer ces changements
plutôt que de chercher à en introduire de totalement nouveaux.

Meryl Spiegel

(Patterns)

L’Amérique, Terre promise

NEW YORK – Ultime visite chez le coiffeur en bas de chez moi avant de prendre l’avion. Le lieu est tenu par des russophones et c’est un jeune homme, prénommé Michael, à l’épaisse tignasse noire, qui me coupe les cheveux. Il fait ça bien, avec soin, même s’il s’étonne à chaque fois que je les veuille si courts. La fois précédente, il ne s’était pas montré très loquace. Aujourd’hui, il évoque la tuerie de Newtown. Il m’en redonne les détails et je me demande pourquoi il me raconte tout ça, alors qu’il est clair que je suis parfaitement au courant. Je me demande même s’il ne ne se complaît pas de manière malsaine dans le récit de cette atrocité.

Puis, il emprunte un chemin de traverse en me parlant de son oncle. Celui-ci a été assassiné par un inconnu à Brooklyn il y a cinq ans, alors qu’il distribuait des repas pour les nécessiteux dans un immeuble du quartier déshérité de Brownsville. On l’a retrouvé mort, tué d’une balle en pleine poitrine. Il n’avait que quelques dollars sur lui, paraît-il, mais la police suppose que c’est néanmoins le mobile du crime, son portefeuille ayant été retrouvé vide – j’ai retrouvé un article du New York Daily News du 11 novembre 2008 qui correspond manifestement au récit de mon coiffeur.

Michael est originaire du Tadjikistan et est arrivé en Amérique à l’âge de deux ans. Parlant bien sûr un anglais parfait, il n’est jamais retourné dans son pays natal qu’il voit comme une contrée où les islamistes sont en voie de s’imposer alors que, selon lui, il n’y avait pas de musulmans jadis (!). C’est ce qu’il semble avoir retenu des récits de sa famille, très probablement de confession juive. Mais il ne voit pas non plus son pays d’adoption comme le paradis, même si l’Amérique demeure à ses yeux et malgré tout une sorte de Terre promise.

Quelques heures plus tard à l’aéroport Kennedy, la femme noire qui enregistre mes bagages se plaint de ne pouvoir prendre de congé pendant la période des fêtes. Originaire des îles Vierges, elle m’explique qu’elle ne peut jamais passer Noël en famille. « C’est pourtant le meilleur moment« , dit-elle, en précisant que son employeur ne lui permettra pas de prendre des vacances avant la mi-janvier. « Il n’y en a que pour eux ; vous comprenez ce que je veux dire« , me glisse-t-elle en faisant allusion à cette quête permanente du profit qui fait fi du bonheur du simple salarié.

Tous les Américains ne sont pas dingues des flingues

NEW YORK – Veille de Noël sinistre en Amérique :  il y a une semaine, un jeune déséquilibré de vingt ans massacrait une vingtaine de petits enfants et cinq adultes dans une école rurale du Connecticut, non loin de New York, avant de se suicider. Ces derniers jours, la petite bourgade de Newtown vit donc au rythme des corbillards et des veillées funéraires et les drapeaux sont en berne dans tout le pays.

L’assassin avait débuté son carnage en assassinant sa mère avec les armes que celle-ci affectionnait. Il s’agissait d’une « gun enthusiast« , une dingue des flingues, pourrait-on dire. Tellement fana, qu’elle avait initié son fils à leur maniement.

Il est question d’interdire la vente libre des armes de guerre, comme cela a déjà été le cas entre 1994 et 2004. C’est du moins ce que le président Obama envisage, après cette tuerie qui semble avoir réveillé une Amérique folle des armes à feu.

En fait, n’ont été réveillés que ceux qui l’étaient déjà. Les autres, les « gun enthusiasts » n’ont pas changé d’avis : pour eux, la solution n’est pas dans l’interdiction des armes, dont le libre accès est garanti par la Constitution. Bien au contraire, ils soutiennent que si la directrice de l’école avait été elle-même armée, elle n’aurait non seulement peut-être pas trouvé la mort mais elle aurait pu tenter d’abattre le tueur avant qu’il ne commette l’irréparable.

Le maire de New York, Michael Bloomberg, qui est un farouche opposant au lobby des armes, a dit qu’il n’avait jamais rien entendu d’aussi stupide de toute sa vie. « Ces idiots veulent ajouter des armes aux armes, comme s’il n’y en avait pas déjà suffisamment en circulation« , me disait Sharon McGehee, une écrivaine farouchement anti-républicaine.  Meryl Spiegel, une amie photographe, avoue « ne pas comprendre cette culture » et cet amour des armes chez ses compatriotes, du moins chez une partie d’entre eux.

Ceux-ci profèrent des choses étranges pour un Européen : « Le mal est en nous, il n’est pas dans les armes« , disait ces jours-ci un homme politique proche de la National Rifle Association, le lobby des armes à feu. Car leur grand argument est le suivant : ce ne sont pas les armes qui tuent, ce sont ceux qui les manient.

La NRA, qui sort d’un long silence preuve de son embarras, a donc proposé une semaine après la tuerie de mettre un vigile armé dans chaque école. Certains établissements comme celui où travaille Sonya, ma colocataire qui est comptable dans une école privée du New Jersey, y songeaient déjà depuis le massacre de Newtown.

Malgré Newtown, le combat est encore loin d’être gagné pour Obama et les partisans d’une réglementation draconienne des armes.

Drapeau en berne à New York le 20 décembre 2012 © Giansetto

12/12/12 : quand les Stones font du bénévolat pour les sinistrés de Sandy

NEW YORK – Du rock et des bénévoles pour les sinistrés de l’ouragan Sandy : en ce 12 décembre 2012, un concert bénéfice avait lieu au Madison Square Garden, à New York, retransmis par la télévision. Près d’un mois et demi après le passage de l’ouragan, Paul McCartney, Eric Clapton, Roger Waters, les Rolling Stones, les Who – uniquement des Britanniques ou presque – venaient à la rescousse pour appeler à donner de l’argent (il y avait tout de même quelques New-Yorkais comme Billy Joel, Alicia Kayes ou Bruce Springsteen, le rockeur du New Jersey, venu en voisin).

Ca faisait drôle de voir ces rockeurs aux cheveux grisonnants, quand ce n’est pas carrément blancs, au visage marqué pour ne pas dire ravagé dans le cas des Stones. On n’imaginait pas qu’ils vieilliraient un jour ou, si c’était le cas, qu’ils continueraient à monter sur scène et à jouer du rock and roll.

Mick Jagger continue d’arpenter la scène en gesticulant de manière toujours aussi frénétique; Pete Townshend des Who fait toujours ses grands moulinets en maltraitant sa guitare, même s’il ne la réduit plus en morceaux à la fin de sa prestation.

De brèves séquences étaient projetées sur grand écran entre chaque groupe pour montrer la solidarité des « volunteers« , tous ces bénévoles qui se sont mobilisés pour aider les sinistrés à se relever.

C’est la grande différence, il me semble, avec la France et peut-être avec l’Europe. On n’attend pas tout de l’Etat. On va donner un coup de main sans se dire que c’est uniquement aux autorités et aux pouvoirs publics de secourir. Les « pouvoirs publics » : ceux qui peuvent. Comme si nous, simples citoyens, nous ne pouvions rien ou pas grand-chose. A moins que nous ne nous voyions uniquement comme des contribuables qui, sous prétexte de payer des impôts, délèguent leur solidarité à l’Etat, en toute bonne conscience.

Ainsi, ici, dans mon quartier insulaire de Roosevelt Island, entre Manhattan et Queens, où il y a eu peu de dégâts, à part quelques arbres déracinés et quelques sous-sols inondés, mes voisins ont mobilisé le voisinage, par courriel, par Facebook, pour récolter des vivres, des vêtements, de la vaisselle, tout ce qui peut secourir des gens qui ont tout perdu. La « récolte » a lieu tous les dimanches matin, la distribution le lendemain. Mes voisins portent le fruit de leur collecte dans le quartier dévasté des Rockaways, près de l’aéroport Kennedy, face à l’océan, quartier qui a pris l’ouragan de plein fouet. Ces jours-ci, ce sont aussi des jouets qu’ils récoltent : ils ont dressé un sapin dans le restaurant en bas de chez moi et nous ont appelés à y déposer des cadeaux pour Noël.

« The Giving Tree » à Roosevelt Island (New York), arbre de Noël pour les enfants sinistrés de l’ouragan. A chaque étiquette représentant le téléphérique menant dans l’île correspond un cadeau que les îliens sont invités à acheter et à déposer au pied de l’arbre.

La moitié des New-Yorkais ne parlent pas anglais à la maison

NEW YORK – Près d’un New-Yorkais sur deux (49%) ne parle pas anglais chez lui. C’est l’estimation que vient de publier le Census Bureau, chargé d’effectuer le recensement de la population états-unienne tous les cinq ans.

Ce New-Yorkais « allophone » est avant tout hispanophone : un sur quatre (près de 1,9 million de locuteurs)  parle la langue de Cervantès ou bien un dialecte créole de l’espagnol. Cela ne surprend pas quand on constate que la grande majorité des employés des restaurants par exemple sont des Latino-Américains.

Viennent ensuite les Chinois qui sont plus de 400.000 à parler mandarin ou cantonais à la maison. Ce n’est pas surprenant non plus, la présence des Asiatiques étant elle aussi massive à New York – près de 81.000 d’entre eux parlent coréen par exemple et 22.000 autres japonais.

Viennent ensuite les russophones (186.000 locuteurs), puis les créolophones originaires principalement de Haïti qui sont plus de 100.000, tandis que 80.000 autres parlent le français standard – avec 94.000 locuteurs les italophones restent un peu plus nombreux que les francophones.

Près de 200.000 New-Yorkais dialoguent dans un idiome du nord de l’Inde et du Pakistan (hindi et ourdou en particulier), tandis que 53.000 communiquent en arabe. Quant au yiddish, il est toujours vivace dans la « Grosse pomme », puisqu’ils seraient  encore 85.000 à le pratiquer, soit près de deux fois plus que ceux qui parlent hébreu chez eux (47.000).

On se dit que tous ces gens, ces 50% de New-Yorkais parlent anglais lorsqu’ils mettent le nez dehors. Eh bien, ce n’est pas si sûr car un nombre non négligeable ne maîtrise pas très bien la langue de Shakespeare. Ainsi, 900.000 hispanophones sur 1,9 million reconnaissent qu’ils parlent anglais « moins que très bien » (sic). Ces locuteurs qui broient du « broken English » (petit nègre) sont même majoritaires chez les sinophones (283.000 sur 419.000).

Si l’on prend les Etats-Unis dans leur ensemble, près de 80% des 286 millions d’Américains âgés de plus de 5 ans parlent anglais à la maison ; plus de 12% parlent espagnol ou un créole de l’espagnol, soit 36 millions de personnes. Plus de 45% de ces hispanophones auraient une connaissance limitée de la langue anglaise, voire quasiment nulle dans pour une partie d’entre eux.

Cependant, à partir de l’âge de 18 ans, le pourcentage d’hispanophones tombe à 7,7% pour 86% d’anglophones. Il est bien connu en effet que les enfants de couples d’origine étrangère ou mixte finissent pas se fondre dans le moule pour parler de préférence la langue du pays d’adoption où, bien souvent, ils sont nés.

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Pour en savoir plus (combien sont-ils à parler polonais, allemand ou persan par exemple ?), voir l’excellente infographie de WNYC, station de radio à but non lucratif que je recommande à ceux d’entre vous qui maîtrisent… l’anglais.

Affichettes en 5 langues à l’entrée d’un bureau de vote new-yorkais (Tudor City) pour la présidentielle de 2012.