Bouquet final sur l’Ile du Feu

CHERRY GROVE – Fin de party à Fire Island, à deux heures de New York. Les amoureux de ce banc de sable qui s’étire sur une cinquantaine de kilomètres au large de l’Ile Longue (Long Island), fêtaient la fin de l’été ce week-end. Et Halloween aussi, avec un mois d’avance, pour ne pas être en reste ! Bals costumés à Cherry Grove, la cerisaie, samedi soir, pour s’amuser une dernière fois avant les irrémédiables frimas. L’été était encore là, le ciel sans nuage, la lune presque pleine, la température très douce. Fire Island est le lieu de villégiature favori des homosexuels new-yorkais des deux sexes (*) : les drapeaux arc-en-ciel y flottent un peu partout aux côtés de ceux des quatre coins du monde ; j’ai même vu le drapeau jaune et blanc du Saint-Siège, ce qui confirme, s’il en était besoin, que les gays ont  le sens de l’humour, en plus de l’amour des sens !

Les maisons de bois, aux architectures aussi variées qu’inventives, s’échelonnent côte à côte, noyée dans la verdure, en arrière de la plage. Le sol est sablonneux, parfois marécageux (gare aux moustiques en début de saison !), et un entrelacs d’allées en bois a été construit sur pilotis pour ne pas piétiner la végétation qui fixe la dune. Ce qui est miraculeux (d’où peut-être le drapeau du Vatican), si près de New York et dans un pays où la bagnole s’impose partout, c’est qu’il n’y a pas de voitures, en dehors de celles de la police et des pompiers.

Fin de saison à l’Ile du feu : les hôtels auront tous fermé dimanche soir prochain. Les habitués faisaient leurs bagages dimanche après-midi. On rangeait les affaires d’été et on se donnait rendez-vous « en ville », en se prodiguant force embrassades sur le ponton en attendant le bac pour regagner la terre ferme. En ces temps de réchauffement climatique, on ne sait pas si on se retrouvera encore longtemps en ce lieu si fragile. Un ras de marée submergerait sans difficulté Fire Island, à moins qu’au lieu du feu biblique ce ne soit la montée irrémédiable des eaux qui n’ait finalement raison de cette nouvelle Sodome et Gomorrhe.

(*) Cherry Grove est mixte à tous points de vue tandis que le hameau voisin de Pines serait plus masculin (Pines signifie les pins en anglais et rien d’autre…), plus snob et plus riche aussi. C’est normal, me dit ma guide, les hommes ont des revenus généralement plus élevés que les femmes.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fire_Island

Camp retranché

 img_0150.1206186235.JPGNEW YORK – De retour sur les bords de l’East River, la Rivière de l’Est, pour l’Assemblée générale des Nations unies. Le « palais de verre » est bouclé par la police et les services de sécurité états-uniens. L’assemblée générale battra son plein jusqu’à Noël mais seuls les trois premiers jours donnent lieu au déploiement d’une telle force de dissuasion car c’est la semaine où les chefs d’Etat du monde entier sont présents. La 1ère avenue qui passe devant l’Onu est barrée par des blocs de béton et des barrières métalliques, des hélicoptères quadrillent le ciel, et les gardes-côtes croisent sur l’East River. Certains carrefours sont même barrés par des poids-lourds chargés de sable ; je suppose que leur rôle est d’absorber le souffle d’éventuelles voitures suicide. La voie sur berges qui passe sous l’ONU est fermée.

Un tel déploiement provoque des embouteillages considérables le matin et, tous les ans, les télés locales ne manquent pas de sonder les gens dans la rue. Qu’est-ce que vous pensez de tous ces embarras, ça ne vous fait pas enrager ? L’an dernier, une femme avait répondu en se demandant pourquoi l’ONU ne siégeait pas plutôt à Genève où elle serait bien plus à sa place. Bonne idée, je pourrais rentrer tous les week-end à la maison ! Et cette année, une autre disait que les gens importants devraient être traités comme tout un chacun : vous vous faites escorter par des gorilles, vous ? Cette dame n’avait pas tout à fait tort et, d’ailleurs, certains chefs d’Etat ne prennent pas autant de précautions : l’an dernier, j’ai vu le président bolivien, Evo Morales, sortir à pied de l’Onu en tenue décontractée, et remonter la 42e rue avec quelques personnes comme s’il allait prendre le métro. Hier, j’ai croisé le Croate Stipe Mesic qui ne semblait pas avoir d’escorte particulière pour traverser la 1ère avenue et se rendre au dîner officiel. Heureux présidents de petits pays… Small is beautiful.

And big is… really big. Hier soir, je suis resté bloqué un quart d’heure à un quart four (carrefour à quatre rues) de la 2e avenue : interdiction de traverser, un cortège officiel étant annoncé. Je ne sais pas si c’était Bush mais c’était impressionnant : rompant la quiétude ambiante (plus rien ne circulait), sont soudain apparus une quinzaine de véhicules, aux gyrophares aveuglants, escortés de motards, fonçant en direction de l’ONU : berlines aux vitres fumées, 4×4 blindés, une ambulance même… A croire que certains ne se déplacent pas sans leur bloc opératoire. Face à nous, piétaille sans importance, Les policiers étaient fermes mais aimables, à moins que ce ne soit l’inverse. Les gens étaient patients et ils ne rouspétaient pas comme n’auraient pas manqué de le faire des Parisiens.

Rayons sur Paris

De retour à Paris, je me réjouis de voir que mes semblables se sont multipliés pendant mes cinq semaines d’absence : les piétons ne sont plus les seuls à encombrer les pistes cyclables, des cyclistes y circulent aussi. Il était temps. Je me sentais bien seul auparavant. Le miracle s’est produit, grâce aux Vélib, ces bicyclettes à louer qui sont apparues pour ainsi dire du jour au lendemain. Ainsi, beaucoup de Parisiens, sans parler des touristes, n’auraient pas acheté de vélo pour diverses raisons dont la principale était sans doute le manque de place pour le ranger chez eux. Mais ils étaient tout prêts à pédaler pour peu qu’on leur mette le pied à « l’étrier ».

Guerre de tranchées

Je lis avec un certain effarement un article dans Le Monde consacré au quartier où j’ai passé mon enfance et mon adolescence, celui des Marronniers à Gonesse dans le Val d’Oise, à une vingtaine de kilomètres au nord de Paris. Ainsi, on se bat désormais entre jeunes des Marronniers et ceux du quartier voisin de la Fauconnière, séparés par la « tranchée » de la voie ferrée où passent à grande vitesse Thalys et autres Eurostar. On se bat apparemment sans savoir pourquoi. Un jeune s’est pris une balle dans le dos et restera sans doute paralysé. Des deux côtés, les enfants répètent que « ça a toujours été comme ça ». Je démens. La Fauconnière est sortie de terre à la fin des années soixante, le secteur des Marronniers concerné par l’article quelques années auparavant. A l’époque, il n’y avait ni Turcs, ni Assyro-Chaldéens, ni Africains, tous d’immigration récente, et on ne voyait pas ceux d’en face comme des ennemis, même si nous-mêmes avions des origines variées (Français d’origines diverses dont pas mal de pieds-noirs, petits-enfants d’Italiens, d’Arméniens, etc.). L’article ne fait qu’évoquer cet aspect des choses au passage, les autorités, en quête d’une explication rationnelle, ne semblant pas penser que le chauvinisme des origines joue un rôle. Ou alors elles ne le disent pas, à moins que l’auteur de l’article ait préféré ne pas insister là-dessus. En attendant, une étude a été commandée à un sociologue pour essayer de mettre au jour les fondements du conflit. Je me demande simplement si l’homme (jeune), le mâle en particulier, vivant dans un pays en paix, n’aurait pas une sorte de besoin primitif de s’inventer des conflits, de s’identifier à un clan, à une tribu pour se sentir exister.

bernard.giansetto@wanadoo.fr

Post scriptum : deux mois et demi plus tard, le 6 septembre 2007, Le Monde consacre une page aux affrontements entre bandes, phénomène qui fait alors la une de la presse. Et je lis la phrase suivante, où les choses sont dites beaucoup plus clairement que dans l’article de juin : « A Gonesse (Val d’Oise), ce sont des chrétiens originaires d’Irak, installés dans le quartier des Marronniers, qui se heurtent à des Maghrébins de la cité de la Fauconnière« .

Plombier malien

PARIS – Ainsi, deux Maliens sans permis de travail valide travaillaient sur le chantier de rénovation d’une résidence officielle du premier ministre, deux délinquants qui volaient le travail que les Français ne veulent pas faire. Mon ami Dolo, malien lui aussi, qui conduit une grosse bétonnière attend dans l’angoisse la réponse à son recours pour obtenir un titre de séjour. Il a un travail stable, un logement, vient comme tout le monde de remplir sa déclaration d’impôts. Il donne même des cours de langue dogon à des anthropologues se rendant dans sa région d’origine. Il me raconte que les descentes de police sur les chantiers se multiplient et je me demande à quoi sert la Fédération patronale du BTP (Bâtiment-Travaux publics). Elle est pourtant bien placée pour faire valoir que « l’immigration choisie« , chère à notre nouveau président, c’est aussi de pouvoir combler des postes là où il y a pénurie, à commencer par le bâtiment. Je ne doute pas que dans l’esprit de nos dirigeants, dans l’esprit de ceux qui fixent des objectifs chiffrés en matière d’expulsions (pourquoi ne pas fixer non plus à l’avance le nombre d’interpellations de cambrioleurs ?), choisir nos immigrants c’est choisir des informaticiens indiens, des chercheurs russes ou des investisseurs coréens, pas des manoeuvres africains pour nos chantiers, ni des éboueurs maghrébins. Et pourtant !

L’autre jour, j’assistais à une rencontre du Mouvement européen au Sénat dont l’invité était l’ambassadeur tchèque Pavel Fischer. A un moment de la discussion, il a évoqué ses fréquents déplacements en province qui l’amènent à rencontrer des responsables des collectivités locales qui lui font part des besoins de main d’oeuvre dans le BTP, dans les hôpitaux, dans les transports. Et on lui demande invariablement si ses compatriotes seraient intéressés à venir travailler en France. Il répond par l’affirmative, dit-il, tout en sachant que la France a reporté aux calendes grecques l’ouverture de ses frontières aux travailleurs de l’Est, malgré l’adhésion de ces pays à l’Union européenne. Il nous explique que les Tchèques optent donc pour la Suède, la Grande-Bretagne ou l’Irlande, pays dont les frontières sont ouvertes aux travailleurs des nouveaux Etats membres. J’étais en Ecosse il y a quelques semaines et on croise des Polonais partout. Il y a même une liaison aérienne directe entre Edimbourg et Varsovie.

Le plombier polonais, si redouté, ni son cousin tchèque, ne sont donc prêts de venir ici. C’est dommage, on a tellement de mal à trouver un bon plombier de nos jours ! Et puis, ce serait amusant que l’on réussisse vraiment à expulser tous les illégaux qui travaillent sur nos chantiers à construire nos immeubles et nos maisons. Ca nous rappellerait cette histoire de Fernand Raynaud dans laquelle des villageois pourrissent tellement la vie de l’étranger qui s’est installé parmi eux qu’ils arrivent à le faire partir. L’inconvénient, c’est que c’était le boulanger…

bernard.giansetto@wanadoo.fr 

Royal déni

Ce vendredi matin, sur France-Inter, on demande à Ségolène Royal pourquoi elle ne veut pas prononcer le mot « défaite ». Sa réponse :

« Parce que je sais à quel point les 17 millions d’électeurs qui ont voté pour moi, et que je rencontre encore actuellement dans les réunions, sont portés par quelque chose de fort. Ils ont été fiers de cette campagne et ils ont été profondément tristes, bien évidemment, du résultat et, en même temps, ils ont envie de continuer. Et je crois qu’il y a là un socle très important – 47% des Français ont dit non à Nicolas Sarkozy…

–         Mais ça a bien été une défaite ?, insiste le journaliste.

–         Ah, je n’ai pas gagné, ça c’est sûr ! Bien évidemment !

–         Mais pourquoi vous ne voulez pas dire le mot ?

–         Parce que je ne veux pas accabler et assommer un peu plus ce mouvement qui m’a portée. Et parce que je veux rester debout, le regarder la tête haute aussi, et préparer les échéances futures par rapport aux idées que j’ai défendues, par rapport au mouvement qui s’est mis en marche, par rapport à la démarche que j’ai, c’est une étape…

–         Sans vouloir faire de psychanalyse, Ségolène Royal, on sait bien quand même dans cette discipline-là qu’il faut savoir mettre des mots sur les choses.

–         Eh bien, je n’ai pas gagné ! Voilà, je n’ai pas gagné mais ce n’est pas…

–         C’est de l’antiphrase !

–         Non, ce n’est pas une défaite au sens ou ça prépare les victoires futures. »

Je ne sais pas si cette chute restera une citation (une perle ?) historique mais je trouve ça inquiétant quant à ce que ça semble révéler du personnage. Faisant partie des 47%, j’ai été heureux d’apprendre de sa (jolie) bouche que sa non-victoire n’avait pas été une défaite. Ca remonte le moral.

bernard.giansetto@wanadoo.fr 

Voir aussi :

http://lecomte-est-bon.blogspirit.com/archive/2007/06/08/la-mère-la-victoire.html

Volem cantar al païs *

VENASQUE (Provence) – « Pénurie de cerises dans le Vaucluse », titrait en première page le journal La Provence de lundi dernier. « Hiver doux, gel de printemps et loi de l’alternance, la production de cerises est en baisse de 80%. Conséquence : les prix ont doublé ». L’article est illustré d’une photo outrageusement mise en scène de trois personnages au milieu d’un feuillage de cerisier dont l’un nous tend une poignée de cerises, l’autre tient un cageot plein avec au premier plan l’affiche de la « fête de la cerise et du terroir » la veille à Venasque dans le nord du Vaucluse face au Mont Ventoux, le Fuji Yama local. Ah le terroir ! Sur la scène, ont été remis aux enfants les prix du concours de dessin et la femme au micro a évoqué « les choses du terroir qui sont finalement nos vraies valeurs« .

Lui succède un groupe folklorique, en costumes traditionnels, « L’Escolo dou Trelus » de la ville voisine de Pernes-les-Fontaines dont presque tous les membres dépassent largement la soixantaine. A l’heure du rap, pas étonnant que « L’Escolo » ne fasse par recette chez les jeunes Provençaux tant leur musique et leur interprétation manquent de pêche. C’est tout juste si en ouvrant le récital, leur chef ne s’excuse pas de chanter en « patois ». D’ailleurs, « pour plaire à tout le monde », ils vont chanter « L’eau vive » de Guy Béart mais termineront tout de même sur « l’hymne provençal », la Coupo Santo de Frédéric Mistral, dont peu connaissent les paroles dans le public (www.lexilogos.com/provencal_mistral.htm).

La Provence n’est décidément pas la Bretagne où la musique celtique reste vivante, populaire et rallie toutes les classes d’âge. Les danseurs miment les gestes d’antan : ceux des lavandières par exemple en suivant le rythme des tambours et des pipeaux. On a l’illusion d’une Provence éternelle, celle d’avant l’irruption du monde moderne industriel. C’était le bon temps, bien sûr, celui d’avant l’invention de la machine à laver qui use le linge.

Dans le bulletin municipal de Pernes daté de juin prochain, l’opposition locale dénonce dans l’espace qui lui est réservé « la culture pernoise ‘officielle’, celle qui a les faveurs de Monsieur le Maire, (qui) a trop souvent pour thème le patrimoine au sens restrictif du mot, c’est-à-dire les costumes, les outils, les traditions« . L’auteur évoque ensuite deux spectacles récents, « deux rencontres autour de la culture vivante« . Et il conclut : « Il n’était pas question d’un retour au 19e siècle dans un monde rêvé, idyllique, mais bien de se coltiner avec le réel et les problèmes du début du 21e. »

Et ce 21e ne parlera manifestement pas provençal, pas plus que breton ou piémontais. Faut-il le regretter ?

bernard.giansetto@wanadoo.fr

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* Nous voulons chanter au pays

Will Sarkozy destroy the French Way of life ? *

 img_0290.1206185635.JPG« Du pain, du vin, coincer la bulle, Sarkozy va-t-il détruire tout ce qui fait que la France est un pays génial ? » C’est la question que posait mon journal britannique préféré, le Guardian, une semaine avant que n’entre au palais de l’Elysée le nouveau président français en ce mercredi 16 mai, veille de l’Ascension, et du « pont » qui va avec, mais qui pourrait bientôt appartenir au passé, craint l’auteur de l’article, Stuart Jeffries. Celui-ci, ancien correspondant à Paris, raconte sa belle vie d’alors, sur les rives de la Seine, dans un article intitulé « Goodbye to la belle France? » – avec un point d’interrogation tout de même. Il la met en parallèle avec celle peu enviable d’aujourd’hui sur les bords de la Tamise, à avaler des mets infâmes au-dessus de son clavier sans avoir le temps de bavarder avec ses collègues… N’idéalise-t-il pas un peu « la douce France » et l’amour ne le rend-il pas aveugle ?

The French seem to have the perfect lifestyle: long lunches, short hours, great food and plenty of ooh-la-la. But their new president is determined to make them work harder, faster, more efficiently – just like the British and Americans. Merde alors ! » (en français dans le texte) (**).

Il raconte qu’après quelques années en France, il ne vivait plus pour travailler mais travaillait pour vivre, « et vivre bien ». Il évoque nos « services publics extraordinaires », le réseau de crèches publiques notamment, qui permet à la France d’avoir l’un des taux les plus élevés à la fois de natalité mais aussi de femmes au travail. Pour lui, les Français appliquent concrètement leur devise « liberté, égalité, fraternité ». A condition du moins, reconnaît-il, de ne pas être pauvre, étranger, jeune chômeur, quand ce n’est pas deux de ces catégories à la fois, voire les trois.

Contrairement aux Anglo-Saxons, les Français profitent donc de la vie grâce à leurs longues vacances, leurs RTT (Récupérations du temps de travail pour ceux qui font plus de 35 heures hebdomadaires), leur gastronomie, bref leur raffinement y compris dans les choses de l’amour (si c’est un Anglais qui le dit, on ne va pas pinailler, si j’ose dire…). Et c’est pour cela, selon lui, que les étrangers aiment tant la France et qu’ils ne veulent surtout pas que Sarko tienne ses promesses ! Autrement, si c’est comme chez eux, ils ne viendront plus et, ajoute-t-il, les Anglais n’auront plus qu’à reboucher le tunnel sous la Manche.

L’auteur supplie notre nouveau président de manière pathétique : « Nicolas, chéri, n’en faites rien. S’il vous plaît, ne gommez pas l’adjectif belle de la belle France. S’il vous plaît, ne devenez pas comme nous. Vous n’aimerez pas ça ». L’auteur se rassure en appelant divers auteurs anglophones à la rescousse dont un est carrément convaincu que « la France ne change jamais ». Et si vraiment, le président Sarkozy était assez fou pour appliquer son programme, il aurait très vite des millions de Français dans la rue, selon celui-ci.

Surtout, les anglo-saxons ont besoin de la France comme source d’inspiration pour vivre mieux et pas l’inverse : « Si la France n’existait pas, les Britanniques et les Américains devraient l’inventer (of course, ce que nous serions incapables de faire par nature) », reconnaît Jeffries.

Ca fait du bien de lire ça, hein ? On en oublierait presque que la France est un pays englué dans une crise profonde, qu’il est peut-être même « l’homme malade de l’Europe », comme l’a qualifié une autre journaliste, étrangère elle aussi, pendant la campagne électorale. Comme j’ai horreur de trancher et que j’aime les jugements nuancés, je n’exclus pas qu’il faisait vraiment bon vivre dans l’empire romain finissant.

bernard.giansetto@wanadoo.fr

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(*) Sarkozy va-t-il détruire le style de vie français ?

(**) Les Français semblent avoir un style de vie parfait : longs déjeuners, heures courtes, bonne bouffe et tout plein de ouh-la-la. Mais leur nouveau président est déterminé à les faire travailler plus dur, plus vite et plus efficacement – simplement comme les Britanniques et les Américains. Merde alors ! »  

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L’article de Stuart Jeffries peut être lu en version originale à l’adresse suivante :

http://www.guardian.co.uk/france/story/0,,2075293,00.html

Epilogues électoraux

Rappel des épisodes précédents : les nationalistes écossais ont gagné les élections d’une courte tête et Nicolas Sarkozy d’une… grosse tête            PARIS – Place de la Concorde dimanche 6 mai 2007 vers minuit, on fête l’heureux élu. J’arrive à vélo et croise un jeune couple qui quitte la place en courant à grandes enjambées et en chantonnant gaiement « Sarkozy, Sarkozy, Sarkozy… », comme on chante « bonne année ». 

Une jeune femme hurle à l’adresse de la foule : « Vous êtes des manipulateurs, vous avez tous les médias avec vous, vous êtes des collabos, vous manipulez l’opinion, vous êtes des vendus, des prostitués ! La France, pays des droits de l’homme et de l’humanisme… » Un homme lui montre la direction de l’église de la Madeleine et, pince-sans-rire, lui lance : « La rue Royale est par là… ». Un peu plus tard, débarqueront  deux filles surexcitées, bondissant comme des cabris et lançant des « Sarko, facho, le peuple aura ta peau » vengeurs. On regarde ces deux illuminées d’un air goguenard. Il n’y a aucune agressivité dans la force tranquille de cette foule joyeuse. Un homme d’âge mûr, une crête punk au sommet du crâne, se balade avec à la main une petite banderole taillée dans un drap sur laquelle il a écrit « anti-Sarko ». Il la déploie en ouvrant les bras et les gens rigolent. 

On danse devant la scène encadrée de deux écrans géants. La musique, mélange de soul et de techno, est rythmée à souhait et on danse aussi dans les fontaines dont l’eau a été coupée. On agite quelques rares drapeaux dont un grand tricolore noir-jaune-rouge sur lequel est écrit « Les Belges avec Sarkozy ».  

La foule n’est pas très représentative de la France bigarrée de nos grandes villes : une majorité de Blancs, jeunes en majorité, bien propres sur eux. On dirait que le 16e arrondissement a annexé la Concorde sur laquelle flotte l’odeur des saucisses-merguez que s’approprie sans vergogne le peuple de droite. Entre La Madeleine et l’Assemblée nationale, séparées par la Seine et dont les colonnades grecques se font face, on est à mi-chemin des valeurs chrétiennes et démocratiques chères à notre nouveau président. Un portrait d’un « petit Nicolas » intimidé est déjà à la une de L’Express et vendu à la criée, ainsi qu’une édition spéciale du Journal du Dimanche. Plus tard, ce sera Le Figaro du jour d’après. 

« C’est triste », me lance un Français d’origine béninoise. « La France avec lui, un conservateur, un néo-conservateur réactionnaire même, elle va pas avancer, à mon avis elle va reculer. Enfin, on verra ce que ça va donner », conclut-il avec fatalisme en estimant qu’un homme d’Etat se doit de respecter l’héritage de l’histoire, celui de mai 1968 en particulier.

Je retraverse la capitale pour regagner le bastion « royaliste » de l’Est parisien et tombe sur un étrange cortège qui descend le boulevard Magenta où la circulation commence à se faire rare. Un petit groupe de jeunes promène en direction de la place de la République une sorte de grosse cloche montée sur roulettes, patchwork bigarré de sacs de plastique gonflé par des petits ventilateurs qui soufflent de l’air par en dessous – comme sous la robe de Marilyn. Vu de près, il s’avère que cette cloche géante pourvue d’un boudin comme un long nez est un char d’assaut censé « karchériser Sarkozy », me dit-on. Un slogan fuse de temps à autre : « Paris, debout, réveille-toi !».  Je laisse là cette occupation pacifique pour rentrer me coucher. Je sais que le nouveau président aime les Français qui se lèvent tôt.                                                                                                                           

                                                                                                               bernard.giansetto@wanadoo.fr

L’Ecosse aux Ecossais

            EDIMBOURG/GLASGOW/SKYE – Trois cents ans exactement après l’union anglo-écossaise créant le Royaume-Uni, le drapeau écossais bleu à croix blanche flotte partout sur Edimbourg. Il me semble que lors de ma dernière visite (il y a 28 ans…) on ne voyait que l’Union Jack britannique. Le Parti national écossais, le SNP, est donné favori du scrutin de jeudi 3 mai qui verra le renouvellement du Parlement de Holyrood, l’assemblée écossaise. S’ils l’emportent face à la majorité sortante travailliste qui vise un troisième mandat, les « nationalistes » promettent d’organiser un référendum sur l’indépendance d’ici 2010. Le message des « Nats », comme on les surnomme, n’est pas sans rappeler la stratégie du PQ, le Parti québécois : votez pour nous, ça ne coûte rien d’essayer. C’est comme ça que le PQ a certes gagné les élections à diverses reprises depuis 1976 mais aussi qu’il a perdu deux référendums sur la souveraineté.

Tim, dynamique vendeur de cuisines qui a roulé sa bosse jusqu’en Australie et aux Etats-Unis où il a été camionneur, envisage de donner sa voix au SNP. « Tous les autres partis proposent plus ou moins la même chose, l’indépendance on n’a pas encore essayé », dit-il, avec une insouciance surprenante quand on songe à l’enjeu. Je lui rétorque que, tout comme au Québec, un vote pour les nationalistes ne serait pas ipso facto un vote pour la souveraineté. Il me répond que contrairement au Québec, les électeurs du parti nationaliste sont généralement favorables à l’indépendance, le plus connu étant l’acteur Sean Connery. Le SNP bénéficie d’ailleurs de ses largesses. Néanmoins un sondage récent place l’option indépendantiste à un maigre 22%.

En dehors des drapeaux, les Ecossais semblent déjà indépendants, au moins psychologiquement. Les mots  «Scotland », « Scot » et « Scottish » sont employés à toutes les sauces, même le petit-déjeuner n’y échappe pas. A preuve, cette belle boîte « Scottish Breakfast », contenant un mélange de thés noirs corsés de l’Assam, de Ceylan et du Kenya que je trouve dans un magasin pour touristes sur la route de l’île de Skye. Toute comparaison avec le fameux « English Breakfast » serait sans doute malvenue.  « Ce qui est frappant pour un non-Ecossais c’est l’insistance constante sur la fierté et le patriotisme écossais », écrivait récemment depuis Edimbourg le chroniqueur du journal The Guardian Jonathan Freedland. « Pour ne pas être débordés par le SNP, les hommes politiques travaillistes invoquent à l’envi la nation écossaise ».

bernard.giansetto@wanadoo.fr

Pour aller plus loin :

http://www.taurillon.org/forum.php3?id_article=1166&id_forum=1658