SDF

PARIS – Je n’ai pas pensé à lui demander son nom. Il m’a dit merci, on s’est serré la main et je suis reparti dans la nuit, le coeur serré. C’était au bord du canal de l’Ourcq, près du cinéma MK2, un Africain, plutôt jeune, qui m’a demandé si je pouvais l’aider. Il était correctement habillé, parlait doucement, on le sentait au fond du désespoir. Il m’a dit qu’il était malien et qu’il était en France depuis 1996. Il a travaillé pendant plusieurs années dans une entreprise avec des faux papiers. Il dit avoir été licencié lorsque sa situation a été dévoilée. Il a cotisé pendant toutes ces années mais n’a droit à rien, pas à l’assurance chômage en particulier, puisque ses papiers n’étaient pas valides. Il n’a pas vu sa famille depuis douze ans et n’a plus de logement. Quand il récolte assez d’argent, il va à l’hôtel : on lui fait un prix, m’a-t-il dit, 24 euros au lieu de 34. Quand il n’a pas d’argent, il appelle au secours le 115*.

Je suis étonné de son isolement. La plupart des Maliens vivent en communauté, dans des foyers surpeuplés bien souvent mais où la solidarité les soude et leur permet de tenir. Pourquoi est-il seul ? Il vient de la région de Kayes, dans l’ouest du pays, comme la grande majorité des émigrés maliens. A l’instar des Asiatiques, ceux-ci mendient rarement, pour ne pas dire jamais, et se débrouillent en se serrant les coudes.

Je repars en me disant que je pourrais lui proposer un toit, le mien. Pourtant, je n’en fais rien, incertain de ce qu’il faudrait faire.

* Le 115 : www.samusocial-75.fr/article.php?id_article=14

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« Irréversible »

pologne_1939-09-01.1200681934.jpgPARIS – « C’est un processus irréversible« . Tel est l’avis de l’ambassadeur de Pologne en France à propos de l’ouverture des frontières en Europe. Tomasz Orlowski était invité le 16 janvier du Mouvement européen (www.mouvement-europeen.eu) dans le cadre d’un petit-déjeuner au Sénat sur le thème : « Valeurs, traités, la Pologne est-elle de retour en Europe ? » La réponse du diplomate est positive, on s’en doute, après les élections polonaises qui ont vu cet automne la chute des eurosceptiques et autres europhobes.

M. Orlowski s’est dit chagriné que la récente suppression des contrôles aux frontières en Europe centrale ait été vue presque uniquement avec inquiétude dans les médias de l’Ouest du continent. Il a rappelé cette fameuse photo de l’invasion de la Pologne par les Allemands le 1er septembre 1939 (voir ci-dessus) où l’on voit d’énergiques soldats de la Wehrmacht ouvrir (« briser« , a-t-il dit) la barrière marquant la frontière. Cet élan guerrier, c’était l’histoire en marche, une page tragique qui s’ouvrait en même temps que cette barrière, oh combien symbolique. 

« Aujourd’hui, c’est un autre symbole, celui de l’ouverture pacifique des frontières, a souligné l’ambassadeur. C’est un processus irréversible. Il y a encore vingt ans, on apprenait chez nous, à l’école, que l’Allemand était l’ennemi héréditaire« .

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Obama peut-il casser la barraque ?

 img_0262.1206184531.JPGHARLEM – Il entend « donner de l’espoir aux sans-espoirs« . Barack Obama, qui vient de remporter la première élection primaire aux Etats-Unis, n’est pas encore à la Maison Blanche, loin s’en faut. Mais il suscite une ferveur, un enthousiasme que tous les autres candidats à la candidature, qu’ils soient démocrates ou républicains, peuvent lui envier. Je l’ai vu lors d’un meeting au théâtre Apollo de Harlem à New York le 29 novembre 2007 (photo ci-dessus), cette jolie salle à l’italienne que l’on voit dans le film American Gangster. Barack Obama est beau. Il est jeune, il parle bien, il semble avoir des convictions. « Le Parti démocrate, a-t-il déclaré ce soir-là, n’a jamais été meilleur que lorsqu’il a été guidé non pas par les sondages mais par les principes« .

Il suscite l’espoir d’un changement possible après la « grande noirceur » bushienne. Son slogan est d’ailleurs : « UN CHANGEMENT dans lequel nous pouvons croire« . Peut-on encore croire à l’action politique après tant de déceptions, après tant d’espoirs déçus dans tant de pays par ceux-là mêmes qui promettaient rien de moins parfois que de « changer la vie » ?

Le lien : www.BarackObama.com

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Rideau

UNION EUROPEENNE – L’Europe centrale passe définitivement à l’Ouest. De la Tchéquie aux Pays baltes en passant par la Pologne, la Slovaquie et la Hongrie, nos cousins de l’ex-bloc « socialiste » rejoignent enfin leurs cousins de l’Ouest en abolissant les contrôles aux frontières, par la grâce des accords de Schengen.

Je me souviens de mes passages à l’Est dans les années 70 par la route et par le train : après avoir traversé l’Allemagne de l’Ouest à vive allure, on se heurtait à la frontière tchécoslovaque. Ca durait au moins une heure, il fallait ouvrir le coffre de la voiture, parfois intégralement en vider le contenu. C’est que l’on ne pénétrait pas comme ça dans le paradis du « socialisme réel » convoité par l’ennemi capitaliste ! La Tchécoslovaquie était alors une sorte de protectorat russoviétique. Dans le train Paris-Prague, lors du franchissement du rideau de fer, le drapeau tricolore tchécoslovaque était surmonté du drapeau rouge frappé de la faucille et du marteau. C’était l’ère de la doctrine Brejnev dite de « souveraineté limitée » des alliés de l’URSS

Je me souviens de la frontière bulgare en août 1972, des douaniers armés jusqu’aux dents, qui nous avaient dit que si nous voulions passer il fallait « kouper lê chevaux » ; ou bien opter pour un autre itinéraire pour rallier Istamboul, celui de la Grèce des colonels. Quel choc ! Parce que nous avions les cheveux longs, les camarades nous disaient d’aller nous faire voir ailleurs, chez les fachos d’Athènes en l’occurrence. Finalement, ils nous avaient royalement accordé dix heures pour traverser le pays et ne pas ainsi donner le mauvais exemple à la jeunesse de la République populaire de Bulgarie.

Je me souviens aussi de ce jeune garde-frontière qui était précipitamment descendu de son mirador dans les faubourgs de Bratislava, sur la rive sud du Danube, alors que je tentais de prendre – à contre-jour – des photos de la frontière avec l’Autriche. Encombré de sa kalachnikov, il m’avait néanmoins rattrapé et je lui avais menti en lui baragouinant en russe que le soleil m’avait empêché de déclencher l’appareil. Et, de fait, la photo ne valait rien…

Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans… Le rideau de fer a disparu et on n’imaginait pas alors que l’idée d’édifier des murailles, des « barrières de sécurité » serait reprise, améliorée même, mais par le monde libre cette fois.

Je me souviens du passage de la frontière entre le Canada et les Etats-Unis où, il y a 25 ans, un simple document d’identité, parfois même sans photo, pouvait suffire. Depuis, il y a eu un certain 11 septembre 2001. Aujourd’hui, il faut non seulement une pièce d’identité officielle avec photo, un permis de conduire par exemple, mais aussi une preuve de citoyenneté, tel qu’un certificat de naissance. Bref, autant avoir un passeport. Et si l’on voyage par avion, il en faut désormais obligatoirement un pour entrer et sortir des Etats-Unis, que l’on soit canadien ou américain.

Dérive des continents oblige, le nouveau monde continue ainsi de s’éloigner du Vieux Continent où l’on aimerait que l’effacement des frontières soit irréversible.

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Uh, ah, Chávez no se va

NEW YORK – Hugo Chávez, ce mardi à Paris, est-il un démocrate, un populiste, ou bien un apprenti dictateur tissant patiemment sa toile pour étouffer toute opposition ? Le non-renouvellement de l’autorisation d’émettre d’une chaîne de télévision avait relancé le débat il y a quelques mois, mes amis de gauche ne voyant rien de mal à cette interdiction. Aujourd’hui, le référendum constitutionnel prévu le 2 décembre prochain pourrait théoriquement lui permettre de s’incruster au sommet de l’Etat.

Ces initiatives pas très hugoliennes de l’héritier autoproclamé de Simon Bolivar me remettent en mémoire un épisode vécu lors d’une conférence de presse du chef de l’Etat vénézuélien à Paris il y a quelques années, l’un des grands moments de ma modeste carrière de journaliste. Le service de presse du président m’avait en effet sélectionné à l’avance parmi cinq ou six journalistes pour poser une question, pratique pas très orthodoxe au demeurant. Je m’étais retrouvé au premier rang et avais donc eu l’honneur de l’interroger au nom de l’agence de presse nord-américaine pour laquelle je travaillais à l’époque et c’est sans doute pour cela d’ailleurs que j’avais été sélectionné.

Hugo Chávez prenant le temps de développer sa pensée (chacune de ses réponses durait une bonne vingtaine de minutes), la conférence de presse, qui avait lieu dans le grand auditorium de Radio France, s’était étirée en longueur. Au début et à la fin, dans les gradins supérieurs, des inconditionnels avaient scandé des slogans tels que le fameux « Uh, ah, Chávez no se va » (Ou, ah, Chávez reste là) imaginé par ses partisans lors du coup d’Etat avorté contre lui en 2002. A mes côtés, une journaliste d’une chaîne de télévision vénézuélienne, peut-être bien celle qu’il devait supprimer cinq ans plus tard et qui, précisons-le, avait soutenu les putschistes (la vengeance est un plat qui se mange froid), avait posé une question que le président n’avait pas du tout appréciée. Avant de finir par répondre, il avait carrément pris à partie la journaliste en déplorant que même à l’étranger ses compatriotes n’aient rien de mieux à faire que lui savonner la planche. La journaliste, une grande et belle femme, était restée totalement impassible, ce qui m’avait impressionné. Le président vénézuélien est plutôt sympathique, haut en couleur mais on ne pouvait que se sentir très mal à l’aise face à cette attaque verbale contre quelqu’un qui ne pouvait pas répondre et qui, surtout, ne faisait que son métier. Mais peut-être Hugo Chávez aime-t-il les questions dérangeantes uniquement lorsque c’est lui qui les pose.

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Fable médiatique

img_0124.1206188145.JPGNEW YORK – Il était une fois une Française, jeune et jolie, travaillant temporairement à l’Onu où elle croisait tous les jours des hommes et des femmes d’Etat, des ministres, des ambassadeurs et peut-être parfois même des princes charmants. Imaginons qu’elle est corse et qu’elle s’appelle Gwennaëlle. Encore plus improbable, un Corse de coeur passe dans les parages – accessoirement, il est président de la République française – et leurs chemins vont se croiser brièvement. Face à la presse, il remarque la jeune femme, lui fait un petit signe amical, du genre « venez donc me dire bonjour », mais la sécurité est infranchissable, et lorsque le prince disparaît Gwen tourne les talons en compagnie de son fiancé qui travaille lui aussi à New York et, désolé de vous décevoir, le conte de fées s’arrête là.

Pas pour France 2 qui a tout filmé, le petit signe de la main de Nicolas Sarkozy, le sourire de Gwennaëlle, puis elle s’éloignant avec son compagnon une fois que les journalistes se sont égaillés.  La séquence a été diffusée le 25 octobre dans l’émission débat A vous de juger dont le sujet était : « La Révolution promise par Nicolas Sarkozy est-elle en marche ? » Elle figure dans un reportage au cours duquel le commentateur suggère que le président peut tout se permettre, même en conférence de presse. Il précise que le chef de l’Etat a remarqué une jeune Française qui voudrait le rencontrer ; la séquence s’achève sur le commentaire suivant alors que l’image montre Gwen quittant les lieux, donnant l’impression que l’homme qui l’accompagne est un membre de l’entourage présidentiel : « Nicolas Sarkozy bouscule son programme, et la rencontre a lieu juste avant de prendre l’avion ».  Auparavant, l’animatrice de l’émission, la journaliste politique Arlette Chabot avait mis l’eau à la bouche du téléspectateur en disant que l’on « ne voit pas toutes les images » dans les journaux télévisés.

Il se trouve que, contrairement au président, j’ai la chance de côtoyer Gwennaëlle tous les jours dans le Palais de verre. Et contrairement aux téléspectacteurs qui auront vu cette séquence, je sais qu’il n’y a jamais eu de rencontre « avant de prendre l’avion« . Si les images sont authentiques, le commentaire est en grande partie imaginaire. Aucun journaliste de France 2 n’est venu vérifier quoi que ce soit auprès de ma collègue qui trouve que l’on a donné une image d’elle pas très flatteuse. Elle n’en aurait rien su si, à la suite de la diffusion de l’émission, elle n’avait reçu une pluie de courriels de ses amis, voire de connaissances perdues de vue et même d’une relation professionnelle importante, tous s’enquérant de cette rencontre au sommet.

Le fait qu’il y ait une place à prendre à l’Elysée aux côtés de Nicolas Sarkozy semble décupler l’imagination de certains journalistes.

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La photo ci-dessus montre le cadre de cette brève rencontre… après le départ de tous les protagonistes. On peut voir la séquence en question sur le site de France 2. Pour accéder à la séquence, il faut glisser le curseur et le placer 1h35’25 » après le début de l’émission :

http://programmes.france2.fr/a-vous-de-juger/35302096-fr.php

Carnaval d’Halloween

dsc02010.1206188892.JPGNEW YORK – Pour la deuxième année consécutive, me voici au milieu de la foule colorée de Greenwich Village, le soir de la parade d’Halloween, en ce 31 octobre 2007. Le spectacle est partout dans la rue, dans le métro et sur la sixième avenue où défilent chars débridés et individus déchaînés. Cette fois, j’avais bien juré de ne pas détonner par mon habituel manque crasse d’imagination et d’audace, et j’avais décidé de mettre une touche de couleur dans mon ordinaire vestimentaire. Un chapeau melon vert acheté quelques dollars (encore moins d’euros) dans une boutique de déguisements me semblait pouvoir faire l’affaire ; ma compagne y a heureusement ajouté un énorme noeud papillon rouge et un nez rond de même couleur. Succès inattendu pour ce clown à l’air sérieux qui a eu l’honneur de quelques photos prises par de joyeux drilles aux accoutrements les plus divers.

Car le New-Yorkais a un sens méconnu du carnaval dans la simplicité et la bonne humeur. Au milieu de cette foule bon enfant, on ressent une euphorie inhabituelle dans cette grande ville bruyante et toujours pressée. Un soir par an, le New-Yorkais prend le temps. Il prend le temps de rire, de rire de lui-même et de se laisser aller aux pires excentricités. Et parfois, il lui suffit d’une simple touche insolite pour créer un effet poétique ou surréaliste. Des exemples ? Ce jeune gars habillé dans une tenue de tous les jours mais dont le couvre-chef était orné d’une boîte à oeufs ; ou cet homme d’âge mûr qui s’était composé une sorte de costume d’indien tout blanc avec, en y regardant de plus près,  des dizaines de cuillers en plastique pour pique-nique ou que le traiteur fournit avec les plats à emporter. Il y avait plus provoquant, tel ce faux exhibitionniste qui écartait sa cape pour révéler une authentique grande saucisse pendouillant de son bas-ventre… Ou plus sexy, ces fausses policières en bas résille et aux décolletés vertigineux qui croisaient de vrais policiers à l’humeur exceptionnement enjouée.

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Tour du Bronx II

BRONX – Un an plus tard, dimanche dernier 21 octobre 2007, j’ai fait une nouvelle incursion dans le Bronx. Pas téméraire pour deux sous (2 cents), j’étais dans la roue de plusieurs milliers de cyclistes, n’ayant toujours pas le goût des avant-gardes. Contrairement à l’an dernier où j’avais sagement opté pour l’itinéraire de 25 miles (une petite quarantaine de kilomètres), j’ai opté cette fois pour l’itinéraire de 40 miles (60 km) qui, comme on pouvait s’y attendre, s’est révélé beaucoup plus sportif et surtout nettement moins folklorique (voir la chronique de l’an dernier ci-après inédite sur ce blog).

Se balader dans le Bronx, c’est comme aller se promener en banlieue parisienne, mais en passant presque sans transition des cités bétonnés de Sarcelles aux résidences huppées de Neuilly. Souvenir marquant de cette année : le cimetière de Woodlawn, la « pelouse du bois« , où sont enterrés les riches du quartier de Riverdale. Sans fausse modestie, ils se sont fait bâtir des mausolées en forme de Parthénon ou ériger des obélisques dont les heureux propriétaires semblent vouloir encore rivaliser dans l’au-delà.

http://www.tourdebronx.org

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Chronique inédite du 1er novembre 2006

« Tour de Bronx »

 Le Bronx : voilà un endroit à faire peur, un quartier mal famé à éviter, à moins de chercher les ennuis. C’est l’idée que je m’en faisais avant de succomber à la curiosité. Prenant mon courage à deux pieds, j’ai enfourché ma bicyclette mais, pour plus de sûreté j’y suis allé accompagné de plusieurs… centaines d’amis. L’autre dimanche, c’était en effet le « Tour de Bronx », événement annuel pour les amateurs de deux roues et pour les opposants au tout-automobile en ville – New York n’est pas à l’avant-garde en ce domaine même s’il existe une très belle piste cyclable le long de l’Hudson (où je me suis d’ailleurs pris une amende de 50 dollars dès mes premiers coups de pédale en septembre pour avoir fait une brève incursion dans un secteur réservé aux piétons). « Tour DE Bronx », ça sonne bizarre pour un francophone mais pas pour un Américain qui a pour référence linguistique le Tour DE France. Dans le métro (le Bronx, c’est loin de Manhattan), j’ai rencontré mes premiers semblables, dont deux Italiennes qui avaient choisi comme moi le trajet « court » de 25 miles et non pas celui de 40 miles, réservé aux cyclistes qui en  veulent. Pas si court que ça au demeurant mais pépère pour des pédaleurs de tous gabarits, avec plusieurs pauses pipi et ravitaillement. La récompense finale tenait en une part de pizza et une boisson offertes par Domino’s à la fin du périple dans les Jardins botaniques situés à côté du fameux zoo du Bronx. Alors le Bronx c’est comment ? « Y’a rien là », comme on dit au Québec. Autrement dit, il n’y a vraiment pas de quoi en faire une montagne. Sinon que c’est très grand, pas vraiment plat, et qu’il vaut mieux le visiter à vélo ; qu’on y traverse de grands parcs et un très beau cimetière italien. Il y a même des enclaves résidentielles bien que le quartier ne soit manifestement pas le plus riche de la ville. Quant aux habitants, ils n’ont pas l’air bien méchants. On a même eu droit à des applaudissements et des encouragements : l’apparition et le défilé de cette ribambelle de cyclistes a suscité des « I love that ! » (j’adore !) et des « I like that ! » (super !) sur les trottoirs et les balcons – où il y avait parfois du monde. Il faut dire que certains cyclistes new-yorkais, ceux de couleur en particulier, ont le sens du spectacle pour ne pas dire du carnaval. Il est vrai que Halloween approchait et que quelques façades et jardins étaient déjà égayées de squelettes, fantômes, fausses pierres tombales du meilleur goût et autres citrouilles ricanantes. Il y avait Superman dans sa tunique bleue et rouge, il y avait un vélo Batman (avec masque de l’homme chauve-souris sur le guidon), et surtout quelques sonos ambulantes sur deux roues, voire trois, celles d’un tricycle tonitruant guidé par un Noir fier comme un petit banc : certains porte-bagages étaient en effet équipés de haut-parleurs qui ne faisaient pas dans la musique de chambre. Dans la même tonalité quelque peu cacophonique, des avertisseurs puissants sur certains guidons jouaient aussi leur partition dissonante. Pour ajouter une touche finale au décorum, certains cyclistes avaient hissé les couleurs : des drapeaux américains et portoricains flottaient au vent, de plus en plus frisquet plus la journée et le périple avançaient. Le bon goût patriotique voulait qu’une bannière étoilée de belle taille soit placée au dessus de l’emblème de Porto-Rico, généralement plus petit. Mais de fortes têtes se contentaient d’arborer uniquement le drapeau de cette colonie américaine des Caraïbes dont la diaspora a fait du Bronx sa deuxième patrie.

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Droit à la différence et droit à l’échec

 img_0254.1206186931.JPGNEW YORK – « Gais, gais, marions-nous, mettons-nous dans la misère ! Gais, gais, marions-nous. Mettons la corde au cou ! », dit la chanson. Les homosexuels, qui ont réussi de haute lutte à se passer « la corde au cou » doivent se battre maintenant pour pouvoir dénouer le noeud coulant.

Il s’agit d’un couple de lesbiennes qui s’est marié dans le Massachusetts où le mariage homo est légal. Margaret Chambers et Cassandra Ormiston ont donc convolé en justes noces en 2004, à une époque où des couples homosexuels affluaient de tous les Etats-Unis pour se marier – ce n’est plus possible aujourd’hui car il faut désormais résider dans l’Etat pour pouvoir convoler. Mais, en raison de « différences irréconciliables« , les deux femmes ont déposé une demande de divorce deux ans plus tard dans le Rhode Island, l’Etat voisin où elles habitent mais où l’on ne marie pas les gens de même sexe. En attendant de savoir si un tribunal familial de « L’Ile-de-Rhodes » peut dissoudre une union qui ne figure pas dans sa législation, on leur a suggéré une solution : qu’au moins une des deux aille s’installer dans le Massachusetts suffisamment longtemps (au moins un an) pour que la procédure puisse être mise en oeuvre.

« Nous avons le même droit à l’échec que les autres« , a rétorqué Mme Ormiston qui exclut totalement de déménager pour pouvoir divorcer, selon des propos rapportés par le Providence Journal, le grand quotidien du petit Rhode Island. Les avocats des deux femmes soulignent qu’un mariage valide est valide partout et qu’il peut donc être dissous n’importe où.

Pour ceux et celles que la question juridique intéresserait, voir le Providence Journal : www.projo.com/ri/providence/content/same_sex_arguments_10-10-07_537E3G3.326b848.html

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Une autre info récoltée ce même 10 octobre 2007. Plus anecdotique, elle illustre le fait, me semble-t-il, que, bien souvent, la différence dérange – l’ambiguïté sexuelle en particulier. Cette information est d’abord une photographie qui occupe presque toute la hauteur de la première page de l’édition new-yorkaise du quotidien Metro à côté d’un bref article sur les deux lesbiennes se débattant pour divorcer. Le cliché (photo ci-dessus) montre une personne jeune, de race noire, au sexe indéterminé, aux cheveux très courts, vêtue comme un homme – une chemise blanche sur une poitrine plate, un pantalon d’homme marron – des lunettes sur un visage fin. Il ou elle descend des escaliers en haut desquels se dressent des colonnes néoclassiques. La légende nous informe que Khadijah Farmer quitte la Cour suprême de l’Etat de New York où elle a porté plainte la veille pour discrimination sexuelle contre un restaurant de Greenwich Village.

Le 24 juin dernier, après la parade de la Fierté gay l’autre quotidien gratuit AM New York (www.amny.com) précise qu’elle est lesbienne – elle était allée se restaurer au Caliente Cab Company, un restaurant mexicain à la mode. Là, elle s’était fait virer des toilettes des femmes après que quelqu’un se soit apparemment plaint qu’un homme s’y trouvait. Elle affirme avoir tenté de montrer une pièce d’identité mais le videur n’aurait rien voulu entendre. Sa mère s’insurge : « Etre prise pour un homme est une chose, on surmonte ça et on ne s’y arrête pas. Mais être jetée dehors à cause de ce que l’on est ? » Le restaurant l’accuse de chercher à récolter de l’argent à ses dépens. Son avocat, qui préside une association transgenre, n’a pas révélé combien elle demandait pour le préjudice.

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Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

united-nations-11.1206195810.JPG NATIONS UNIES – Le débat général de l’Assemblée générale des Nations unies s’est achevé cette semaine à New York. C’est un marathon annuel d’une huitaine de jours au cours desquels les grands et les plus petits de la planète viennent disserter sur l’état du monde. Sur les 192 pays qui font du planisphère une marqueterie bigarée, 130 chefs d’Etat, de gouvernement ou ministres des affaires étrangères ont fait le voyage de New York cet automne.

Il est intéressant de les voir se succéder à la tribune. Le spectacle est un peu pour les yeux, puisque certains, une minorité, viennent en costume traditionnel, et beaucoup pour les oreilles. On est surpris des discours contestant le désordre international établi prononcés par certains chefs d’Etat. Ainsi, José Manuel Zelaya Rosales, président du Honduras, dont le pays était l’image même de la république bananière inféodée aux Etats-Unis, a prononcé un discours dénonciateur de l’échange inégal, des règles flouées d’une économie de marché de façade. « Le drame des émigrants est immense« , a-t-il dit aussi en estimant que la migration n’était pas un délit mais « un droit de l’homme élémentaire« . Il a appelé au respect des migrants et à donner un cadre légal aux mouvements migratoires.

J’ai été surpris aussi par la réapparition du Nicaraguayen Daniel Ortega dont j’avais en mémoire les discours enflammés du temps du sandinisme triomphant à Managua dans les années 80. J’avais cru comprendre qu’il avait mis beaucoup d’eau dans son marxisme en revenant au pouvoir. Il a pris du ventre mais son discours n’a guère changé en dehors d’un « Dieu vous bénisse« , un peu incongru dans sa bouche – ils ne sont pas rares les chefs d’Etat qui invoquent Dieu à l’Onu. Tenant meeting, improvisant sa harangue, Daniel, comme on l’appelait familièrement à l’époque, était manifestement heureux de retrouver cette tribune 18 ans plus tard, comme il l’a mentionné lui-même. « L’ennemi reste le même !« , a-t-il lancé, clouant au pilori « le capitalisme avaricieux semant la mort« , mettant aussi en cause sa « tyrannie universelle« . Et il a mis en garde « le deuxième orateur » (George Bush) qui semble oublier, comme ses prédécesseurs à la Maison blanche, que « les empires sont éphémères face à l’éternité« .

En comparaison, le discours d’un autre révolutionnaire, l’Iranien Mahmoud Ahmadinejad était un robinet d’eau tiède, ou plutôt d’eau bénite. Il a infligé à ses collègues un prêchi-prêcha moralisateur sur la destruction de la famille et la marchandisation du corps de la femme que n’aurait pas pu renier « le croisé Bush« , comme dirait Oussama, si seulement il était resté pour l’écouter. « L’ère de l’obscurité va prendre fin (…) les peuples vivront dans la fraternité et dans l’amour« . Gardant le meilleur pour la fin, il a annoncé la venue du sauveur suprême, l’imam caché des chiites je suppose. Et il ne viendra pas seul, Jésus et d’autres prophètes des temps anciens l’accompagneront. Ils feront régner l’ordre et la beauté sur Terre. « C’est la volonté divine, je vois cet avenir proche« . On se prendrait presque à rêver…

Moins exalté mais tout aussi visionnaire, le Français Nicolas Sarkozy a prononcé, comme souvent, un discours « de gauche » en appelant à « la moralisation du capitalisme financier« . « Il faut que les choses changent ! (…) Peuples du monde, nous pouvons construire un avenir meilleur !« . Bref, c’est tout juste s’il n’a pas appelé les prolétaires de tous les pays à s’unir.

La tâche est considérable, comme chacun sait, et les lendemains qui chantent toujours remis au surlendemain, pour ne pas dire aux calendes grecques. C’est d’ailleurs à un auteur latin que le chef du gouvernement luxembourgeois a laissé le mot de la fin en concluant son intervention par une citation de Sénèque : « Ce n’est pas parce que c’est difficile que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas que c’est difficile« .

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(statue offerte par l’Union soviétique ; photo Jacques Baudrier)