Ahmadinejad s’est-il censuré ?

ahmadinejad-geneve.1241819949.jpgGENEVE – « Please check against delivery« , est-il écrit sur la page de garde de la version anglaise du discours du président iranien Mahmoud Ahmadinejad que celui-ci a prononcé devant la conférence sur le racisme ce lundi à Genève, allocution qui a soulevé un tollé – mais déclenché aussi des applaudissements. Cette petite phrase signifie qu’il faut vérifier ce qui est effectivement dit par rapport au texte écrit. « Vérifier au prononcé » ou « seul le prononcé fait foi« , indiquent généralement les discours en français.

Il se trouve que deux versions en anglais du texte de M. Ahmadinejad ont été distribuées. Une première avant qu’il ne monte à la tribune et qui ne contenait pas les violents propos anti-israéliens qu’il a proférés. Ceux-ci figurent dans la seconde version distribuée pendant l’allocution. Et pour compliquer l’affaire, le chef de l’Etat iranien n’a, semble-t-il, pas dit exactement la même chose (en persan) que ce qui figure dans la version écrite anglaise distribuée dans la salle. Dans cette dernière, il évoque en effet le fait que « les souffrances juives et la question ambiguë et douteuse de l’Holocauste » aient servies de « prétexte » aux grande puissance pour créer l’Etat d’Israël aux dépens de la population locale arabe palestinienne. Or, oralement, en persan, il n’a pas ajouté de qualificatifs à la Shoah, se bornant à évoquer « les souffrances juives et l’Holocauste« . C’est d’ailleurs, cette dernière traduction simultanée en français qui a été diffusée sur Radio-France par exemple.

Cet épisode soulève au moins deux questions : pourquoi la délégation iranienne a-t-elle distribué deux versions, la première étant expurgée de son contenu inacceptable pour les Occidentaux ; et pourquoi, à la tribune, Mahmoud Ahmadinejad, sous les huées et les applaudissements ne laisse-t-il pas entendre que le génocide juif serait « ambigu et douteux« , comme il l’a écrit ou fait écrire ?

Je n’ai évidemment pas de réponse. Je sais simplement que les Iraniens savaient que les diplomates européens avaient prévu de quitter la salle en cas de « dérapage » et qu’ils ont commencé par distribuer une version édulcorée du discours. Pour prendre les Européens par surprise ? Pour que la provocation soient encore plus éclatante ? Quant à la disparition des adjectifs « ambigu » et « douteux » au sujet de la Shoah, je m’interroge : les paroles s’envolent mais les écrits restent, même si la règle veut que l’on « vérifie au prononcé« .

Tu ne tueras point

PARIS – On commémore ces jours-ci le quinzième anniversaire du génocide rwandais. Ils étaient très efficaces les « génocidaires » hutus avec leurs machettes, arme de destruction massive improbable mais qui leur a suffi pour anéantir 800.000 personnes en trois mois. Les génocidaires hutus ont égalé les exterminateurs turcs et khmers rouges qui ont usé eux aussi de moyens très artisanaux contre les Arméniens dans le premier cas, contre les « ennemis du peuple » dans le second.

Il y a quinze ans, j’avais entendu un prêtre ayant exercé son sacerdoce au Rwanda dire son effarement devant le fait que l’évangélisation des populations depuis des décennies ne les ait pas empêché de sombrer dans la barbarie. La réflexion m’avait beaucoup frappé. En effet, faut-il le rappeler, l’un des principaux commandements de la Bible est : « Tu ne tueras point« . Cela ne revenait-il pourtant pas à dire que le christianisme avait été un simple vernis et que ces gens étaient restés au fond d’eux-mêmes des sauvages ? J’avais été troublé. Les Rwandais sont pratiquants et la plupart des tueurs allaient à l’église ou au temple. Même des religieux avaient trempé dans le bain de sang. Comment expliquer un tel triomphe du mal ?

Pas par l’africanité des tueurs en tout cas. Il y a soixante ans en Europe, des membres d’un des peuples les plus civilisés du vieux continent ont massacré leurs semblables, simplement parce ce qu’ils étaient juifs ou tsiganes. Les Allemands étaient chrétiens depuis quinze siècles et les nazis avaient tous appris les Dix Commandements lorsqu’ils étaient enfants et innocents.

La Corée du Nord future Suisse de l’Asie ?

GENEVE – Le Conseil des droits de l’homme, actuellement en session à Genève, vient de se pencher sur le cas de la « République populaire démocratique de Corée », appellation officielle de la Corée du Nord. Un rapport sans concession a été présenté au sujet du dernier régime stalinien de la planète. Son auteur, M. Vitit Muntarbhorn, un universitaire thaïlandais, a souligné que «la tragédie du pays venait du fait que ceux qui se trouvaient au sommet cherchaient à survivre aux dépens et au détriment de la majorité de la population». Avec pour résultat que l’on y crève de faim. Le rapporteur se permet de suggérer à Pyongyang de moderniser son système politique pour permettre une plus grande participation de la population. Les projets de développement doivent être axés sur le critère politique du «peuple d’abord» – un comble pour un pays prétendument communiste – en réorientant les budgets, y compris militaires, vers le domaine social. Il déplore que le régime ait mis la priorité sur la bombe atomique plutôt que sur la satisfaction des besoins de base de la population.

La délégation nord-coréenne au Conseil des droits de l’homme lui a répondu d’aller se faire voir. Pas comme ça bien sûr mais presque. Le représentant de Pyongyang a jugé que le rapport véhiculait toutes sortes d’affabulations et de diffamations. Il a souligné que ce n’étaient pas les pressions politiques qui feraient changer le pays d’un iota. Il a assuré enfin que la RPDC disposait de son propre système de protection des droits de l’homme assurant toutes les garanties légales et institutionnelles voulues.

L’autre matin, la Radio suisse romande racontait que le fils cadet de Kim Jong-il, le « cher dirigeant« , comme il est surnommé par son peuple (du moins si l’on en croit la propagande officielle) avait fait ses études à Berne. Sous une fausse identité. Or, ce garçon serait favori de son père pour lui succéder à la tête du pays. Par ailleurs, la Corée du Nord a apparemment envoyé une mission récemment ici pour étudier… le fédéralisme helvétique. Les agents chargés de la tâche ont confié qu’ils avaient trouvé ce système « compliqué ». Tout cela semble quelque peu surréaliste mais on peut rêver qu’un jour la Corée du Nord sera vraiment populaire et démocratique. Avec en plus, peut-être, si Dieu lui prête vie, un chef d’Etat parlant couramment suisse-allemand, ce qui n’est pas si courant.

« Extrémistes modérés »

GENEVE – Entendu ce matin sur les ondes : le correspondant de Radio-France à Kaboul pose la question de savoir ce que représentent les « talibans modérés » au sein de l’insurrection afghane. Ce serait en effet utile d’en avoir une idée pour évaluer ce que pourrait apporter une négociation avec eux, comme vient de le proposer le vice-président des Etats-Unis, Joe Biden (qui estime que les talibans irrécupérables ne sont pas plus de 5%). Le correspondant de Radio-France à Kaboul s’interroge tout de même : comment connaître les effectifs des « extrémistes modérés » avec qui prendre langue.
Extrémistes modérés, quelle expression audacieuse…

« Il n’a pas hésité »…

PARIS-GENEVE – Sur la route entre Paris et Genève, en ce 1er mars, j’écoute le journal de France-Inter, celui de 13h en quittant la capitale puis, plus tard, celui de 19h dans les lacets du Jura enneigé au-dessus du Pays de Gex. Le journaliste raconte l’histoire d’une dispute entre un garçonnet et une fillette à propos d’une console de jeu. Leur maman, qui avait travaillé toute la nuit, dormait. Et le petit garçon, âgé de cinq ans, « n’a pas hésité » à aller chercher un couteau dans la cuisine et à le planter dans la poitrine de sa soeur. Il « n’a pas hésité« , répètera le journaliste à 19h – c’est le même qui présente le journal de la mi-journée et celui du début de soirée en ce dimanche, jour de repos pour ses collègues de la semaine. Je me demande comment il le sait que l’agresseur présumé « n’a pas hésité« . Pourquoi, ressent-il le besoin d’apporter cette précision qu’il ignore forcément ?

Sans doute, pour laisser entendre que, décidément, tout fout le camp, jeux vidéos aidant.

Deux jours plus tard, on apprend que le petit s’est faussement accusé et que c’est la mère la coupable. Peut-être, en fait, le garçonnet n’a-t-il « pas hésité » à s’accuser du geste de sa mère lorsque celle-ci le lui a demandé… Ne serait-ce pas plutôt un drame de la misère morale et matérielle ?

Rêve générale et slogans personnels

de-ny-a-geneve-aut-hiv-08-09-1072.1239041525.jpgPARIS – « La crise nous épuise« , avait écrit une manifestante sur son manteau. Dans la grande manifestation de cet après-midi à Paris contre la politique économique du gouvernement, certains étaient venus avec leur slogan personnel. Ces femmes et hommes sandwiches faisaient la promotion de leur propre révolte. Un jeune homme arborant un autocollant de la CGT lisait des poèmes dans un mégaphone tandis que sa compagne, sur ses talons, agitait un drapeau noir sur lequel était simplement écrit un grand « non » en blanc. Une femme, sous son anorak gris entr’ouvert, exhibait un maillot noir sur lequel était inscrit en blanc : « Liberté Egalité Fraternité« , le mot Fraternité étant à moitié caché par les mots « MON CUL » en rouge dégoulinant.

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Un leitmotiv réunissait toutefois presque tout le monde. De très nombreux manifestants arboraient en effet un rectangle blanc autocollant avec un liseré rouge sur lequel était inscrit en noir et en majuscules : « REVE GENERALE« . Un rêve de grève au féminin, prémonitoire ou annonciateur de lendemains qui déchantent ?

Obama président

affiche_obama.1232527830.jpgPARIS – Cérémonie d’investiture en direct de Barack Obama. Le pasteur, qui le présente comme le premier président « African American », souligne : « Souvenons-nous que nous sommes américains, unis non pas par la race ou la religion mais par la Liberté et la Justice pour tous ». Puis, Aretha Franklin chante « My Country ‘Tis of Thee’ » et je pense, avec des larmes aux yeux, aux esclaves venus par bateau, enchaînés à fond de cale, et dont une descendante chante aujourd’hui les louanges de l’Amérique, patrie et nouveau monde des immigrants qu’ils soient venus de gré ou de force. Un autre afro-américain, mais qui n’a pas d’ancêtre esclave contrairement à la majorité de ses compatriotes noirs, rappelle ensuite dans son allocution d’investiture qu’un « homme dont le père, il y a moins de soixante ans, n’aurait sans doute pu se faire servir au restaurant du coin se tient aujourd’hui devant vous pour prêter le serment le plus sacré ».

Une image insolite et réjouissante – même s’il est mal de se réjouir des malheurs d’autrui : quel symbole tout de même que ce vice-président Dick Cheney, censé avoir été le plus puissant numéro deux de l’histoire américaine, vilipendé pour ce que l’administration Bush a inspiré et commis de pire ces huit dernières années, quittant le pouvoir en chaise roulante, à cause, paraît-il, d’un vulgaire lumbago !

Enfin, une dernière image pour la route : alors que l’hélicoptère emporte celui que l’on peut désormais appeler l’ex-président Bush (ouf, il est enfin parti !), CNN rappelle qu’il y a deux ou trois ans, Obama était un quasi-inconnu et qu’il eut été hasardeux de prévoir un tel destin. Au fait, à part peut-être Obama lui-même, il y en a qui ont eu l’intuition « il y a deux ou trois ans » que le sénateur de l’Illinois serait le successeur de George W. Bush ?

Nouveau Mur des lamentations (II)

manif-ny-28-dec-juifs-antisionistes.1232205642.jpgPARIS – A l’heure où un déluge de feu et de mort finit de s’abattre sur la bande de Gaza, alors que l’on affirme que les Israéliens, voire les juifs de la diaspora, soutiendraient dans leur écrasante majorité, écrasante c’est le cas de le dire, ce pilonnage sans commune mesure avec la menace représentée par les misérables roquettes du Hamas, je repense à ces trois juifs orthodoxes antisionistes rencontrés à New York. Oui, je sais, ces trois mots – juif, orthodoxe, et antisioniste – constituent un improbable ménage à trois. D’ailleurs, ces extraterrestres détonnaient quelque peu lors du vernissage de l’exposition intitulée “Les Palestiniens, 60 ans de lutte et d’espoir“ à l’ONU, sujet du volet I de cette chronique publié le 1er décembre dernier.

Barbus et tout de noir vêtus, il y avait là deux jeunes et un homme plus âgé, venus exprimer leur soutien à la cause palestinienne. Je dois avouer que je les ai d’abord regardés sous toutes les coutures, me demandant carrément s’il s’agissait d’authentiques juifs orthodoxes. Tous trois étaient très ouverts à la discussion et le plus âgé se présentera comme rabbin en me tendant sa carte de visite. Laissez-moi vous décrire celle-ci : sous son nom (Yisroel Dovid Weiss) est inscrit Neturei Karta International, nom de leur organisation, suivi de la mention suivante en anglais et en arabe : « Juifs unis contre le sionisme« . La carte est décorée des tables de la Loi et d’un drapeau israélien barré d’un panneau d’interdiction. En bas de la carte de visite, il est demandé de « prier pour le démantèlement rapide et pacifique de l’Etat d’  »Israël » « , le nom de l’Etat juif étant lui-même entre guillemets. Des coordonnées postales et téléphonique – à Monsey dans l’Etat de New York – sont aussi indiquées, ainsi que celle d’un site internet (www.nkusa.org).

Le rabbin m’explique que les sionistes sont des usurpateurs en me rappelant que les pères de ce mouvement nationaliste juif au 19e siècle étaient athées : « Ils haïssaient la religion mais ils ont utilisé celle-ci pour légitimer leur revendication« . Or, selon lui, « la loi divine interdit formellement que l’on puisse s’emparer d’un territoire, même inhabité« . Bref, l’Etat hébreu est une hérésie. Car, selon lui, le peuple juif, puni par Dieu aux temps bibliques et dispersé aux quatre coins du monde, ne pourra revenir en Terre sainte que lorsque Dieu le lui permettra. Il précise au passage que l’heure de la rédemption ne concernera  pas seulement le peuple juif mais l’humanité toute entière. En attendant, le destin des juifs est dans l’exil et toute tentative prématurée d’y mettre un terme ne peut qu’entraîner une effusion de sang. C’est ce qu’enseignent les Sages du Talmud, selon ce rabbin qui croit que « le projet sioniste est métaphysiquement condamné à l’échec sur les plans moral et physique« . Il condamne « l’aveuglement moral du mouvement sioniste et son refus obstiné de prend en compte l’existence des autres peuples en dehors de lui-même« .

Quant à la question de savoir ce qu’il conviendrait de faire aujourd’hui, la réponse du rabbin Weiss est d’une simplicité… biblique : permettre aux Palestiniens de revenir sur leur terre. Et les Israéliens ? « La question de savoir si ou comment de nombreux juifs pourraient rester sur place, une fois ce processus accompli, est une décision relevant entièrement des dirigeants et du peuple palestiniens« . Quant à savoir si un tel programme a la moindre chance d’être mis en oeuvre, il répond que c’est « le Créateur qui régente le monde et que c’est Lui qui rend toute chose possible« .

Št’astný nový rok (bonne année)

arche-de-lue.1231315675.jpgPARIS – La Tchéquie vient de prendre la présidence de l’Union européenne. C’est une première quelque peu paradoxale, alors que son président, Vaclav Klaus, se vante d’être un eurosceptique à la Margaret Thatcher. Mais ne soyons pas trop surpris, on peut s’attendre à tout sur le plan politique de la part des pays issus du communisme. L’essentiel n’est pas là : un ancien satellite de l’Union soviétique préside l’UE vingt ans après s’être libéré de sa pesante tutelle.

Cela me rappelle deux anecdotes qui permettent de mesurer le chemin parcouru. La première, en 1971, dans un cinéma de Sokolov, petite ville de l’ouest de la Bohême. Avant le film, que j’ai oublié, les actualités montraient un sommet européen à Bruxelles : les images défilaient en accéléré, le ballet des voitures officielles devenait fou, tournant en ridicule des hommes d’Etat et ministres ouest-européens mis en scène comme des marionnettes.

La seconde anecdote, à la même époque, c’est mon professeur d’histoire-géographie au lycée Colbert, à Paris, un certain Michel Michaud qui, accessoirement, a contribué à nourrir mon envie de voyager. Il disait que tôt ou tard le projet européen devrait inclure l’Est du continent. Alors que le rideau de fer coupait le continent en deux, cela relevait du rêve pur et simple, pour ne pas dire du délire. Et c’est la réflexion que je m’étais faite : M. Michaud, vous êtes un doux rêveur ! C’est pourtant lui qui avait raison : on y est arrivé, contrairement à toute les probabilités et malgré la propagande des actualités cinématographiques tchécoslovaques de l’époque dont le pouvoir de conviction sur la population était, il est vrai, des plus limités. Sauf peut-être sur le futur président Vaclav Klaus.

(chronique illustrée par un dessin de Veronika Melicharová, 10 ans)
o-o-o
Présidence tchèque de l’UE : www.eu2009.cz/fr

Je me souviens

amir-khadir.1229010976.jpgMONTREAL – Je me souviens. Je me souviens du 20 mai 1980, de la victoire du non au référendum québécois sur la « souveraineté-association » (une grande rasade de souveraineté accompagnée d’un nuage d’association avec le reste du Canada). Je me souviens de René Lévesque, premier ministre de la province, lançant à la foule déçue : « A la prochaine fois !« . Je me souviens du second référendum, le 30 octobre 1995, perdu de justesse, bien que le oui ait été majoritaire cette fois chez les francophones. Dix-huit ans plus tard, on ne voit pas de nouvelle prochaine fois poindre à l’horizon indépassable de l’Etat nation.

Les Québécois votaient ce lundi 8 décembre, et la ferveur nationale appartenait bien au passé. Tous mes amis de Montréal ne votent plus pour le Parti québécois (PQ) de feu René Lévesque, dirigé aujourd’hui par une femme, Pauline Marois, sympathique mais beaucoup moins charismatique que son illustre prédécesseur. Mes amis votent désormais pour les candidats de Québec solidaire, petite formation « souverainiste » de gauche qui a fait élire son premier député, le Dr Amir Khadir, dans la circonscription montréalaise de Mercier, quartier francophone du centre est de Montréal. Il a été élu avec 38% des voix (les élections ne sont qu’à un seul tour), devançant un péquiste par une majorité de 872 voix, soit un peu moins de quatre pour cent.

Par un frisquet -18 (-28 degrés avec le « facteur vent »), mais sous un beau ciel bleu immaculé, j’ai accompagné mon ami Jano à son bureau de vote dans une école. Il fait partie de ces « péquistes désenchantés », comme se définit lui-même un autre ami, Mario, ancien militant du PQ qui a voté aussi Québec solidaire. Sur le bulletin de vote, il fallait cocher le nom d’un des six candidats se présentant dans Mercier. Parmi ceux-ci, je découvre celui de Jean-Marc Labrèche, candidat d’une toute nouvelle formation, le Parti indépendantiste, celui des désenchantés eux aussi manifestement. Son score sera bien maigre: 83 voix, soit 0,36% des suffrages.

Je me souviens que l’indépendance faisait beaucoup plus recette jadis. Avec la souveraineté, le PQ est un peu dans la situation du Parti socialiste français avec le socialisme. C’est sa raison d’être mais il sait pertinemment que les Québécois ne lui donneront pas le mandat de la réaliser, tout comme le PS sait que les Français ne lui donneront pas celui de « rompre avec le capitalisme ». Mais chacun s’accroche à son dogme. Encore qu’il semble que les péquistes croient encore à la possibilité de réaliser un jour l’indépendance tandis que du côté des socialistes français, je doute qu’ils rêvent vraiment d’une rupture avec le capitalisme.

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