Réouverture de l’ONU à New York

NEW YORK – L’Onu a rouvert ce 1er novembre après une éclipse de six jours : les trois jours du week-end de l’Aïd, fête musulmane fériée aux Nations unies, plus trois jours de fermeture pour cause d’ouragan.  Les employés ont fait de leur mieux pour venir travailler, alors que le métro est toujours à l’arrêt, que les autobus sont bondés et que des embouteillages monstres congestionnent les avenues aux heures de pointe.

Du coup, les New-Yorkais réapprennent à marcher. Les ponts qui mènent dans l’île de Manhattan n’avaient pas été empruntés par tant de piétons depuis longtemps, sans doute depuis le 11 septembre 2001.

Pont de Queensboro (31 octobre 2012, 9h15)
Queensboro Bridge, 15h30, vu du « Tram » (téléphérique) de Roosevelt Island.

Les Onusiens font comme tout le monde, ils marchent. Ceux qui viennent en voiture ont été avertis que l’un des parcs souterrains de l’Onu était inutilisable. L’imprimerie a été endommagée, ainsi que le local de réception des livraisons, un certain nombre de véhicules ayant été en partie noyés dans les garages par le débordement de l’East River au bord de laquelle s’élève le building de l’Onu. Les dégâts (*) les plus importants concernent les refroidisseurs du système d’air conditionné installés en sous-sol eux aussi.

Le soleil réapparaît par intermittence. Vu de ma fenêtre, la ville semble intacte. Ne serait-ce l’embouteillage désormais permanent sur le FDR Drive, l’autoroute urbaine qui longe l’East River, tout semblerait presque normal. La lumière n’est pourtant pas encore visible au bout du tunnel pour ceux qui n’ont plus de courant. Ce qui veut dire ni eau chaude, ni chauffage, ni même téléphone, fixe ou mobile. L’eau froide n’est pas considérée comme potable et la plupart des restaurants et des épiceries sont fermées. Dans le meilleur des cas, l’épicier resté ouvert s’éclaire à la bougie.

(*) Pour en savoir plus sur les dégâts subis par le siège de l’ONU, lire le compte-rendu publié par le site des Nations unies.

Après le passage de Sandy à Roosevelt Island (New York)

NEW YORK – Il y avait eu l’attente, toute la journée d’hier, passée à se préparer au pire, en évitant de trop regarder la télévision qui nous prédisait la fin du monde. La nuit promettait donc d’être agitée. Elle fut étonnamment paisible pour ceux des New Yorkais qui, comme nous, ont été chanceux : ni coupure de courant, ni coupure d’eau, seuls les ascenseurs avaient été arrêtés – même si curieusement, des immeubles voisins ont été privés d’électricité. Nous avions rempli nos poubelles d’eau pour parer à tout éventualité, surtout pour pouvoir vidanger les toilettes en cas de besoin.

Les rafales secouaient les fenêtres par intermittence mais sans violence excessive car notre appartement tournait le dos au vent, semble-t-il. Nous avions barré les vitres de ruban adhésif par précaution. Dix étages plus bas, l’East River menaçait en revanche de déborder, les vagues léchant la rive. De mémoire d’îlien, on ne l’avait jamais vue aussi grosse cette East River, fausse rivière mais vrai bras de mer entre Manhattan et Long Island. En face, la flèche d’une grue au sommet d’un gratte-ciel de Mid-Town en construction piquait soudain du nez, nous rappelant la force des éléments déchaînés.

© Giansetto 2012

Ce matin, un grand arbre déraciné gît au pied d’un immeuble et des branchages jonchent la promenade le long de la rivière. Le niveau de l’eau est redescendu.

East River, 29 octobre, 22h.
East River, 30 octobre 13h30

 

 

 

 

Le ciel est chargé mais les averses, encore brutales, se raréfient. Cela n’empêchait quelques intrépides de faire leur jogging quotidien le long de l’autoroute, le FDR Drive, sur l’autre rive, qui n’a été rouvert à la circulation que cet après-midi. Le téléphérique, qui nous relie à Manhattan, a aussi repris du service, ainsi que l’autobus desservant l’île.

Bref, sans la télévision et la radio on pourrait croire qu’il s’est agi d’une tempête ordinaire. Les images de dévastation dans le sud de Manhattan et dans le New Jersey racontent une toute autre histoire que celle vécue dans mon île, pratiquement épargnée par le cataclysme. « Mère Nature est toujours la plus forte, quelles que soient les précautions prises« , disait un élu du New Jersey en constatant l’étendue des dégâts. Du jamais vu, selon tous les témoignages.

Comme l’a souligné le gouverneur du New Jersey, Chris Christie, il va falloir désormais s’organiser pour affronter des intempéries qui surviennent tous les deux ou trois ans et non plus une fois par siècle.

Quand New York rencontre Sandy

NEW YORK – Un ouragan arrive dans ma vie. Et ce n’est pas du sens figuré, pour une fois. Quelques jours avant Halloween, les médias évoquent « Frankenstorm » – jeu de mots sur le monstre bien connu et sur storm, la tempête. Sandy commence enfin sérieusement à souffler – et à pleuvoir alors que la nuit est tombée. On parle de jamais vu, de mémoire de météorologue. L’East River sur lequel donne mon appartement était déjà montée d’au moins un mètre ce matin. Submergées les petites sculptures rigolotes de Tom Otterness illustrant un capitalisme devenu fou et qui égayent la rive de l’île Roosevelt où je demeure, entre Manhattan et Queens.

© Giansetto 2012

On a fait des provisions, de vivres mais aussi de bougies. On conseille de faire des réserves d’eau aussi. Les ascenseurs seront arrêtés cette nuit dans l’immeuble.

L’ONU est fermée au moins jusqu’à après-demain matin. C’est très dommage, il y avait un très important « débat » prévu aujourd’hui au Conseil de sécurité sur « les femmes et la paix et la sécurité » (sic), échange que « la moitié du ciel » attendait, j’imagine, et auquel devaient participer une soixantaine d’orateurs. Reporté sine die, après la fin du monde.

Petit chaperon rouge attendant l’arrivée du grand méchant ouragan

Quand la frustration des Palestiniens s’exprime à l’ONU

Le 5 juin 1967, éclatait la Guerre des six jours qui devait permettre à Israël de conquérir la Cisjordanie, Jérusalem-Est, la bande de Gaza, le Sinaï égyptien et le Golan syrien. Quarante-cinq plus tard, et en dépit de nombre de résolutions du Conseil de sécurité de l’Onu, Israël occupe toujours la Cisjordanie qu’il a entrepris de coloniser. Jérusalem et le Golan ont été annexés.

PARIS – « Le sentiment qui nous opprime, qui nous oppresse, c’est que nos amis palestiniens se trouvent encore dans une situation inacceptable face à laquelle il est légitime de s’indigner ». Ces mots, Stéphane Hessel, auteur du pamphlet « Indignez-vous !« , les a prononcés la semaine dernière à l’Unesco où se tenait une réunion de trois jours sur la question palestinienne.

L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture accueillait en effet un séminaire du Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, instance créée en 1975 par l’Assemblée générale de l’Onu et à laquelle participent une cinquantaine de pays. Israël ignore ledit Comité, ainsi que les Occidentaux à la notable exception de… Chypre et de Malte.

Quelques rares Israéliens étaient néanmoins présents à l’Unesco, des représentants d’organisations pacifistes de gauche telles que La Paix Maintenant. On ne peut pas dire qu’ils aient été récompensés de leur bonne volonté, les échanges ayant été teintés d’une « frustration bien palpable« , comme l’a noté le président du Comité et ambassadeur du Sénégal à l’Onu, Abdou Salam Diallo. Bien qu’elle soit face à de jeunes Israéliens venus expliquer à l’assistance leur combat contre la colonisation et pour la cohabitation israélo-palestinienne, la ministre palestinienne de la condition féminine, Rabiha Diab, n’a pas semblé les voir. « Les seuls jeunes Israéliens que je connaisse, n’a-t-elle pas craint de dire en substance, sont les militaires qui tiennent les barrages et qui nous tirent dessus« .

Une jeune Palestinienne de Ramallah a été durement critiquée pour les liens qu’elle a entrepris de tisser sur Internet avec des Israéliens via un site (YaLa Young Leaders) financé par une organisation israélienne, le Centre Pérès pour la paix. « Rien ne sera possible tant que les droits fondamentaux des Palestiniens ne seront pas devenus réalité« , lui a lancé la ministre. Un autre intervenant a critiqué ces tentatives de « normalisation à sens unique« , alors que la situation dans les territoires occupés est tout sauf normale. Cette coexistence virtuelle n’existe pas dans les faits et revient à « contourner la réalité« , a-t-on encore entendu.

Pour ma part, j’ai néanmoins envie de garder en mémoire, cet échange à l’issue de la réunion, entre deux jeunes, un Palestinien de Gaza et un Israélien faisant connaissance, rencontre tellement improbable, impossible aujourd’hui, sur leur propre terre. « Ah, tu viens de Gaza ? Tu es venu comment, en passant par où ? » Réponse : « Par l’Egypte, bien sûr« . C’est en effet la seule porte de sortie de cette prison à ciel ouvert, porte à peine entrouverte vers Le Caire.

Stéphane Hessel avait encore déclaré lors de son intervention qu’il était particulièrement affligeant pour un homme de sa génération ayant participé à la création de l’Onu de voir les décennies succéder aux décennies sans qu’aucune issue ne soit finalement jamais en vue au Proche-Orient.

Deux France qui se tournent le dos

PARIS – « Ce soir, il n’y a pas deux France qui se font face« , a déclaré François Hollande dans son discours de victoire. Il est à craindre qu’elles ne se tournent le dos, à l’image des affiches des deux candidats finalistes devant l’école du 19e arrondissement de Paris où j’ai voté.

Nicolas et François sont dans un bateau. Nicolas tombe à l'eau...

« Ce soir, il n’y a pas deux France qui se font face. Il n’y a qu’une seule France, une seule nation réunie dans le même destin. Chacune et chacun en France, dans la République, sera traité à égalité de droits et de devoirs « .

(François Hollande à Tulle au soir du deuxième tour de l’élection présidentielle de 2012)

Présidentielle française : images, slogans et clichés du 1er mai 2012 à Paris

PARIS – Un « grand soir » est annoncé pour ce dimanche 6 mai, deuxième tour de l’élection présidentielle française. Après le « Printemps arabe », ce scrutin est-il annonciateur d’un « crépuscule des pharaons ». Il reste quelques jours pour rêver à des lendemains qui chantent avant d’être réveillé par la cacophonique réalité.

Voici quelques clichés pris à Paris, sur les places de l’Opéra et du Trocadéro en ce 1er mai 2012, lors des rassemblements du Front national de Marine Le Pen, et de l’Union pour un mouvement populaire de Nicolas Sarkozy. En bonus, quelques slogans glanés du côté de la Place de la Bastille dans la manifestation de la gauche et des syndicats.

Place de l’Opéra à midi

Marine Le Pen : "Notre rôle, soyez-en sûrs, sera immense, essentiel, historique"
Compte à rebours ?

 

"On est chez nous !", scande la foule

Place du Trocadéro en milieu d’après-midi

Nicolas Sarkozy : "Je veux un nouveau modèle français"
"Nicolas, Nicolas !", scandent les jeunes sarkozystes qui n'ont pas peur de monter au créneau. Dure pourrait être la chute.
"Hollande en Corrèze, Sarkozy à l'Elysée !"

Boulevard Henri IV et Place de la Bastille en fin d’après-midi

Plusieurs manifestants et manifestantes du 1er mai n’ont pas craint de se démarquer, voire d’afficher leur dissidence, en confectionnant des pancartes très personnelles sur lesquelles ils avaient inscrit des slogans de leur cru. Florilège noté sur mon calepin, la batterie de mon appareil photo étant à plat : « Le 6 mai, on rase gratis« . Recto d’une pancarte : « Le vrai courage, le partage. Une vraie qualité, la fraternité » ; au verso : « Vrai travailleur solidaire des chômeurs de tous les pays« . « Vive le vrai loisir !« , sur un panneau brandi par un enfant. « Déclaré chômeur mais je bosse le bonheur intérieur brut« . Et aussi le proverbial : « En mai, fait ce qu’il te plaît« .

Bien sûr, d’inévitables appels à virer le locataire de l’Elysée mais formulés avec humour : « Que je boutasse, que tu boutasses, qu’il boutât, que nous boutassions Sarkozy dehors« . « Ne loupez pas le tri sélectif du 6 mai ! Virez Sarko ! »

Une jeune femme se balade avec un panneau sur lequel elle a écrit : « La haine est un virus, l’union le seul remède« . Elle m’explique que c’est un appel au rejet des discours de division et du bouc-émissaire, un appel aussi à l’union de la gauche, voire à l’union nationale tout court.

Terreur à Gao

Récit de la situation régnant ces derniers jours à Gao, l’une des trois villes du nord du Mali conquises par la rébellion touarègue et la guérilla islamiste. Ce témoignage est celui d’un ami touareg, permanent d’une petite organisation humanitaire française, Les amis d’un coin de l’Inde et du monde (LACIM – www.lacim.fr) à laquelle j’appartiens. Celle-ci fait du microdéveloppement, non seulement en Inde, mais aussi en Afrique, ainsi qu’en Haïti et dans six pays latino-américains. Elle aide une centaine de villages au Mali dont une vingtaine dans la région de Gao (*).

GAO (Mali) – Le matin du 31 mars, alors que je mettais de l’ordre dans ma documentation en prévision d’une mission à Niamey, le gardien Mazou entre précipitamment dans mon bureau pour m’avertir : « Ismaril,  arrête ça et rentre chez toi, la ville est investie par les rebelles ! ». Les échanges de tirs ont débuté alors que j’atteignais ma maison à moto et ils se sont poursuivis toute la journée. Pourtant, dès 13h, nos forces armées avaient reçu l’ordre de cesser le feu et de se replier afin d’épargner la population civile. Après le retrait de l’armée dont certains éléments ont pris immédiatement la direction de Bamako, d’autres ont simplement caché leur uniforme et leurs armes pour se fondre parmi les civils. Les rebelles ont poursuivi leur pilonnage jusqu’au matin en se livrant à des actes de saccage et de pillage des administrations et des bureaux des ONG, ainsi que des domiciles privés.

Les dégâts sont énormes. Toutes les banques de la place ont été entièrement saccagées, des grilles étant même utilisées pour soulever et emporter des coffres. Tous les stocks de sécurité alimentaire (Programme alimentaire mondial, silos de la Croix-Rouge) ont été entièrement vidés de leur contenu. L’hôpital et les dispensaires des quartiers périphériques ont été saccagés. L’adduction d’eau et l’électricité ont été sabotées avec le vol du carburant servant à l’alimentation des groupes électrogènes dont certains ont été emportés. Le fleuve Niger reste la seule source d’eau des habitants de Gao.

Les  bars et tous les hôtels-restaurants ont subi le même sort, ainsi que les deux églises catholique et protestante qui servent accessoirement de lieux de repos aux rebelles. La prison a été ouverte pour permettre aux détenus de s’évader. Leur présence en ville suscite d’ailleurs plus d’inquiétude que les rebelles eux-mêmes. Sophie, ressortissante suisse et grande amoureuse de Gao qui avait ignoré les consignes de son pays et choisi de rester parmi nous, a été également enlevée avec son véhicule.

Quant à moi, malgré les précautions que j’avais prises pour tâcher de rendre le 4×4 de LACIM inutilisable, celui-ci a finalement été réquisitionné cinq jours après la prise de la ville. L’occupation de Gao a eu des conséquences  néfastes dont les deux principales sont des déplacements massifs de populations et une situation de disette. Certains grands commerçants originaires du sud du Mali ont fui, après avoir vu leurs biens pillés, ainsi que la plupart des fonctionnaires. La peur provoquée par le crépitement des armes à feu a provoqué des fausses couches ou des accouchements prématurés. On signale aussi des viols

Partout la prudence est de rigueur et nous observons, impuissants, ces rebelles lourdement armés et aguerris, particulièrement les fondamentalistes musulmans dont l’idéologie est tout à fait contraire à la nôtre. Seuls ces hommes sillonnent aujourd’hui les rues de Gao comme bon leurs semble, leur drapeau flottant sur leurs véhicules, ainsi que sur leur QG. Les habitants préfèrent rester cloîtrés chez eux. En attendant un hypothétique retour à la normale. Les populations risquent de continuer à souffrir de la situation, surtout si on entend leur imposer un changement brutal de comportement social.

Le Permanent de LACIM à Gao, 8 avril 2012

 (*) En France, quelque 200 « groupes LACIM » sont jumelés individuellement à environ 300 villages de pays en développement dont ils financent divers projets. A titre d’exemple, le groupe LACIM Paris-Mouzaïa est jumelé à Daoga, situé au bord du fleuve Niger, à une soixantaine de kilomètres de Gao. Depuis 2005, y ont été construits une école et un magasin de céréales, le groupe Paris-Mouzaïa contribuant aussi à y forer un puits. Il finance maintenant, via le microcrédit, le démarrage d’activités agricoles ou commerciales pour les femmes du village.

Souvenir de Bamako où la démocratie n’est plus qu’un vague souvenir

PARIS – Mali rimait avec démocratie depuis deux décennies. Le pays était considéré comme un modèle en Afrique de l’ouest, un modèle de coexistence ethnique en particulier. Le coup d’Etat du 22 mars par un quarteron de capitaines inexpérimentés a tout flanqué par terre. Et l’histoire s’accélère depuis lors avec la quasi-sécession du Nord touareg.

Mais si le putsch d’une poignée d’amateurs a pu ébranler à ce point l’Etat malien, c’est sans doute qu’il était plus fragile qu’on ne le pensait. A commencer par cette démocratie tant vantée et que, pour ma part, j’avais trouvée quelque peu baroque lors de mon séjour dans le pays il y a dix ans. Dans les premiers jours de janvier 2003, j’étais parmi les journalistes invités à la réception de nouvel an donnée par le président Amadou Toumani Touré, dit « ATT », en son palais de Koulouba, sur les hauteurs verdoyantes de la ville de Bamako, seul endroit respirable d’une capitale polluée et poussiéreuse. Et j’avais été étonné de la déférence caricaturale, de l’obséquiosité extrême dont on faisait preuve à son égard, opposants compris.

Certes, il n’était élu que depuis six mois ; certes il restait auréolé de son action décisive lors du renversement du tyran Moussa Traoré douze ans plus tôt. Et on pouvait légitimement louer le fait que, loin de s’incruster comme il lui aurait alors été aisé de le faire, il avait organisé des élections et remis le pouvoir aux civils. Mais toujours est-il qu’en 2003 cette jeune démocratie parlementaire ne semblait pas avoir d’opposition. Celle-ci se montrait extrêmement timide, pour ne pas dire timorée, dans ses prises de position que l’on n’oserait qualifier de critiques. ATT prétendait inspirer un nouveau modèle de gestion du pouvoir dans le cadre d’une « démocratie consensuelle« .

Sans doute était-ce encore l’état de grâce pour le nouveau chef de l’Etat. Son étoile a d’autant plus pâli depuis lors que cet ancien militaire a semblé passif face à un irrédentisme touareg de plus en plus agressif et conquérant. Mais au-delà du cas du président déchu, les événement actuels révèlent aussi le fait que les énormes morceaux de Sahara découpés par l’ancien colonisateur et rattachés théoriquement à des Etats faibles comme le Mali ou le Niger ne sont sous la souveraineté réelle de personne en dehors de celle de ses habitants de toujours, les nomades touaregs. Ces frontières tracées au cordeau font joli sur des cartes mais elles n’ont aucune réalité concrète sur le terrain. Surtout lorsque les militaires censés les faire respecter, exilés de leur Sud natal, battent en retraite dès que les autochtones se font réellement menaçants.

L’aplomb de la Syrie au Conseil des droits de l’homme

GENEVE – Quoi qu’il arrive chez lui ou chez ses voisins, le régime syrien ne perd pas le Nord. Le 5 mars, devant le Conseil des droits de l’homme, ce pays a condamné les déclarations de son homologue israélien qui avait évoqué les événements à Damas. Il a souligné que la « puissance occupante » violait massivement les droits de l’homme dans les territoires occupés.

Selon lui, la liste des violations israéliennes depuis 1948 est « sans fin ». Les mains israéliennes sont « couvertes de sang » et Israël n’a aucune légitimité à parler des droits de l’homme tant que cette situation perdure. Et en ce qui concerne la situation intérieure syrienne, « seuls les Syriens ont le droit de décider de leur avenir, de leur président et de leur destin ». « Il n’y a nulle place au Conseil des droits de l’homme pour ceux qui commettent des crimes, violent les droits de l’homme et le droit international », a conclu, pour faire bonne mesure, le représentant syrien.

Israël n’a pas manqué de réagir, son représentant jugeant ces attaques « cyniques et pitoyables ». Elles ne suffiront pas, a-t-il dit, à détourner les esprits des traitements cruels infligés à la population syrienne par un président et un régime qui s’accrochent au pouvoir.