Massacres, pogromes et lynchages : lorsque le voisin devient l’ennemi à abattre

PARIS – Je retiens de l’actualité des 30 jours écoulés, des pogromes sanglants en Kirghizie et un fait divers qui « en dit long sur l’époque« , pour reprendre un commentaire du journal français Libération, je veux parler de cet automobiliste battu à mort près de Paris à la suite d’un accrochage routier sans gravité. Personne n’avait vu venir le premier événement, le Kirghizstan étant terra incognita de la plupart des journalistes ; à leur décharge, il faut bien dire que les rares spécialistes de l’Asie centrale avouent ne pas l’avoir anticipé non plus.

Pourquoi revenir sur ces deux événements, un d’importance, l’autre simple fait divers ? Parce que lorsque l’on voit soudainement, des Kirghizes s’en prendre à leurs voisins ouzbeks, cela rappelle d’abord d’autres massacres moins récents, les Hutus étripant leurs voisins tutsis, les Serbes massacrant leurs compatriotes bosniaques, pour ainsi dire sans préavis mais toujours dans un contexte politique extrêmement tendu. Tous vous diront avoir longtemps vécu en bonne intelligence. Et l’on s’interroge ? Une telle chose pourrait-elle survenir dans un pays comme la France ? Des Français de souche pourraient-ils, sans crier gare, s’attaquer à leurs voisins maghrébins ou d’Afrique noire – et inversement ? En quoi sommes-nous plus prémunis que les ex-Soviétiques, les Rwandais ou les ex-Yougoslaves ? On aimerait croire que oui, que prémunis nous le sommes, protégés par les institutions d’un pays démocratique, mais on n’en est pas absolument certain, il faut bien l’avouer.

Le second événement est un simple « fait divers dont tout le monde parle encore » dans lequel un automobiliste « est mort pour rien. Tué par un système absurde de passages à l’acte, de pulsions, de fiertés mal placées, de règles mafieuses. Tué par la connerie« , analyse Le Monde Magazine. Si l’événement est si frappant, c’est que chacun d’entre nous se perçoit comme une victime potentielle de ce genre de dérapage aussi sanglant qu’imprévisible. Et pourtant, hier sur France-Inter, un sociologue soulignait que de tels crimes apparemment gratuits étaient rarissimes. Les statistiques montrent, ajoutait-il, que les meurtres ont diminué de moitié depuis une trentaine d’années en France (environ 800 par an actuellement) et que dans la grande majorité des cas la victime connaît son assassin.

Malheureusement, les statistiques n’ont jamais suffi à rassurer personne – autrement, beaucoup de voyageurs auraient moins peur de prendre l’avion… Comme l’écrit Libération, et n’en déplaise aux sociologues nourris de statistiques, on a en effet bien le sentiment que « c’est une affaire qui en dit long sur l’époque, la violence sans retenue et la dérive de certains jeunes des cités sensibles« .

Le gros corbeau, la petite mésange et les jolis petits canards

PARIS – La scène n’a duré que quelques secondes, un instant plus tard, je l’aurais manquée. En ce début de soirée, je (me) promenais (avec) mon chien au parc des Buttes-Chaumont, lorsque je vois une petite mésange au pied d’un arbre à laquelle une autre plus grande donne la becquée. Celle-ci s’envole et tombe alors du ciel une grosse corneille qui saisit la toute petite mésange dans son gros bec et s’envole un peu plus loin avec sa proie. Elle lâche le petit oiseau vert dans l’herbe, pose une patte dessus et entreprend manifestement de lui régler son compte à coups de bec. Comme je m’approche, le gros oiseau noir reprend l’air avec la petite mésange dans le bec que j’entends piailler. Ils disparaissent.

Quelques jours auparavant, le couple de canards qui a élu domicile dans le jardin japonais de l’Unesco, à Paris, s’était retrouvé parents d’une famille nombreuse, des canetons très mignons, très vifs, tellement vifs qu’on aurait dit qu’ils étaient mécaniques. Il était amusant de les regarder suivre partout leur mère en caquetant. Un ou deux jours plus tard, ils avaient disparu. Selon mes collègues, il était arrivé la même chose l’an dernier. Qui sont les coupables ? Seuls leurs parents demeurés en tête à tête dans le bassin, doivent le savoir. Il se passe manifestement des choses terribles dans les parcs et autres jardins « zen » de la capitale, des jungles qui ne disent pas leur nom.

New York-Paris : brève étude comparée du subway et du métro

NEW YORK-PARIS – La taille des métros est-elle proportionnelle à celle de la ville où ils circulent ? On serait tenté de le penser lorsque l’on revient à Paris après avoir travaillé et donc aussi voyagé sous terre à New York. Les Français ont beau être généralement plus minces que les Américains, on n’en est pas moins à l’étroit dans le métro parisien, surtout lorsque l’on cherche à s’asseoir sur les strapontins ou les banquettes. On doit alors se faufiler dans ces alcôves étroites, mini-salons où l’on ne cause guère et où peuvent se nicher quatre personnes seulement.

Le subway new-yorkais est plus démocratique. Deux banquettes parallèles se font face adossées aux vitres tout au long des wagons. Les trains sont au moins trois fois plus longs, les wagons plus larges. S’il y a plus d’espace pour s’entasser aux heures de pointe, on n’en est pas moins serré comme des sardines à New York comme à Paris.

Pour des raisons qui mériteraient d’être étudiées, on dort souvent dans le métro new-yorkais, alors qu’à Paris, on lit son journal, on pianote sur son téléphone ou on écoute son baladeur. Pourquoi ? C’est difficile à dire. Les New-Yorkais sont apparemment plus fatigués, harassés, crevés par le travail, le manque de repos et de vacances.

Incursion en banlieue : ni sauvageons, ni burqa en vue

bklyn_a_velo.1272911730.jpgPARIS-SEVRAN – Il suffit d’aller au fil de l’eau, de suivre le courant et la piste cyclable jadis chemin de halage nous conduit de Paris à la banlieue, espace a priori hostile que l’on traverse pourtant sans coup férir. En ce dimanche printanier, tout respire la détente, le repos, en un mot la paix. Depuis la porte de la Villette, le canal de l’Ourcq traverse le département de la Seine-Saint-Denis, qui porte le numéro 93, et que désormais on appelle couramment « le neuf-trois », pour imiter la parlure inimitable des jeunes autochtones.

Un ancien ministre de gauche les avait gentiment qualifiés de « sauvageons » ces jeunes « issus de l’immigration », comme on dit aujourd’hui. Certains d’entre eux ont fait des nuits du 9-3 un champ de manoeuvre où l’on incendie allègrement des automobiles, où l’on caillasse des autobus et les camions de pompiers comme les voitures de police.

Pourtant, en ce dimanche de printemps, point de sauvageons en vadrouille mais seulement des familles qui se promènent gentiment entre le parc de la Villette et celui de la poudrerie à Sevran séparés par une quinzaine de kilomètres. Pas de fantôme féminin sous une burqa non plus, tenue exotique que le gouvernement français a finalement décidé d’interdire, a-t-on appris aujourd’hui.

Par contre, j’ai croisé, à pied comme à bicyclette, nombre de femmes aux décolletés aussi avantageux que plongeants au bord de ce canal et je me demande si, pour faire bonne mesure, il ne faudrait pas interdire aussi les tenues féminines un peu trop débraillées. Pour atteinte aux bonnes moeurs bien sûr ! « Cachez ce sein que je ne saurais voir… »

« Le premier jour du reste de ta vie… »

PARIS – « Hoje é o primeiro dia do resto da tua vida… », aujourd’hui est le premier jour du reste de ta vie. C’est une chanson de Sérgio Godinho, chanteur portugais. C’est vrai pour nous tous, on l’oublie trop souvent. Si on y pense le matin, la vie est plus belle, non ?

Aninhas

 

J’ai relevé ce commentaire d’une lectrice du site de feu MDA. Reste maintenant à découvrir cette chanson de Sérgio Godinho.

 

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« Que j’occupe peu de place dans cet abîme immense du temps ! »

PARIS – « Qu’est-ce donc que ma substance, ô grand Dieu ? J’entre dans la vie pour en sortir bientôt ; je viens me montrer comme les autres ; après, il faudra disparaître. Tout nous appelle à la mort : la nature, presque envieuse du bien qu’elle nous a fait, nous déclare souvent et nous fait signifier qu’elle ne peut pas nous laisser longtemps ce peu de matière qu’elle nous prête, qui ne doit pas demeurer dans les mêmes mains, et qui doit être éternellement dans le commerce : elle en a besoin pour d’autres formes, elle la redemande pour d’autres ouvrages.

« Cette recrue continuelle du genre humain, je veux dire les enfants qui naissent, à mesure qu’ils croissent et qu’ils s’avancent, semblent nous pousser de l’épaule, et nous dire : retirez-vous, c’est maintenant notre tour. Ainsi, comme nous en voyons passer d’autres devant nous, d’autres nous verront passer, qui doivent à leurs successeurs le même spectacle.

« O Dieu ! Encore une fois, qu’est-ce que de nous ? Si je jette la vue devant moi, quel espace infini où je ne suis pas ! Si je la retourne en arrière, quelle suite effroyable où je ne suis plus ! Et que j’occupe peu de place dans cet abîme immense du temps ! Je ne suis rien: un si petit intervalle n’est pas capable de me distinguer du néant; on ne m’a envoyé que pour faire nombre; encore n’avait-on que faire de moi, et la pièce n’en aurait pas été moins jouée, quand je serais demeuré derrière le théâtre.« 

Bossuet

Histoires de crabe (hommage à MDA)

k-histoires-de-crabe.1272912111.jpgPARIS – Elle avait fait de sa fin de vie son ultime sujet de reportage: Marie-Dominique Arrighi, journaliste à Libération, a succombé au cancer. Sur son blog, K, histoires de crabe, elle a raconté son combat contre la maladie, sans jamais se lamenter et en conservant toujours une pointe d’humour provisoirement salvatrice. Au passage, elle a décrit un univers hospitalier parfois kafkaïen mais généralement bien plus humain et accueillant qu’on ne le dit souvent.

MDA était journaliste jusqu’au bout des doigts, ses doigts qu’elle parvenait encore à faire courir sur son clavier un mois avant de devoir renoncer à continuer de nous conter son expérience de cancéreuse. Des milliers de lecteurs l’ont accompagnée virtuellement, beaucoup l’ont encouragée par leurs commentaires et témoignages ; et pas mal d’entre eux, qui ne l’avaient pourtant jamais rencontrée, ont eu les larmes aux yeux quand la nouvelle est finalement apparue sur le blog ou lorsqu’ils l’ont découverte, comme moi, à la une de Libération du 20 mars.

Comme une bougie soufflée par le vent, une petite lumière de vie s’est éteinte au sein d’une multitude d’autres qui vacillent pour quelques temps encore.

De New York à Paris : de la laideur à la beauté ?

Paris, le 6 mars 2010

paris-notre-dame-003.1267983411.jpgChère amie de New York,

Après trois années à faire des va-et-vient entre les deux rives de l’Atlantique, je retrouve la « vieille Europe ». Vieille sans doute, mais si bien conservée ! Je m’émerveille tous les matins en franchissant la Seine, à pieds, en repassant devant Notre-Dame, le soir, illuminée par le soleil couchant. Quand il fait beau, j’y entre le matin pour y contempler ses vitraux illuminés par le soleil levant. Pour voir la beauté de cette ville, il fallait que je la quitte afin de mieux la retrouver.

En janvier et février, j’ai regretté toutefois les grands cieux new-yorkais, d’un bleu pur, sans nuages. Mars est enfin là et Paris sort doucement de la grisaille qui la recouvre trop souvent de son humidité froide et pénétrante. Est-ce ce gris qui rend nombre de Parisiens moroses et revêches ? Sont-ce les grands ciels bleus qui rendent les New-Yorkais aimables, serviables, polis, en un mot gentils ?

Ne noircissons pas le tableau car, en rentrant, je m’attendais au pire. Et les Parisiens me surprennent agréablement en faisant souvent preuve d’une courtoisie dont je les croyais incapables. Auraient-ils changé ? Ou est-ce mon regard qui a changé ? Est-ce moi qui embellit la réalité ?

Car, si par beaucoup d’aspects, New York est fort laide, elle a aussi de fulgurants élans de beauté. Ses gratte-ciel sont semblables à ces magnifiques cristaux surgis d’une matière brute et informe. Paris, à l’inverse, est plus harmonieuse : sa beauté est partout, ses laideurs ponctuelles. Ses lignes architecturales sont horizontales, contrairement à New York où les perspectives sont verticales. Paris est faite pour l’homme, New York pour le géant que je ne suis pas.

BG

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New York, le 7 mars 2010 

de-ny-a-ny-mai-nov-2009-1269.1267983930.jpgCher ami de Paris,

Ne peut-on dire que New York est baroque ? Sa force vient de ses imperfections, les cicatrices de ses façades, ses excroissances qui sont comme autant de souvenirs de bouillonnements et d’éruptions passées. Paris est belle, régulière et un peu formelle, surtout dans les quartiers où j’ai travaillé pendant plus de 10 ans, près de la place Vendôme et de la Concorde. On peut quelques fois s’y sentir peu de choses, un peu insignifiant, c’est pourquoi j’y aime les habitants qui la rendent humaine. A New York, on se sent prêt à saisir la vie à pleines mains, à trébucher, à se tromper et même à conquérir le monde !

TN

Indépendance du Québec : « Tranquillement pas vite »

PARIS – Il y a une expression québécoise qui j’aime bien et qui me va bien : « Tranquillement pas vite » quand on veut parler de quelque chose qui se fait petit à petit. L’équivalent de « lentement mais sûrement« . Ca pourrait aussi s’appliquer à la souveraineté du Québec, sauf que celle-ci aurait plutôt tendance à faire du surplace. L’ancien premier ministre québécois Lucien Bouchard vient de faire scandale dans le landerneau de la Belle-Province en disant tout haut ce que (presque) tout le monde sait mais que certains ne veulent pas voir, au Parti québécois notamment, formation qu’il a dirigée jadis.

Lucien Bouchard a déclaré la semaine dernière à Radio Canada : « Dans l’immédiat au Québec, on a autre chose à faire qu’attendre quelque chose qui ne vient pas vite ». Je sais, ça n’a l’air de rien vu de Paris mais ça a soulevé une véritable tempête dans le verre d’eau québécois. C’est tout juste s’il n’est pas accusé de haute trahison par les indépendantistes.

Lucien Bouchard estime que plutôt que poursuivre un rêve qui demeure chimérique pour le moment, le Parti québécois doit s’attaquer en priorité aux dossiers chauds s’il ne veut pas demeurer indéfiniment dans l’opposition : santé, éducation, finances publiques. Et être un peu plus ouverts aux immigrants… Le PQ a proposé un projet de loi sur l’identité québécoise l’automne dernier.