Autocensure à la Jospin

jospin.1266776911.jpgPARIS – Plus grand monde ne se souvient de l’OCI, l’Organisation communiste internationaliste, un groupuscule trotskiste français des années 70. Est-ce la raison pour laquelle, Lionel Jospin, qui y a milité, ne la cite jamais par son nom ? J’ai assisté à un soirée débat hier à la fondation Jean-Jaurès avec l’ancien premier ministre qui sort un livre d’entretiens – « Lionel raconte Jospin« , publié au Seuil – ayant aussi donné lieu à un documentaire de Patrick Rotman diffusé récemment sur France 2. Une chose m’a frappé : Jospin raconte dans les détails sa carrière politique, son passage par l’UGS (Union de la gauche socialiste) et le PSU (Parti socialiste unifié), son virage vers « le trotskisme » puis son ralliement au Parti socialiste de François Mitterrand. De l’OCI, jamais il ne fera spontanément explicitement mention lors de ce débat.

Je lui demande donc pour quelle raison, il reste ainsi dans le flou. On ne peut en effet s’empêcher de penser qu’il s’agit là d’un reliquat de sa répugnance à évoquer un passé qu’il a longtemps caché, ayant été soupçonné d’avoir été une taupe trotskiste au sein du PS. Il donne une réponse pas très satisfaisante : ce parti – l’OCI, qu’il nomme enfin – « a plusieurs fois changé de nom« .

Auparavant, l’animateur du débat l’avait questionné sur son peu d’empressement à répondre aux questions qui lui avaient été adressées lorsque son passé trotskiste avait été révélé. Et Jospin avait répondu : « Je n’aime pas l’absolue transparence. Les régimes d’absolue transparence sont ceux du totalitarisme« .

Bien sûr, on voit bien ce qu’il veut dire, mais de là à assimiler transparence et totalitarisme… On ignorait jusqu’à présent que les Etats totalitaires faisaient preuve d’une « absolue transparence ». On n’ose croire que Lionel Jospin pensait à la Corée du Nord ou à l’ex-URSS. Même de la part d’un ex-trotskiste, ça serait surprenant. D’un personnage public tout autant.

Manifeste pour une infidélité institutionnalisée

de-ny-a-ny-mai-nov-2009-209.1266172815.jpgPARIS – Les hommes – les êtres humains – seraient naturellement infidèles. S’appuyant implicitement sur ce postulat, Luc Le Vaillant, journaliste au quotidien français Libération lance un appel à l’institutionnalisation de l’infidélité à l’occasion de la Saint-Valentin. Comme tout manifeste digne de ce nom, son texte est quelque peu filandreux et bavard. Toutefois, les citations ci-dessous en résument bien le message.

(Pour en apprécier pleinement le sens et les allusions, les lecteurs non français doivent savoir que RTT signifie au départ « réduction du temps de travail« , notion liée à la semaine légale de travail de 35 heures en France. Dans la langue courante, ces fameuses « RTT » sont en fait des journées de récupération pour les salariés travaillant davantage.)

« Il s’agit d’instaurer une ‘RTT du couple’, autrement dit une réduction du temps de couple (RTC) afin de préserver la pérennité de celui-ci, à tout le moins de lui permettre d’élargir son horizon, de morceler son territoire, de reprendre son souffle (…) ; chacun gèrera ses jours de RTC à sa guise, selon la durée déterminée et le calendrier stipulé par les accords de couple (…) ; l’intérêt premier sera de pouvoir vivre des amours contingentes et des sexualités nécessaires. Ou l’inverse… Cette proposition part bien sûr de la conviction que la fidélité des corps et des esprits est peu tenable, si tant est qu’elle soit souhaitable. (…) Il est temps que (…) le goût de la découverte remplace la pulsion d’accaparement. »

Voici le passage le plus savoureux, surtout pour les conjoints : « Le but n’est pas de faire sortir du placard les doubles vies car personne ne sera tenu de détailler ses RTC, pas plus que vous n’êtes obligés de raconter à votre patron ou à vos collègues ce que vous avez fait de vos RTT« .

Tout ne sera pas inavouable non plus car « tout n’est pas sentimentalo-sexuel dans la vie » : « Les RTC pourront être mises à profit pour reconquérir une solitude nécessaire ou pour revendiquer des embardées que le consensus forcément mou du couple tolère mal. Se faire ermite des alpages quand l’habitude est au bronzage tropézien« .

Peut-être que l’instauration de cette « RTC » permettrait au bout du compte de diminuer le nombre de divorces. On peut aussi craindre l’inverse. Il est certain en tout cas que l’absence est souvent un bon remède à l’usure du couple. L’abstinence aussi ; mais à dose homéopathique… 

ONU : le français, « langue de travail » dans laquelle on ne travaille guère

img_0241.1266174770.JPGPARIS – Le français est-il une « langue menacée » de disparition ? L’autre jour, lors du lancement du nouveau site Internet de l’Unesco, le représentant d’un pays latino-américain a employé cette expression dans une allusion à la prédominance écrasante de l’anglais dans les enceintes internationales. Le français est pourtant officiellement une « langue de travail » à l’ONU à égalité avec l’anglais. Il y a par ailleurs quatre autres langues officielles qui n’ont pas le statut de langue de travail : l’arabe, le chinois, l’espagnol et le russe. Leurs représentants, surtout les arabophones et les hispanophones, se plaignent de ne pas avoir la visibilité que leur langue mérite, selon eux.

La plupart des documents de travail sont d’abord rédigés en anglais. Dans les réunions et les « débats » officiels, on s’exprime majoritairement en anglais, un peu en français, en espagnol et en arabe, très peu en russe et encore moins en chinois. L’ancienne porte-parole du secrétaire-général de l’ONU, Ban Ki-moon, ainsi que son prédécesseur sous Kofi Annan, avaient beau être des francophones, leur point de presse quotidien se faisait exclusivement en anglais.

Dans les réunions officielles, le français est utilisé par la France, la Belgique, la Suisse, les pays d’Afrique francophone et lusophone et partiellement par le Canada. L’espagnol est pratiqué par l’Espagne et les pays latino-américains sauf le Brésil qui utilise plutôt l’anglais. Et l’arabe est employé par les pays arabes, à l’exception de l’Algérie qui s’exprime le plus souvent en français, parfois en arabe et de temps à autres en anglais. En fonction des sujets abordés, il arrive fréquemment que le Maroc et la Tunisie s’expriment en français, surtout au Conseil des droits de l’homme.

Mais, attention, aucune position n’est définitivement acquise ! Le français et le russe reculent : le Rwanda est ainsi passé à l’anglais ainsi que les pays de l’ancienne Indochine française. Et désormais, certains diplomates belges de souche flamande n’hésitent plus à s’exprimer eux aussi en anglais. Le russe n’est plus utilisé que par les Russes, les Biélorusses et les représentants des Etats d’Asie centrale – les Ukrainiens, les Baltes et les Européens de l’Est ayant préféré opter pour l’anglais. Quant au chinois, il est utilisé par… les Chinois. De temps à autre, on a une surprise agréable : telle diplomate arménienne ou moldave, quelque Italien ou Roumain s’exprimeront à l’occasion en français. Mais c’est plus l’exception que la règle.

L’inverse est plus courant. Il arrive en effet que certains francophones choisissent de s’exprimer directement dans la langue de Shakespeare, même lorsque des interprètes dans les six langues sont présents, ce qui est un comble il faut bien le dire. Je l’ai constaté à plusieurs reprises au Conseil des droits de l’homme à Genève de la part de certaines ONG francophones. Mais ce n’est pas la première fois que des Français donnent eux-mêmes le sentiment de manquer de volonté pour défendre leur langue – contrairement aux Québécois.

Face à cette situation pas bien brillante, l’ancien premier ministre français Jean-Pierre Raffarin vient d’être dépêché à New York pour défendre la place de la langue de Molière. Ce n’est pas gagné car il ne va pas être aisé de ramer à contre-courant.

Haïti : retour parmi les vivants

NEW YORK – Pour échapper à la mort lors d’un séisme, il faut avoir soit de la chance, soit de l’intuition assortie du bon réflexe. Il faut même certainement avoir les trois à la fois. C’est du moins ce que l’on peut en conclure à la lecture du récit de Jens Kristensen. Cet employé de l’ONU a eu la bonne idée de se blottir sous une table. Il est sorti vivant des décombres de l’hôtel Christopher qui hébergeait la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH). Emmuré pendant cinq jours, ce Danois de 48 ans raconte qu’il a eu le sentiment de survivre dans un cercueil de béton.

Alors que l’on doit prendre une décision dans l’instant, il ne doit pas aller de soi de s’accroupir sous une table ou un bureau au lieu de se précipiter vers une porte de sortie. L’instinct commande sans doute de se sauver mais c’est en contradiction des conseils donnés en cas de séisme.

Il y a ainsi une poignée de miraculés parmi les 170.000 morts du tremblement de terre du 12 janvier. Encore hier, deux semaines après la formidable secousse, une jeune fille de 16 ans a été retrouvée vivante sous les décombres. Ce retour parmi les vivants ne doit pas être facile. Jens Kristensen a pourtant repris son boulot normalement. Il n’exclut pas, néanmoins, de subir dans quelques semaines le contrecoup psychologique de cette expérience traumatisante. 

Une « grande perte pour l’Onu »

de-ny-a-ny-mai-nov-2009-1193.1266173872.jpgNEW YORK – « J’ai perdu un ami et c’est aussi une grande perte pour l’Onu« . Ahmad Kamal, ambassadeur du Pakistan à la retraite resté actif au sein du « palais de verre », évoque ainsi devant moi la disparition de Hédi Annabi, le chef de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH). Celui-ci est mort dans l’effondrement de l’hôtel Christopher qui abritait les locaux de la MINUSTAH à Port-au-Prince lors du séisme du 12 janvier. M. Kamal dit à haute voix la stupéfaction ressentie par nombre d’entre nous : que votre vie puisse ainsi s’arrêter en un instant, une vie riche de réalisations et encore pleine de projets.

Engagés aux côtés des Haïtiens, les Onusiens ont subi le même sort qu’eux. La MINUSTAH a non seulement été décapitée mais elle a aussi perdu nombre d’autres serviteurs plus modestes : vendredi, dix jours après le tremblement de terre, le bilan faisait état de 70 morts et 146 disparus sur les quelque 10.000 membres de la mission.

Parmi les corps que l’on a retrouvés cette semaine dans les décombres, figurait celui d’Alexandra Duguay, une Québécoise qui travaillait au service de presse et qui avait été ma collègue en 2006 à New York. Elle avait 31 ans, elle était vive, dynamique, intelligente, jolie. Sa vie s’est arrêtée une fin d’après-midi de ce mardi fatal. A peine, a-t-elle sans doute eu le temps de comprendre ce qui se passait. A peine, a-t-elle eu le temps de réaliser que sa route s’arrêtait. 

Bien sûr, chacun d’entre nous savons que notre vie peut s’interrompre à tout moment mais on n’y pense guère. On vit presque comme si on devait vivre toujours. On s’embrasse le matin et on se souhaite une bonne journée, tout comme « Alex » a dû « donner un bec » à son compagnon avant de partir pour l’hôtel Christopher en lui disant « à ce soir ». Sa vie s’est arrêtée brutalement, la nôtre continue provisoirement. Alexandra Duguay continue de vivre dans la mémoire de ceux qui l’ont connue et qui ne peuvent l’imaginer autrement que vive, dynamique, intelligente, jolie.

L’ONU déménage

bat-prov-jardins-onu.1263263312.jpgNEW YORK – Le « palais de verre » se vide de sa substance : ses forces vives sont contraintes à l’exode. La quarantaine d’étages du secrétariat des Nations unies à New York sera totalement inoccupée à la fin avril. Depuis plusieurs semaines, ses occupants déménagent les uns après les autres.

Il règne une ambiance de plus en plus étrange dans ces couloirs et bureaux vides ou encombrés par des caisses en plastique de déménagement à roulettes. Dans les corridors de plus en plus déserts, on n’entend plus que ces longs vrombissements, ces « ouououh » que je crois avoir fini par identifier, après trois années ici. Ce bruit de fond, semblable à du vent dans un tunnel, qui donne une atmosphère si particulière, si mystérieuse, est certainement celui du va-et-vient des ascenseurs.

Les travaux de rénovation, dont le devis s’établit à près de 1,9 milliard de dollars, sont censés durer quatre années et ne pas dépasser la fin 2013. Le nouveau « palais de verre » sera désamianté, « écologique » bien sûr, et donc économe en énergie. Le bâtiment actuel, vieux d’une soixantaine d’années est en effet une vraie passoire, comme nombre de bâtiments à New York où le double vitrage ne s’impose que progressivement.

Mais, au fait, où sont passés les Onusiens? La majorité des 5.000 employés a été disséminée dans d’autres bâtiments dans le même quartier non loin de l’East River et la 1ère avenue. Ce lundi, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a inauguré un bâtiment provisoire, une sorte de grand hangar blanc qui a été laborieusement édifié dans les jardins (voir photo) pour la somme de 140 millions de dollars.

Il a quitté son poste d’observation du 38e étage et s’y est installé la semaine dernière, à l’instar de 270 autres employés qui travailleront aussi dans ce bâtiment « provisoire », d’une modernité aussi spartiate qu’étrangère à l’architecture classique grecque, il faut souligner ce paradoxe… C’est dans ce nouveau cadre post-moderne que se débattra le sort de la planète dans les prochaines années.

Corps à corps dans les aéroports

venise-capodanno-2009-079.1262830949.jpgNEW YORK – L’information du jour ce matin nous venait une fois encore des aéroports : à partir de ce lundi, les passagers en partance de 14 pays « sensibles » et se rendant aux Etats-Unis doivent être fouillés, palpés, pelottés… Le Pakistan, l’Arabie, le Nigeria en particulier sont sur la liste. 

Le Nigeria bien sûr d’où est originaire le jeune homme au visage poupin qui a tenté de se faire sauter avec ses compagnons de voyage le 25 décembre avant d’atterrir à Détroit.

J’avais l’impression qu’elle se relâchait un peu la vigilance dans les aéroports ces derniers temps. C’est normal, c’est humain, on ne peut rester sur ses gardes en permanence. Eh bien, c’est fini pour un petit moment. Le réveil a failli être brutal et l’enterrement d’Al-Qaïda annoncé régulièrement est remis à plus tard.

Quatorze pays, tous majoritairement musulmans et dont les ressortissants sont donc a priori suspects, même si probablement 99,9% d’entre eux ne feraient pas de mal à une mouche. Dans la liste publiée par le New York Times, je ne vois naturellement pas l’Irlande qui a pourtant longtemps abrité des terroristes sans état d’âme et qui en abrite certainement encore.

Eh bien rassurez-vous, hier dimanche, à l’aéroport de Dublin, alors même que cette mesure n’était officiellement pas entrée en vigueur, on fouillait chaque passager embarquant pour les Etats-Unis. Mon avion a décollé avec une heure de retard car nous y sommes tous et toutes passés, en rang sur deux files : les hommes palpés par des hommes, les femmes par des femmes. Le contenu des sacs de cabine était passé au crible, ce qui prenait un certain temps du côté des femmes car les produits de beauté étaient manifestement considérés avec suspicion. Et les vieilles dames bien poudrées n’étaient pas plus épargnées que les autres.

Ca peut sembler risible, ridicule même, mais toute la question est de savoir s’il y a moyen de faire autrement à ce stade. Et la réponse n’est pas évidente. Il paraît que certaines compagnies demandent de ne plus se lever pour se rendre aux toilettes une heure avant l’atterrissage. Un de mes collègues onusiens dit en ricanant que l’on va finir par voyager en slip, attaché à son siège. Ou par ne plus prendre l’avion. 

Venise, les pieds dans l’eau

venise-capodanno-2009-065.1262830642.jpgVENISE – 31 décembre à minuit, place Saint-Marc envahie par les eaux. Bottées ou pieds nus, perchées sur des chaises ou de l’eau jusqu’à mi-mollets, 30.000 personnes dansent sur de la musique techno dont le battement mécanique se répercute sur les murs parfaits du quadrilatère le plus célèbre du monde.

Sur le non moins célèbre campanile, sont projetées en direct des images de la foule qui se défoule avec, en incrustation, les mots « Love 2010 », slogan oecuménique mais passablement affligeant de ce capodanno, de cette Saint-Sylvestre vénitienne. Une caméra se balade au-dessus des têtes au bout d’un bras géant articulé. Je dansotte perché sur ma chaise, pieds nus, mon pantalon retroussé, une godasse dans chaque main. L’eau est glacée. Un inconnu a eu pitié de moi et m’a passé une chaise. De ci, de là, flottent des bouteilles vides.

Acqua alta a Venezia : l’eau s’immisce partout. Ca commence par des flaques de ci, de là – auxquelles on ne prête guère attention au début – aux coins des rues dont le pavé demeure perpétuellement humide comme s’il tombait une pluie invisible. Les sirènes nous ont annoncé la montée de l’eau quelques heures auparavant pendant la préparation du réveillon. Un oeil par la fenêtre de temps à autre pour voir si la rue en bas, devant chez nous, est toujours à pieds secs. Déjà ce matin, la calle del Tintor, au coin de la calle delle Ocche, était devenue un petit canal pour quelques heures où pataugeaient les passants, faisant de notre « palazzo » du quartier de Santa Crocce une île parmi les îles.

Frêle fétu balloté par les turbulences

venise-capodanno-2009-114.1262830416.jpgENTRE NEW YORK ET PARIS – On se sent bien fragile dans cette bulle de confort ailée qui nous emporte d’un bord à l’autre de l’Atlantique. Bulle minuscule, point lumineux perdu dans l’immensité, à 10.000 mètres au-dessus de l’océan, on y sert des plats chauds et des boissons fraîches comme si c’était tout naturel. « Vous prendrez un digestif avec votre café ? »

Le commandant de bord nous demande de rattacher notre ceinture car il semble que l’harmonie soit inconnue à l’extérieur, quelque part entre Terre-Neuve et le sud du Groenland et qu’il fait -50 degrés. Dérisoire ceinture si les éléments devaient se déchaîner contre notre gros oiseau sans plumes. Et pourtant, balloté par la bourrasque, il monte, il descend, il plie mais ne rompt pas.

Les écrans diffusent toujours des images improbables d’histoires imaginaires. Oh ! Combien de marins, combien de capitaines, Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines… pêcher la morue des grands bancs de Terre-Neuve, ballotés par les vents, par les vagues, menacés par les icebergs ? Dans ce morne horizon se sont évanouis… Nous survolons leur mémoire, leurs vaisseaux fantômes perdus à jamais dans les abysses. L’épave du Titanic-le-titanesque est aussi là, 15.000 mètres plus bas.

New York, ton métro sombre

de-ny-a-geneve-aut-hiv-08-09-002.1261114097.jpgNEW YORK – La société des transports en commun de New York a fait fort, cette semaine, en plein sommet sur le climat à Copenhague. La MTA (Metropolitan Transit Authority), confrontée à un déficit de 343 millions de dollars a décidé de fermer deux lignes de métro, de diminuer la fréquence sur certaines lignes d’autobus et de faire payer les lycéens et les étudiants qui avaient droit jusqu’à présent à la gratuité des transports en commun new-yorkais. C’est d’ailleurs ce point qui fait le plus scandale, une Metrocard mensuelle coûtant près de 90 dollars.

Ces décisions ne doivent pas entrer en vigueur avant le printemps et elles ne manqueront pas d’être contestées. Certains pensent que les usagers seront sauvés, sinon par le gong, du moins par la municipalité ou l’Etat de New York qui combleront le trou financier pour éviter l’entrée en vigueur de décisions à ce point aberrantes.

Sauf qu’avec un déficit frisant les sept milliards, l’Etat de New York est lui aussi « on the brink of insolvency » (à la limite de l’insolvabilité), comme le soulignait une radio ce matin. Du côté de la municipalité, l’heure est plutôt aux vaches maigres. Et quant à l’Etat fédéral, ultime recours possible, un élu du Congrès le comparait cette semaine au Titanic, à cause de l’explosion de la dette publique. Les élus du Congrès à Washington estiment qu’il faut mettre le holà à une dérive incontrôlée susceptible de conduire l’Amérique à la faillite.

Au-delà de ces considérations, dans quel autre pays, dans quelle autre grande ville du monde, aurait-on l’idée de condamner des lignes de métro empruntées tous les jours par des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes ?