« Heureusement qu’il y a Silvio » (chanson engagée)

bicerin.1208353961.jpgPARIS – Ainsi, Silvio Berlusconi revient au pouvoir, ce qui désole beaucoup de monde et pas seulement en dehors d’Italie. Le 2 mars dernier, je l’ai vu brièvement à Turin, à l’occasion d’un meeting Piazza Castello qui n’avait pas attiré les foules malgré le temps printanier  – il y avait presque plus de monde sur les terrasses de la place Vittorio Veneto, non loin de là, où se dressaient les stands de la fête du chocolat. Il est vrai que Turin est plutôt une ville de gauche où l’on a inventé une spécialité, le bicerin (prononcer bitchérinn), mêlant café et chocolat.

Sur la place du Château, pour faire patienter les sympathisants de Son Eminence qui était en retard, la sono passait en boucle un refrain électoral sirupeux que j’ai fini par savoir par coeur avant qu’il ne me fasse fuir vers la place Vittorio.

« C’è un grande sogno che ognuno ha / Siamo la gente della libertà / Presidente siamo con te / Meno male che Silvio c’è ».

Traduction (libre) : « Il est un grand rêve qu’a chacun d’entre nous / Nous qui sommes les gens de la liberté / Président nous sommes avec toi / Heureusement Silvio qu’on t’a ».

Après avoir chanté,  espérons qu’ils ne déchanteront pas.

bgiansetto@orange.fr

La chanson et le meeting :

http://www.brightcove.tv/title.jsp?title=1441105649&channel=298782895

Education sexuelle à la mode du XVIIIe

enfer-de-la-bnf.1208177041.jpgPARIS – Grâce à l’exposition consacré à « l’enfer » de la Bibliothèque nationale de France (BNF), j’ai découvert un chef d’oeuvre de littérature érotique datant du 18e siècle, intitulé « Thérèse philosophe » et dont l’auteur est, bien entendu, anonyme – selon Sade, il a été écrit par un certain Boyer d’Argens. Ce texte est considéré par les spécialistes comme un classique, sinon le classique de la littérature clandestine qui circulait sous le manteau (au sens propre) avant la Révolution française.

Je ne vais pas vous faire languir plus longtemps et en voici un extrait. La scène se passe dans un confessional. Un prêtre fait la morale à Thérèse, la jeune héroïne du roman. Elle vient de confesser les attouchements qu’elle a pratiqués et goûtés avec ses compagnons et compagnes de jeu au fond d’un grenier. Son confesseur l’avertit des dangers qui la guettent.

Le jeûne, la prière, la méditation, le cilice, furent les armes dont il m’ordonna de combattre par la suite mes passions. « Ne portez jamais, me dit-il, la main, ni même les yeux sur cette partie infâme par laquelle vous pissez, qui n’est autre chose que la pomme qui a séduit Adam et qui a opéré la condamnation du genre humain par le péché originel ; elle est habitée par le Démon ; c’est son séjour, c’est son trône ; évitez de vous laisser surprendre par cet ennemi de Dieu et des hommes. La Nature couvrira bientôt cette partie d’un vilain poil, tel que celui qui sert de couverture aux bêtes féroces, pour marquer par cette punition que la honte, l’obscurité et l’oubli doivent être son partage. Gardez-vous encore avec plus de précaution de ce morceau de chair des jeunes garçons de votre âge, qui faisait votre amusement dans ce grenier ; c’est le serpent, ma fille, qui tenta Eve, notre mère commune. Que vos regards et vos attouchements ne soient jamais souillés par cette vilaine bête, elle vous piquerait et vous dévorerait infailliblement tôt ou tard.

– Quoi ! Serait-il bien possible, mon Père, repris-je tout émue, que ce soit là un serpent et qu’il soit aussi dangereux que vous le dites ? Hélas ! Il m’a paru si doux ! Il n’a mordu aucune de mes compagnes. Je vous assure qu’il n’avait qu’une très petite bouche et point de dents, je l’ai bien vu…

– Allons, mon enfant, dit mon Confesseur en m’interrompant ; croyez ce que je vous dis ; les serpents que vous avez eu la témérité de toucher étaient encore trop jeunes, trop petits, pour opérer les maux dont ils sont capables ; mais ils s’allongeront, ils grossiront, ils s’élanceront contre vous : c’est alors que vous devez redouter l’effet du venin qu’ils ont coutume de darder avec une sorte de fureur et qui empoisonnerait votre corps et votre âme. » Enfin, après quelque autre leçon de cette espèce, le bon Père me congédia en me laissant dans une étrange perplexité.

Roman publié chez GF Flammarion avec les gravures de l’édition de 1785.

Site de la BNF : www.bnf.fr/pages/cultpubl/exposition_731.htm

Drapeau (II)

PARIS – Le drapeau tibétain flotte à côté du drapeau français sur le bâtiment du Théâtre du Soleil à la Cartoucherie de Vincennes près de Paris. Les spectateurs venus pour voir Les Ephémères, la dernière pièce d’Ariane Mnouchkine, sont invités à signer une pétition qui doit être envoyée au président chinois, Hu Jintao. Et à l’occasion du marathon de Paris couru ce dimanche, qui passait près de la Cartoucherie, était distribué un autocollant sur lequel on pouvait lire : « Je cours mais sans piétiner les droits de l’homme« .

Ces gestes de sympathie envers le peuple tibétain peuvent sembler bien dérisoires face à la puissance de celui qui le colonise depuis plus de 50 ans. Est-il préférable pour autant de baisser les bras et de plonger la tête dans le sable ?

Dans un appel lancé par plusieurs organisations dont Amnesty International, et auquel s’est joint le Théâtre du Soleil, on peut lire la phrase suivante : « Bien sûr elle a beaucoup de clients parmi nous, la Chine, et surtout beaucoup de fournisseurs très intéressés, mais un individu, une nation, un peuple ne peut pas vivre seulement de clients et de fournisseurs, il lui faut aussi des amis. »

B.Giansetto

L’intégral de cet appel : www.theatre-du-soleil.fr/popup15.html

Drapeau

drapeau-tibet-flag.1206784797.jpgPARIS – Ce matin, le soleil s’est attardé sur le drapeau tibétain suspendu à une poutre du plafond de mon bureau. On aimerait que ce rayon de lumière dans les ténèbres soit un signe annonciateur d’espoir. Ce matin, le dalaï-lama, notre Gandhi contemporain, a appelé le monde à aider son pays colonisé.

Quand j’étais adolescent, les films d’Arnaud Desjardins sur le bouddhisme tibétain diffusés à la télévision française m’avaient fortement marqué. Selon lui, la culture tibétaine et la religion qui lui est liée étaient menacées d’une disparition inéluctable, écrasées par le rouleau compresseur chinois. En 1972, j’ai donc pris la route de l’Inde avec pour projet de vivre dans un monastère tibétain de la région de Darjeeling. Lhassa n’est pas très éloignée de cette ville indienne des contreforts himalayens mais la frontière tibéto-chinoise était hermétiquement fermée. J’avais croisé quelques jeunes Occidentaux convertis, un couple de Français en particulier, mais j’avais été incapable d’adopter leur mode de vie ascétique et celle des moines qui les initiaient. Réalisant que j’étais en quête d’extases plus faciles à atteindre, j’étais rentré en Europe en reportant mon projet mystique à plus tard.

Depuis, Mao est mort, son communisme éradicateur s’est mué en capitalisme radical et, contrairement aux craintes d’Arnaud Desjardins, la culture tibétaine a survécu tant bien que mal. Persécuté, le bouddhisme tibétain, grâce aux émigrés et au premier d’entre eux, le dalaï-lama, a même essaimé en Occident. Le maoïsme et son jumeau stalinien nous ont montré que l’on ne faisait pas si aisément « du passé table rase« .

bgiansetto@orange.fr

Sites : www.tibet-info.org/tibet/ledrapeau.html 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Arnaud_Desjardins

Abandonnées en forêt

img_0538.1206181331.JPG NOMAGLIO / ANDRATE – Maisons de pierres et de lauzes à l’abandon, perdues au milieu des arbres. Chaos végétal de grands châtaigniers, de bouleaux sur des tapis de feuilles mortes et de ronces. Je marche dans ces anciens alpages du Piémont, dans le nord de l’Italie, où la petite Isabella Gianetta, ma grand-mère, gardait les vaches l’été avec sa grand-mère. C’était il y a un siècle au-dessus des villages de Nomaglio et d’Andrate – Numaj (Noumaï) et Andrà en piémontais. Et cela fera trente ans le 3 décembre que ma grand-mère est morte en France. C’est là, à Gonesse près de Paris, qu’elle est enterrée avec mon grand-père que je n’ai pas connu, loin de leur Nomaglio natal – où lui n’était jamais retourné (ils en étaient partis au début des années vingt).

J’ai hérité de cette maison de pierres et de lauzes à laquelle on accède par un sentier au bout d’une piste caillouteuse. De là haut, de mon « balcon », la vue est vraiment « imprenable » sur les montagnes et la plaine : on ne risque en effet apparemment pas de me la prendre. Pas de monde au balcon, seulement, mon voisin de ruine, Felicino, qui monte toutes les après-midi, par la mulatière, depuis le village avec son chien. Il veut bien que je prolonge la piste jusqu’à nos maisons depuis longtemps délaissées, à condition que ce soit moi qui paye. Il a raison : il faut être un Parisien, vaguement intello, pour rêver d’avoir un pied-à-terre ici ; pour caresser le rêve un peu fou de retaper cette maison aujourd’hui inhabitable et hors des sentiers battus. Cette maison qu’une amie, qui ne l’a vue qu’en photo, appelle pompeusement « chalet d’alpage ».

Le terrain a été débroussaillé l’été dernier. En cette fin d’hiver, je cours la montagne et tombe sur d’autres « chalets » abandonnés, noyés dans la végétation, devenus presque invisibles. Dans l’une de ces masures, je découvre un vieux lit en bois à moitié défoncé. On n’a pas dû y dormir depuis des lustres et l’endroit est vraiment trop inhospitalier pour la Belle au bois dormant.

Il a sans doute fallu plusieurs siècles pour édifier les terrasses de pierre sur lesquelles se dressent ces maisons, aux murs épais, pourvues d’une petite étable voûtée au rez-de-chaussée, des siècles pour paver les mulatières qui sillonnent la montagne. Les maisons ont été abandonnées il y a trente ou quarante ans seulement. Quelques unes sont encore utilisées, les plus accessibles ont été retapées et pour certaines transformées en résidences secondaires. Ces quatre décennies ont suffi pour que le règne végétal réinvestisse le terrain, pour que les terrasses soient submergées par les ronces et envahies par les arbres. S’ils voient ce désastre de Là-Haut, ceux qui ont trimé dur pour bâtir ces petites murailles de Chine doivent se retourner dans leur tombe.

bgiansetto@orange.fr

Sex and the (New York) City : punition pour mauvaise conduite

img_0196.1206187466.JPG PARIS – Il faut à certains de gros moyens, de très gros moyens même, pour fuir leur misère sexuelle. Le gouverneur de l’Etat de New York, Eliot Spitzer, vient de démissionner à la suite d’un scandale du genre que la presse américaine affectionne. M. Spitzer, un démocrate dynamique, plutôt bel homme, n’ayant pas sa langue dans sa poche si j’ose dire, fréquentait une prostituée de haut vol. Il a dépensé des sommes folles (mille dollars de l’heure !, ai-je lu quelque part) pour rétribuer l’affection probablement débordante qu’elle lui prodiguait. C’est fou ce que le sexe peut provoquer chez des gens apparemment (aussi) raisonnables (que vous et moi). Faire perdre la raison justement. C’est plutôt pitoyable comme fin de carrière chez quelqu’un qui avait démontré un courage certain l’automne dernier.

Le gouverneur de l’Etat de New York avait soulevé une tempête politique, un tsunami devrais-je dire, pour avoir proposé de délivrer des permis de conduire aux étrangers sur simple présentation de leur passeport et d’une preuve de résidence dans l’Etat sans tenir compte de la validité de leur visa. Or, on estime qu’il y a un demi-million d’immigrants illégaux rien que dans l’Etat de New York. Nombre de ces gens travaillent et ont naturellement besoin de conduire. Avec ou sans permis valable, ils circulent quand même mais sans assurance. Spitzer expliquait donc qu’il s’agissait d’une mesure de bon sens, non seulement pour leur faciliter la vie, mais que c’était aussi l’intérêt bien compris des New-Yorkais, les assurances répercutant sur leurs tarifs les frais causés par les accidents causés par des non-assurés. D’ailleurs, huit autres Etats américains délivrent des permis de conduire aux étrangers sans exiger de visa d’immigrant.

Eliot Spitzer avait eu une belle envolée en présentant son projet le 21 septembre 2007 : « Aussi longtemps que je serai gouverneur, nous ne ferons pas semblant qu’ils n’existent pas, nous ne les empêcherons pas de participer à notre société, et nous n’adhérerons pas à un mythe propagé par le niveau fédéral selon lequel ils ne sont pas là« .

Il a pourtant fait marche arrière le 14 novembre, au grand dam des associations d’immigrants. Entre temps, le pauvre Spitzer avait eu droit à toutes les critiques imaginables y compris bien sûr celle d’ouvrir un boulevard à Al-Qaïda pour frapper à nouveau New York… Sa cote de popularité étant tombée au plus bas, il avait jeté l’éponge en constatant que malheureusement il ne suffisait pas de faire ce que l’on pensait être bien pour être un bon dirigeant (« Leadership is not solely about doing what one thinks is right »). José Serrano, représentant démocrate du Bronx avait ajouté : « Aujourd’hui, ce n’est pas Spitzer qui a perdu, c’est l’Amérique« .

bgiansetto@orange.fr

Marie-Claire Blais, écrivaine visionnaire

blais_marie-claire.1206202229.jpgTURIN – « Il y aura de grands changements (dans un avenir proche) aux Etats-Unis et au Canada« . C’est l’écrivaine Marie-Claire Blais qui parle. Lors d’un colloque (*) le mois dernier à Turin consacré à la littérature québécoise, elle rappelait les changements majeurs survenus dans les années soixante touchant aux droits civiques, à ceux des Noirs et des femmes ou des homosexuels, des mutations nées aux Etats-Unis et s’étant répandues dans le reste de l’Occident. Pour l’auteure d’Une saison dans la vie d’Emmanuel , « les écrivains ont des visions« . Ils voient non seulement « dans le présent » mais aussi « dans l’avenir« . Et « un poète comme Dante, ou un écrivain comme Kafka, nous disent que nous devons travailler à améliorer le monde« .

Elle estime que « nous sommes dans une ère de fascisme et de cruauté« , de destruction du paradis qui était celui de notre chère planète, mais aussi d’absence de respect d’autrui, particulièrement quand cet autre est un inconnu. Cette intervention, en français, dans le cadre imposant de l’Université de Turin, était animée par Anne de Vaucher, universitaire enseignant à l’université Ca’ Foscari de Venise. « L’écriture est une illumination dans le chaos« , a renchéri celle-ci.

J’ai interrogé Marie-Claire Blais sur cette lumière qu’elle entrevoyait au bout du tunnel de ce que l’on pourrait appeler « la noirceur bushienne » : « Vous ai-je bien compris lorsque vous évoquez de grands changements tout proches ? ; pensez-vous par exemple à l’espoir soulevé par quelqu’un comme Barack Obama ? » Sa réponse, sibylline : « Tout change et si on l’a fait une fois, on peut le refaire une autre fois« .

b.giansetto@orange.fr

(*) Colloque intitulé Lectures de Québec organisé les 27, 28 et 29 février 2008 par l’Université de Turin et le Centro Interuniversitario di Studi Quebecchesi (CISQ)

SDF (II)

PARIS – C’était jeudi soir, place de la République, un rassemblement de solidarité avec les sans domicile fixe et les mal logés. Les couvertures de survie en aluminium orangé jetées sur les épaules des compatissants leur donnaient des silhouettes d’extra-terrestres. La statue de la République en était affublée. Elle était aussi décorée d’une grande affiche représentant une silhouette de Marianne armée d’un pied de biche et d’un trousseau de clés avec l’indication : « Ministère de la crise du logement« .

La fumée des merguez flottait sur la place tandis que l’on distribuait des soupes. Une chorba pour tous figurait parmi les 28 associations présentes aux côtés des Restos du coeur. Une minute de silence a été observée pour les SDF morts dans la rue.

C’était deux jours auparavant, au Pavillon Dauphine, à l’orée du bois de Boulogne, un déjeuner débat avec Christine Boutin, ministre du logement et de la ville. La rencontre était organisée par le très sélect Lions Club et il n’y avait ni merguez, ni chorba au menu : quenelles fraîches de brochet en cassolette avec coulis de poissons de roche, carré de porc rôti à la sauge avec choux de Bruxelles et pommes fondantes, et enfin vacherin glacé poire cassis, le tout arrosé de Bordeaux blanc (Château Gantonnet) et rouge (Château Guillot).

« La cinquième puissance mondiale est incapable de loger tous ses enfants« , a constaté la ministre. Selon elle, « la situation est comparable à celle qu’a connue la France au sortir de la guerre« . Sauf que les Français n’en sont pas conscients. Christine Boutin a ajouté qu’il faudrait construire 500.000 logements par an pendant dix ans pour résoudre une crise due, a-t-elle précisé, à des erreurs de prévision des experts à la fin des années 80. La crise est tellement aiguë en région parisienne qu’on trouve « des fonctionnaires qui dorment dans leur voiture en raison de l’impossibilité de se loger« .

Pour contribuer à résoudre le problème, Christine Boutin envisage d’autoriser de surélever d’un étage tout bâtiment existant. C’est aussi, a-t-elle indiqué, « une des 396 propositions du rapport Attali » (rapport de la Commission pour la libération de la croissance française). Il s’agit, selon elle, d’une « idée simple permettant de l’intergénérationnel » et aussi de ralentir l’extension illimitée des banlieues.

Un membre de l’assistance a demandé à la ministre de la crise du logement, appellation que manifestement elle ne renierait pas, si l’immigration ne contribuait pas à la gravité de la situation. Christine Boutin a répondu en substance par la négative et a même ajouté en faisant référence aux immigrants : « Tout homme est une richesse« .

Ce n’est apparemment pas l’avis de ses amis politiques au sein du gouvernement, ceux en tout cas qui expulsent au même moment des gens qui travaillent, qui font tous ces « sales boulots » vers lesquels nous ne risquons pas d’orienter nos enfants, et qui parfois ont eux-mêmes des enfants nés sur le sol français.

bgiansetto@orange.fr

Liens pertinents : www.soupesdenuit.com ; www.chorbapourtous.org ; www.restosducoeur.org ;  www.logement.gouv.fr ; www.lionsclubs.org

La lingua del pane (ou « une Californie de la langue »)

statue-of-liberty-05.1206195342.JPGPARIS – « Il y a dans le génie de la langue française un purisme profond et un dédain pour l’erreur, ainsi qu’un dédain pour l’étranger. » C’est l’écrivain américain George Steiner qui parle. Il était invité de France Culture un soir de cette semaine. Ce mépris, cette sorte de xénophobie linguistique française, mettait-il en garde, a un prix élevé. Il a ensuite développé son assertion en brodant à partir de l’anecdote qui suit.

On expliquait un jour à Paul Valéry qu’il était possible d’apprendre les bases de l’anglais en une vingtaine d’heures. « En vingt mille heures, on ne peux pas apprendre le français », aurait rétorqué l’auteur des Cahiers.

Commentaire de Steiner : « C’est très beau et c’est très dangereux. La retraite de la langue française dans le monde entier, le rétrécissement, a des rapports compliqués, à la fois très beaux et assez ambigus à la difficulté du français devant celui qui voudrait pratiquer cette langue sans la perfectionner. Bien sûr, si on est Valéry, on a le droit de dire ça.

Mais, dans le monde moderne, l’anglo-américain l’emporte non pas pour des raisons économiques, politiques, qui sont importantes, mais parce qu’il y a dans la langue anglo-américaine un certain contrat avec l’espoir. Ca ne s’explique pas facilement, mais l’escalateur, le tapis roulant va vers le haut. Celui qui apprend l’anglo-américain a très vite l’impression que ça ira un peu mieux demain. Il y a là de l’illusion mais il y a une Californie de la langue, une espèce de rêve de l’Eldorado à l’intérieur de l’anglo-américain. Dans certaines autres grandes langues européennes, en ce moment, c’est plutôt le coucher du soleil. »

bgiansetto@orange.fr

(photo Jacques Baudrier) 

Agrocarburants pas écolo ? Vive la corde à linge !

PARIS – Les agrocarburants ne seraient pas la solution miracle au réchauffement climatique et, accessoirement, à l’épuisement du pétrole. Des scientifiques, réunis la semaine dernière à Grenoble, en France, pour un séminaire intitulé « Agrocarburants et développement durable », ont émis de sérieux doute sur le choix fait par plusieurs pays de développer ce type de plantations. Sans compter que celles-ci risquent de faire une concurrence néfaste aux cultures vivrières.

Je repense à Evo Morales, le 26 septembre dernier, à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies. Le premier Amérindien à diriger un pays latino-américain, la Bolivie, est un homme à l’allure modeste. Face au reste du monde, de sa voix assurée, d’un ton posé, sans jamais lire ses notes, il s’était étonné. Il avait dit « ne pas pouvoir comprendre » que l’on ait l’idée insensée de réserver des terres pour cultiver des aliments destinés à nourrir des… automobiles. « Les aliments doivent être pour l’être humain, la terre pour la vie« , avait-il lancé sur le ton du bon sens désarmé. Dans l’immense salle de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, le petit syndicaliste amérindien devenu chef d’Etat s’efforçait de ranimer la flamme vacillante de l’espoir en politique – en incarnant modestement une politique de l’espoir.

Pour terminer sur une note plus légère et peut-être plus consensuelle, je signale que, tout aussi modestement, la province canadienne de l’Ontario entend apporter sa petite pierre à la lutte contre le changement climatique en réhabilitant la corde à linge. Interdite pour des raisons esthétiques mais tellement plus écologique que la sécheuse électrique, elle pourrait à nouveau être autorisée. Et, en plus, c’est tellement bon de se glisser dans des draps propres ayant séché à l’air libre !

bgiansetto@orange.fr

Pour en savoir plus :

– « Touche pas à ma corde à linge » dans le quotidien montréalais Le Devoir (www.ledevoir.com/2008/01/24/173051.html)

– Le discours d’Evo Morales est sur le site de l’ONU (www.un.org/webcast/ga/62) en version originale espagnole ou en traduction anglaise.