J -13 : affichage pro-McCain

adirondacks.1224632651.jpgPARC NATIONAL DES ADIRONDACKS – Aux Etats-Unis, on ne craint pas d’afficher ses opinions politiques. On les affiche même noir sur blanc, ou plutôt blanc sur bleu en l’occurrence. A sa fenêtre, dans son jardin, on plante sans complexe un petit panneau pelouse-republicaine.1224632739.jpgen carton qui proclame pour qui on va voter. Je reviens d’une virée dans le parc des Adirondacks, dans le nord de l’Etat de New York où je suis allé voir les couleurs de l’automne – dans la Grosse Pomme, les arbres n’ont pas encore pris leur parure automnale.

Et là, si l’on devait se fier aux petits panneaux sur les pelouses, sur lesquelles flottent aussi bien souvent une bannière étoilée, on prédirait une victoire écrasante de… John McCain. En une journée de vadrouille, j’ai vu quatre affichettes Obama-Biden contre un nombre incalculable de McCain-Palin. Les sondages continuent eux de donner une avance confortable aux premiers. Mais on en viendrait à avoir des doutes quand on se balade upstate New York, comme on dit ici, tout là-haut près du Canada.

J -24 : quand certains vendent la peau de l’ours

obama.1223681231.jpgNEW YORK – « All signs point to Obama landslide« , tout annonce un raz de marée Obama, titrait jeudi 9 octobre le quotidien gratuit Metro dans son édition new-yorkaise. Tout indique surtout que certains vendent la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Et l’ours en question, John McCain – sans oublier sa colistière aux griffes acérées, chargées des basses besognes -promet de devenir très méchant dans les 24 jours qui restent avant le scrutin.

Tchernobyl financier

NEW YORK – Le séisme financier actuel, avec l’éclatement de la « bulle immobilière » suivi du krach boursier, c’est une sorte de Tchernobyl financier. Tout comme la radioactivité, l’effondrement de Wall Street est invisible et inodore. Mais il pourrait être très douloureux avec le temps, pour ne pas dire mortel. Il est intéressant de noter d’ailleurs que krach, mot d’origine allemande, se dit meltdown en Amérique, c’est à dire fusion, au sens de la fusion nucléaire.

La radioactivité ambiante étant donc invisible, New York continue de vivre comme si de rien n’était. Les gens vont au boulot, font leurs emplettes, la publicité les incite à consommer comme avant sinon encore plus, les banques continuent à faire mousser leurs pourcentages, bref tout à l’air d’aller pour le mieux dans le meilleur des capitalismes. Et si on ne regarde pas les journaux, aucun désastre n’est apparent. Il est très réel en revanche pour ceux qui, surendettés, ont vu leur maison saisie, ou ont vu fondre leurs économies en bourse et leur rêve (américain) s’évanouir, sans parler de leur pécule retraite.

Economie de casino

cristina_fernandez_de_kirchner.1222895986.jpgNATIONS UNIES – L’Assemblée générale des Nations unies vient d’achever son débat général annuel. On y a parlé crises : alimentaire, écologique, du développement, du climat et… crise financière bien sûr. Nombre de chefs d’Etat ont montré du doigt Wall Street et le donneur de leçon étatsunien qui, lui, a préféré regarder ailleurs et parler… terrorisme, une valeur sûre au moins celle-là. Mais impossible de noyer le poisson : Wall Street n’est vraiment pas loin, elle vacille sur ses bases et, cette fois, les kamikazes qui ont miné ces splendides édifices de verre et d’acier étaient à l’intérieur où ils tiraient les ficelles de la finance en s’en mettant plein les poches, dépensant sans compter l’argent des autres, bien sûr, brassant des capitaux virtuels, aujourd’hui évaporés, envolés.

Du haut de la tribune de l’Onu, Mme Cristina Fernández de Kirchner, la très présentable présidente de l’Argentine – voir photo ci-dessus prise le soir de son élection il y a un an – a attribué cette crise à « une économie de casino« . Prodiguant une élémentaire leçon de bon sens économique, elle a rappelé que l’argent ne produisait pas d’argent sans passer par le circuit de la production ou du travail.

Mme Kirchner a souligné le paradoxe de la crise financière actuelle, en la comparant aux recommandations données aux pays latino-américains dans les années 90, au nom du « Consensus de Washington », une sorte de consensus avec soi-même.  Les règles exigeaient alors que le marché devait se réguler tout seul, que l’interventionnisme n’était pas nécessaire, a-t-elle rappelé.  Or, l’intervention étatique la plus formidable « dont nous ayons le souvenir » vient de se produire, précisément là d’où venaient les directives de ne pas agir ainsi. Faites ce que je dis…

In memoriam Srebrenica

PARIS – Une prière pour les hommes et les jeunes garçons de Srebrenica après l’arrestation de Radovan Karadzic, l’un des principaux responsables de leur massacre, 13 années et une décade plus tard ; une pensée pour les habitants de Sarajevo tombés sous les balles des tireurs embusqués serbes ; et une dernière pensée pour les victimes anéanties par les obus tirés depuis les collines surplombant la ville.

Je me souviens du choc que l’on éprouvait en sortant de l’aéroport, après un atterrissage chaotique, l’avion ayant été ballotté par le vent tourbillonnant au fond de la cuvette où est bâtie la capitale bosniaque. Je me souviens du choc devant les bâtiments, éventrés, criblés d’éclats, aux fenêtres béantes.

Je me souviens de cet été 1995, de la chaleur de juillet, des nouvelles inquiétantes qui nous parvenaient de Srebrenica : on séparait les hommes, les vieux comme les jeunes, on les séparait des femmes et des enfants. Je revois Ratko Mladic, l’âme damnée de Karadzic, Mladic qui se cache toujours, tapotant la joue d’un enfant apeuré, en prononçant des paroles apaisantes auxquelles personne ne croyait.

Je me souviens que l’on pressentait que quelque chose d’épouvantable était en train de s’accomplir dans l’enclave de Srebrenica, proclamée « zone de sécurité » par l’ONU deux ans plus tôt. Je me souviens de notre impuissance et de notre désespoir sans fond dans la chaleur et l’exubérance de l’été. Cette tache sur notre conscience ne s’effacera pas, tout comme d’autres génocides continuent et continueront de nous hanter.

Muselière pour Voltaire (III)

fracture.1214783421.JPGGENEVE – Le président du Conseil des droits de l’homme, Doru Costea, s’est un instant départi de son flegme, de sa rigueur et de sa neutralité. En conclusion de l’Examen périodique universel (voir chronique précédente), il a appelé à ne pas gâcher, à ne pas détruire cet outil qui permet alternativement à chacun des Etats membres de faire le bilan de sa pratique en matière de droits de l’homme et de prendre des engagements en acceptant ou pas les suggestions des autres Etats membres. « Vous ne voulez certainement pas une enceinte où l’unanimité soit la règle, a-t-il dit. J’ai connu un tel système pendant cinquante ans et je ne crois pas que ce soit là votre souhait. »

Il sait bien que ce n’est malheureusement pas si sûr. Certains Etats ont un mode de fonctionnement, sinon soviétique, du moins où la critique publique n’est pas la bienvenue. Mais personne ne pouvait décemment le contredire. Pour une partie des Etats membres, démocratie et droits de l’homme sont des mots dont l’emploi est certes obligatoire mais dont la mise en oeuvre est à géographie variable. Elle doit en effet d’abord se plier aux traditions et aux réalités locales. A la suite d’une intervention de la délégation canadienne sur l’interdiction des relations sexuelles hors mariage au Pakistan, le représentant de ce pays rétorquera qu’il ne s’agit « pas d’un droit de l’homme universel » et qu’il est hors de question de légaliser une telle liberté des moeurs. Dans nombre de pays, et pas seulement musulmans, il en va de même pour les droits des homosexuels.

La Canadienne Louise Arbour, haut-commissaire aux droits de l’homme de l’Onu – qui vient tout juste d’achever son mandat – soulignait dans Le Monde du 28 juin que « la principale difficulté » dans la reconnaissance de l’universalité des droits de l’homme, « venait aujourd’hui du fait (…) de l’essor des religions, (de) la force des voix religieuses« .

D’autant que certains pays musulmans, pour ne pas dire la majorité d’entre eux, ont le sentiment que l’on cherche à les « ostraciser« , comme l’a dit carrément la délégation pakistanaise. Au point où le représentant de l’Egypte s’est exclamé, à la suite de critiques formulées par une organisation non gouvernementale, que « l’islam ne serait pas crucifié au Conseil » des droits de l’homme. La remarque a fait sensation. Elle illustre bien la tension régnant entre deux mondes qui cohabitent tant bien que mal tout en rejetant les valeurs que chacun des deux craint de se voir imposer par l’autre. Deux siècles plus tard, il y a encore du boulot, cher Voltaire.

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Pour alimenter la réflexion lire le point de vue d’un rabbin publié à ce sujet dans La Tribune de Genève :

www.tdg.ch/pages/home/tribune_de_geneve/l_actu/opinions__1/opinions_detail/(contenu)/239980

Muselière pour Voltaire (II)

onu-palais-des-nations.1214778029.JPGGENEVE – Voltaire a deux minutes chrono pour s’exprimer devant le Conseil des droits de l’homme.  Cette instance de l’Onu scrute la performance en matière de droits de l’homme des pays soumis à une procédure appelée « examen périodique universel« . Des Etats aussi variés que la France, la Suisse, Bahreïn, la Tunisie, le Mali, le Pérou ou la Corée du Sud viennent tout juste de se soumettre à cet examen. La France, par exemple, a fait son mea culpa sur la situation pitoyable de ses prisons et promis d’y remédier. 

Avant d’ouvrir la bouche, avant même la réunion, notre Voltaire a pu subir des pressions amicales de diplomates peu désireux que l’on aborde certains sujets touchant leur pays, comme me l’a confié le représentant d’une organisation non gouvernementale (ONG) internationale accréditée à Genève. Mais Voltaire, nous le savons, n’est pas du genre à se laisse intimider ni acheter.

Imaginons – comme nous l’avons entendu – qu’il mette en cause la charia (la loi islamique) lorsque celle-ci autorise, comme en Iran, le mariage des petites filles dès l’âge de neuf ans ; ou que, concernant les mutilations génitales, il qualifie d’ambiguë une fatwa édictée par l’université d’Al-Azhar du Caire ; ou qu’il s’insurge contre le népotisme qui prévaudrait au sein de la famille régnante d’un émirat nommément cité ; ou qu’il évoque la répression visant l’organisation des Frères musulmans. Il sera alors immédiatement interrompu par le représentant d’un grand pays du Proche-Orient, classé parmi les régimes arabes « modérés » par les médias occidentaux. Il s’entendra dire que s’il est libre de s’exprimer comme il l’entend, certains propos sont néanmoins inacceptables. En général, l’ambassadeur reprochera à notre Voltaire du 21e siècle d’être hors sujet, en soulignant qu’il doit s’exprimer uniquement sur les résultats obtenus par les Etats concernés dans la mise en oeuvre des engagements qu’ils ont pris. Bref, au bout du compte, ce n’est jamais le bon moment d’aborder les sujets qui fâchent.

L’ambassadeur de ce grand pays arabe interrompt en effet systématiquement toute ONG mettant en cause un pays musulman ou semblant critiquer la religion. Il lui arrive même d’exiger que les propos tenus ne figurent pas au compte-rendu officiel des débats. Quelques pays, un peu toujours les mêmes, prennent quand même la défense des orateurs que l’on tente ainsi de museler ou de censurer. Il s’agit généralement de la Slovénie (s’exprimant au nom de l’Union européenne), du Canada, et de temps en temps de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne, voire de la Suisse. Le représentant de la France est intervenu une fois pour appeler au « bon sens » en rappelant le temps très limité dont disposaient les organisations de la société civile pour s’exprimer. Il a été applaudi par une partie de la salle, une réaction spontanée tout à fait exceptionnelle qui a entraîné un rappel à l’ordre du président. Celui-ci, un diplomate roumain dont la tâche d’arbitre est des plus délicates il faut le reconnaître, a dit que l’on n’était « pas dans une réunion électorale« .

(à suivre)

Muselière pour Voltaire (I)

le-chateau-vu-du-jardin.1214785469.JPGFERNEY-VOLTAIRE – C’est une petite ville à la frontière suisse, qui s’appelait simplement Ferney lorsque Voltaire s’y est installé en 1758. Aujourd’hui, on peut y visiter son château, une belle demeure avec vue sur les Alpes lorsqu’il fait beau, et rêver dans ses jardins à l’abandon. On peut rêver de se retirer du monde « civilisé » pour contempler la nature et cultiver son jardin, à l’image du pacifiste Candide imaginé par l’écrivain. Si les pistes de l’aéroport de Genève-Cointrin tout proche vous rappellent à une réalité moins paisible, les avions peuvent quand même vous faire rêver de voyages, de distances raccourcies, bref d’un monde plus uni, plus proche, un petit peu moins barbare (juste un petit peu) que celui qu’a connu « l’inventeur » des droits de l’homme.

Pourtant deux siècles et demi après Voltaire, son combat en faveur de la liberté d’expression reste d’actualité. Imaginons qu’il revienne parmi nous. Il serait sans nul doute un peu écolo, alors il prendrait l’autobus qui part de la mairie de Ferney, à moins qu’il soit assez en forme pour monter sur une bicyclette. Et, en un quart d’heure, il serait au Palais des nations, siège genevois des Nations unies. A la frontière, on ne lui aurait même pas demandé ses papiers, ce qui ne l’aurait pas étonné car, de son temps, les frontières en Europe étaient au moins aussi ouvertes qu’aujourd’hui.

On l’aurait accrédité au titre d’une « organisation non gouvernementale » (je le verrais assez bien avec Amnesty International) pour participer aux débats du Conseil des droits de l’homme dont la huitième session vient de se tenir du 2 au 18 juin. Et, à ce titre, il aurait même pu prendre la parole pour mettre son grain de sel – que l’on sait irritant – sur les pratiques pas très catholiques de certains pays.

Ce joli conte s’arrêterait là car les représentants de certains de ces Etats sauraient comment s’y prendre pour le faire taire, Voltaire. Nous verrons comment dans le prochain épisode.

Boule de cristal et marc de café

GENEVE – Quand j’ai quitté New York le 30 novembre, aussi bien Barack Obama chez les démocrates que John McCain chez les républicains étaient largement devancés dans les sondages. Le 29, j’avais vu le beau Barack au théâtre Appolo de Harlem (voir ma chronique) et j’avais été séduit bien sûr. Mais les sondages lui étant clairement défavorables, il était difficile d’imaginer qu’il puisse rattraper et encore moins dépasser Hillary Clinton. Quant à McCain, il avait beau être le seul à me faire une impression relativement favorable chez les républicains, je n’avais même pas pensé à citer son nom lorsqu’un ami à Paris m’avait demandé à mon retour qui était susceptible de l’emporter à droite. Les sondages, vous dis-je, encore les sondages, toujours les sondages ! Comment faire pour s’en extraire, prendre de la hauteur, ne pas être leurré par leurs beaux pourcentages ? Difficile, n’est-ce pas ?

Bref, ça sera donc finalement Obama contre McCain contrairement aux augures. Qui l’emportera le 4 novembre ? Je ne serais pas surpris que ce soit McCain mais… j’attends le prochain sondage.

Retour vers le futur (« Les USA contre John Lennon »)

affiche-du-film.1209931869.jpgPARIS – Le documentaire « Les USA contre John Lennon« , que j’avais vu à sa sortie en septembre 2006 à New York, vient seulement de sortir en France. J’avais alors commis une petite chronique envoyée par courriel à quelques amis – je n’habitais pas encore 1 via Giansetto. La voici ramenée à l’essentiel.

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NEW YORK (24 septembre 2006) – Je plonge dans une salle obscure pour un retour dans le passé, celui de la fin des années soixante, la fin de mon enfance : les Beatles, la guerre du Vietnam, le scandale du Watergate et la démission de Richard Nixon. Il s’agit d’un documentaire qui vient de sortir et qui est intitulé « The U.S. versus John Lennon », réalisé par David Leaf et John Scheinfeld, spécialistes des biographies d’artistes.

On y redécouvre un Lennon, perpétuellement escorté de Yoko Ono, son âme sœur (certains diront son âme damnée), tous deux fervents militants de la paix et de la non-violence. On réentend les chansons engagées, un peu oubliées, d’un Lennon porte-parole de la contestation, devenu pour cela la bête noire de la Maison Blanche. Nixon essaye vainement de les faire expulser des Etats-Unis. L’ex-Beatles a du répondant et pas mal d’humour, ce qui n’est pas vraiment le cas du camp d’en face. Un des témoins interviewés, un historien, dit à un moment quelque chose comme : « Lennon c’était la vie et Nixon la mort, tout comme M. Bush aujourd’hui ». Des spectateurs ont applaudi à cette comparaison, la seule allusion à la situation actuelle dans le film. 

Aujourd’hui, la Maison Blanche n’est pas contestée par des artistes du calibre de John Lennon, et elle est encore moins assiégée par des centaines de milliers de manifestants. Néanmoins, dans les vitrines des librairies, on ne compte plus les livres consacrés au fiasco irakien. Mais c’est sans doute beaucoup moins inquiétant pour l’actuel président.