In memoriam Srebrenica

PARIS – Une prière pour les hommes et les jeunes garçons de Srebrenica après l’arrestation de Radovan Karadzic, l’un des principaux responsables de leur massacre, 13 années et une décade plus tard ; une pensée pour les habitants de Sarajevo tombés sous les balles des tireurs embusqués serbes ; et une dernière pensée pour les victimes anéanties par les obus tirés depuis les collines surplombant la ville.

Je me souviens du choc que l’on éprouvait en sortant de l’aéroport, après un atterrissage chaotique, l’avion ayant été ballotté par le vent tourbillonnant au fond de la cuvette où est bâtie la capitale bosniaque. Je me souviens du choc devant les bâtiments, éventrés, criblés d’éclats, aux fenêtres béantes.

Je me souviens de cet été 1995, de la chaleur de juillet, des nouvelles inquiétantes qui nous parvenaient de Srebrenica : on séparait les hommes, les vieux comme les jeunes, on les séparait des femmes et des enfants. Je revois Ratko Mladic, l’âme damnée de Karadzic, Mladic qui se cache toujours, tapotant la joue d’un enfant apeuré, en prononçant des paroles apaisantes auxquelles personne ne croyait.

Je me souviens que l’on pressentait que quelque chose d’épouvantable était en train de s’accomplir dans l’enclave de Srebrenica, proclamée « zone de sécurité » par l’ONU deux ans plus tôt. Je me souviens de notre impuissance et de notre désespoir sans fond dans la chaleur et l’exubérance de l’été. Cette tache sur notre conscience ne s’effacera pas, tout comme d’autres génocides continuent et continueront de nous hanter.

A saute-mouton sur la frontière

dans-lenclave-francaise-de-cointrin.1214779448.JPGGENEVE-COINTRIN – On peut passer d’un pays à l’autre presque sans s’en rendre compte. Seuls les panneaux routiers sont légèrement différents : en Suisse, ils ont un je-ne-sais-quoi de plus strict, de plus carré, même lorsqu’ils sont ronds. Les petites routes ont des poste-frontière inoccupés où l’on vous avertit par voie d’affichage que vous n’êtes pas censé les emprunter avec de la marchandise commerciale ou une grosse somme d’argent. L’aéroport de Genève-Cointrin a une enclave française qui permet d’accéder à l’aérogare par une route encadrée d’une clôture hermétique. Tout autour, c’est la Suisse mais ce cul-de-sac reste français.

Cointrin, est un aéroport bucolique entre Jura et Léman. Tout près des pistes, à un jet de pierre de la France, quelqu’un élève des cochons au fond de son jardin. Le bruit des avions ne semble pas les perturber : ils pataugent en grognant et en farfouillant dans la fange, non loin de deux militaires suisses armés de pistolets mitrailleurs. Ceux-ci tuent leur ennui en bavardant à côté de leurs bicyclettes couchées dans l’herbe.

Je contemple un moment les avions, avec la blancheur des Alpes pour horizon. Je ne suis pas totalement à l’aise car je me demande si je ne vais pas finir par susciter la méfiance des deux jeunes hommes en treillis. Cela me vient peut-être de ma mésaventure avec un garde-frontière tchécoslovaque qui n’avait pas apprécié que je prenne des photos en 1971 (voir chronique « Rideau » du 20/12/07) ou la baffe reçue d’un de ses homologues yougoslaves, un an plus tard, à la frontière italienne pour être descendu du train avant d’y avoir été invité… 

Je reste encore un peu, puis remonte sur mon vélo et regagne la France à travers champs, croisant les promeneurs du soir avec leur chien.

Muselière pour Voltaire (III)

fracture.1214783421.JPGGENEVE – Le président du Conseil des droits de l’homme, Doru Costea, s’est un instant départi de son flegme, de sa rigueur et de sa neutralité. En conclusion de l’Examen périodique universel (voir chronique précédente), il a appelé à ne pas gâcher, à ne pas détruire cet outil qui permet alternativement à chacun des Etats membres de faire le bilan de sa pratique en matière de droits de l’homme et de prendre des engagements en acceptant ou pas les suggestions des autres Etats membres. « Vous ne voulez certainement pas une enceinte où l’unanimité soit la règle, a-t-il dit. J’ai connu un tel système pendant cinquante ans et je ne crois pas que ce soit là votre souhait. »

Il sait bien que ce n’est malheureusement pas si sûr. Certains Etats ont un mode de fonctionnement, sinon soviétique, du moins où la critique publique n’est pas la bienvenue. Mais personne ne pouvait décemment le contredire. Pour une partie des Etats membres, démocratie et droits de l’homme sont des mots dont l’emploi est certes obligatoire mais dont la mise en oeuvre est à géographie variable. Elle doit en effet d’abord se plier aux traditions et aux réalités locales. A la suite d’une intervention de la délégation canadienne sur l’interdiction des relations sexuelles hors mariage au Pakistan, le représentant de ce pays rétorquera qu’il ne s’agit « pas d’un droit de l’homme universel » et qu’il est hors de question de légaliser une telle liberté des moeurs. Dans nombre de pays, et pas seulement musulmans, il en va de même pour les droits des homosexuels.

La Canadienne Louise Arbour, haut-commissaire aux droits de l’homme de l’Onu – qui vient tout juste d’achever son mandat – soulignait dans Le Monde du 28 juin que « la principale difficulté » dans la reconnaissance de l’universalité des droits de l’homme, « venait aujourd’hui du fait (…) de l’essor des religions, (de) la force des voix religieuses« .

D’autant que certains pays musulmans, pour ne pas dire la majorité d’entre eux, ont le sentiment que l’on cherche à les « ostraciser« , comme l’a dit carrément la délégation pakistanaise. Au point où le représentant de l’Egypte s’est exclamé, à la suite de critiques formulées par une organisation non gouvernementale, que « l’islam ne serait pas crucifié au Conseil » des droits de l’homme. La remarque a fait sensation. Elle illustre bien la tension régnant entre deux mondes qui cohabitent tant bien que mal tout en rejetant les valeurs que chacun des deux craint de se voir imposer par l’autre. Deux siècles plus tard, il y a encore du boulot, cher Voltaire.

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Pour alimenter la réflexion lire le point de vue d’un rabbin publié à ce sujet dans La Tribune de Genève :

www.tdg.ch/pages/home/tribune_de_geneve/l_actu/opinions__1/opinions_detail/(contenu)/239980

Muselière pour Voltaire (II)

onu-palais-des-nations.1214778029.JPGGENEVE – Voltaire a deux minutes chrono pour s’exprimer devant le Conseil des droits de l’homme.  Cette instance de l’Onu scrute la performance en matière de droits de l’homme des pays soumis à une procédure appelée « examen périodique universel« . Des Etats aussi variés que la France, la Suisse, Bahreïn, la Tunisie, le Mali, le Pérou ou la Corée du Sud viennent tout juste de se soumettre à cet examen. La France, par exemple, a fait son mea culpa sur la situation pitoyable de ses prisons et promis d’y remédier. 

Avant d’ouvrir la bouche, avant même la réunion, notre Voltaire a pu subir des pressions amicales de diplomates peu désireux que l’on aborde certains sujets touchant leur pays, comme me l’a confié le représentant d’une organisation non gouvernementale (ONG) internationale accréditée à Genève. Mais Voltaire, nous le savons, n’est pas du genre à se laisse intimider ni acheter.

Imaginons – comme nous l’avons entendu – qu’il mette en cause la charia (la loi islamique) lorsque celle-ci autorise, comme en Iran, le mariage des petites filles dès l’âge de neuf ans ; ou que, concernant les mutilations génitales, il qualifie d’ambiguë une fatwa édictée par l’université d’Al-Azhar du Caire ; ou qu’il s’insurge contre le népotisme qui prévaudrait au sein de la famille régnante d’un émirat nommément cité ; ou qu’il évoque la répression visant l’organisation des Frères musulmans. Il sera alors immédiatement interrompu par le représentant d’un grand pays du Proche-Orient, classé parmi les régimes arabes « modérés » par les médias occidentaux. Il s’entendra dire que s’il est libre de s’exprimer comme il l’entend, certains propos sont néanmoins inacceptables. En général, l’ambassadeur reprochera à notre Voltaire du 21e siècle d’être hors sujet, en soulignant qu’il doit s’exprimer uniquement sur les résultats obtenus par les Etats concernés dans la mise en oeuvre des engagements qu’ils ont pris. Bref, au bout du compte, ce n’est jamais le bon moment d’aborder les sujets qui fâchent.

L’ambassadeur de ce grand pays arabe interrompt en effet systématiquement toute ONG mettant en cause un pays musulman ou semblant critiquer la religion. Il lui arrive même d’exiger que les propos tenus ne figurent pas au compte-rendu officiel des débats. Quelques pays, un peu toujours les mêmes, prennent quand même la défense des orateurs que l’on tente ainsi de museler ou de censurer. Il s’agit généralement de la Slovénie (s’exprimant au nom de l’Union européenne), du Canada, et de temps en temps de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne, voire de la Suisse. Le représentant de la France est intervenu une fois pour appeler au « bon sens » en rappelant le temps très limité dont disposaient les organisations de la société civile pour s’exprimer. Il a été applaudi par une partie de la salle, une réaction spontanée tout à fait exceptionnelle qui a entraîné un rappel à l’ordre du président. Celui-ci, un diplomate roumain dont la tâche d’arbitre est des plus délicates il faut le reconnaître, a dit que l’on n’était « pas dans une réunion électorale« .

(à suivre)

Muselière pour Voltaire (I)

le-chateau-vu-du-jardin.1214785469.JPGFERNEY-VOLTAIRE – C’est une petite ville à la frontière suisse, qui s’appelait simplement Ferney lorsque Voltaire s’y est installé en 1758. Aujourd’hui, on peut y visiter son château, une belle demeure avec vue sur les Alpes lorsqu’il fait beau, et rêver dans ses jardins à l’abandon. On peut rêver de se retirer du monde « civilisé » pour contempler la nature et cultiver son jardin, à l’image du pacifiste Candide imaginé par l’écrivain. Si les pistes de l’aéroport de Genève-Cointrin tout proche vous rappellent à une réalité moins paisible, les avions peuvent quand même vous faire rêver de voyages, de distances raccourcies, bref d’un monde plus uni, plus proche, un petit peu moins barbare (juste un petit peu) que celui qu’a connu « l’inventeur » des droits de l’homme.

Pourtant deux siècles et demi après Voltaire, son combat en faveur de la liberté d’expression reste d’actualité. Imaginons qu’il revienne parmi nous. Il serait sans nul doute un peu écolo, alors il prendrait l’autobus qui part de la mairie de Ferney, à moins qu’il soit assez en forme pour monter sur une bicyclette. Et, en un quart d’heure, il serait au Palais des nations, siège genevois des Nations unies. A la frontière, on ne lui aurait même pas demandé ses papiers, ce qui ne l’aurait pas étonné car, de son temps, les frontières en Europe étaient au moins aussi ouvertes qu’aujourd’hui.

On l’aurait accrédité au titre d’une « organisation non gouvernementale » (je le verrais assez bien avec Amnesty International) pour participer aux débats du Conseil des droits de l’homme dont la huitième session vient de se tenir du 2 au 18 juin. Et, à ce titre, il aurait même pu prendre la parole pour mettre son grain de sel – que l’on sait irritant – sur les pratiques pas très catholiques de certains pays.

Ce joli conte s’arrêterait là car les représentants de certains de ces Etats sauraient comment s’y prendre pour le faire taire, Voltaire. Nous verrons comment dans le prochain épisode.

Boule de cristal et marc de café

GENEVE – Quand j’ai quitté New York le 30 novembre, aussi bien Barack Obama chez les démocrates que John McCain chez les républicains étaient largement devancés dans les sondages. Le 29, j’avais vu le beau Barack au théâtre Appolo de Harlem (voir ma chronique) et j’avais été séduit bien sûr. Mais les sondages lui étant clairement défavorables, il était difficile d’imaginer qu’il puisse rattraper et encore moins dépasser Hillary Clinton. Quant à McCain, il avait beau être le seul à me faire une impression relativement favorable chez les républicains, je n’avais même pas pensé à citer son nom lorsqu’un ami à Paris m’avait demandé à mon retour qui était susceptible de l’emporter à droite. Les sondages, vous dis-je, encore les sondages, toujours les sondages ! Comment faire pour s’en extraire, prendre de la hauteur, ne pas être leurré par leurs beaux pourcentages ? Difficile, n’est-ce pas ?

Bref, ça sera donc finalement Obama contre McCain contrairement aux augures. Qui l’emportera le 4 novembre ? Je ne serais pas surpris que ce soit McCain mais… j’attends le prochain sondage.

Les langues meurent aussi (II)

BAILE ATHA CLIATH / DUBLIN – Máirtín Ó Cadhain (1906-1970), écrivain irlandais de langue gaélique, a fait le constat suivant un jour : « La vérité est que l’irlandais n’est plus une langue vivante (…) Il est difficile de donner le meilleur de soi-même dans un médium qui a toutes les chances d’être mort avant l’hiver« .

(citation, en anglais, relevée au Musée des écrivains de Dublin – Baile Atha Cliath, en irlandais…)

Les langues meurent aussi (I)

a021_00005.1210757620.jpgDINGLE / AN DAINGEAN – Bridie Fitzgerald tient un bed and breakfast à Dingle, An Daingean en gaélique, joli port de pêche de la côte ouest de l’Irlande. Cette jeune grand-mère qui a vécu aux Etats-Unis dans sa jeunesse n’y est pas restée : elle est rentrée dans la mère-patrie au bout de cinq ans où elle s’est mariée. Son époux, engagé en politique, a même été sénateur. De langue maternelle gaélique, elle affirme la parler à ses enfants et l’apprendre à sa petite fille.

Elle regrette la disparition de l’irlandais, comme on dit ici, une mort qu’elle semble considérer comme inéluctable. A Dingle, des parents font pression, raconte-t-elle, pour que l’enseignement à l’école primaire se fasse en anglais et non plus en gaélique. « Et les enfants poussent à la roue« , selon elle. Ils préfèrent bien sûr qu’on leur apprenne la langue de l’ancien colonisateur qui est surtout la langue de la télévision, de la chanson, du cinéma, bref de la rue, plutôt que cette autre langue rugueuse, celle des ancêtres, autrement dit celle des vieux.

Elle trouve injuste que les nombreux étrangers qui s’installent en Irlande ne soient pas tenus de faire apprendre le gaélique à leurs enfants, alors que n’importe où ailleurs ils seraient tenus d’acquérir l’idiome du pays.

Bridie rappelle que la langue irlandaise est celle des paysans, parlée dans deux ou trois « poches » de l’Ouest – Donegal, Connemara ainsi que le Kerry où nous nous trouvons – et que le Gaeltacht, le pays gaéliquophone, rétrécie comme peau de chagrin. C’est comme en Bretagne avec le breton : pour entendre parler gaélique, le mieux est d’écouter la radio car il se fait rare dans la rue. Pour le lire, il suffit de déchiffrer les panneaux et communications officielles, presque toujours bilingues ; sauf ici justement où l’appellation anglaise Dingle a été abolie d’autorité, au grand dam des professionnels du tourisme. Ce volontarisme est malheureusement le symptôme du manque de vigueur d’une langue. Et il ne suffit pas de la graver, même dans le marbre, pour qu’elle survive. Le latin a beau orner un grand nombre de nos monuments, il a bel et bien disparu.

Pour en savoir plus : http://en.wikipedia.org/wiki/Gaeltacht ou

www.goireland.com/BLOG/Article/Irish-Language.html

Pour entendre « l’irlandais » en version originale non sous-titrée sur l’antenne de la RTE (Radio Telefís Éireann) :

www.rte.ie/radio/index.html et cliquer sur Raidió na Gaeltachta.

Retour vers le futur (« Les USA contre John Lennon »)

affiche-du-film.1209931869.jpgPARIS – Le documentaire « Les USA contre John Lennon« , que j’avais vu à sa sortie en septembre 2006 à New York, vient seulement de sortir en France. J’avais alors commis une petite chronique envoyée par courriel à quelques amis – je n’habitais pas encore 1 via Giansetto. La voici ramenée à l’essentiel.

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NEW YORK (24 septembre 2006) – Je plonge dans une salle obscure pour un retour dans le passé, celui de la fin des années soixante, la fin de mon enfance : les Beatles, la guerre du Vietnam, le scandale du Watergate et la démission de Richard Nixon. Il s’agit d’un documentaire qui vient de sortir et qui est intitulé « The U.S. versus John Lennon », réalisé par David Leaf et John Scheinfeld, spécialistes des biographies d’artistes.

On y redécouvre un Lennon, perpétuellement escorté de Yoko Ono, son âme sœur (certains diront son âme damnée), tous deux fervents militants de la paix et de la non-violence. On réentend les chansons engagées, un peu oubliées, d’un Lennon porte-parole de la contestation, devenu pour cela la bête noire de la Maison Blanche. Nixon essaye vainement de les faire expulser des Etats-Unis. L’ex-Beatles a du répondant et pas mal d’humour, ce qui n’est pas vraiment le cas du camp d’en face. Un des témoins interviewés, un historien, dit à un moment quelque chose comme : « Lennon c’était la vie et Nixon la mort, tout comme M. Bush aujourd’hui ». Des spectateurs ont applaudi à cette comparaison, la seule allusion à la situation actuelle dans le film. 

Aujourd’hui, la Maison Blanche n’est pas contestée par des artistes du calibre de John Lennon, et elle est encore moins assiégée par des centaines de milliers de manifestants. Néanmoins, dans les vitrines des librairies, on ne compte plus les livres consacrés au fiasco irakien. Mais c’est sans doute beaucoup moins inquiétant pour l’actuel président.

Droit(s) au retour

palestine_du_mandat_britannique.1209676923.jpgPARIS – Les Palestiniens, qui ont abandonné leurs foyers il y a tout juste 60 ans, ont-ils un droit au retour, à l’instar des juifs qui ont quitté la Terre sainte il y a 2000 ans ? Cette question a été débattue lors d’une réunion consacrée aux réfugiés palestiniens cette semaine à l’Unesco. Car, aussi absurde qu’elle puisse apparaître à tout esprit raisonnable, elle se pose réellement.

Elle l’a été lors d’un séminaire de deux jours organisé par le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien,  une instance onusienne boycottée par Israël – un universitaire israélien faisant partie des intervenants a bien précisé qu’il ne représentait en rien son gouvernement.

Selon Sylviane de Wangen, une juriste française, le droit au retour est individuel et non transmissible dans le droit contemporain, ce qui signifie concrètement que lorsque tous les Palestiniens déracinés en 1948 et 1967 auront disparu, leurs enfants n’hériteront pas de leur droit à revenir s’installer sur la terre de leurs ancêtres. En revanche, les juifs du monde entier, même s’ils n’ont bien souvent aucune racine directe avec la terre de Moïse et d’Abraham, bénéficient de ce droit pour la simple raison qu’Israël, Etat souverain, en a ainsi décidé dans sa loi. Ce qui signifie implicitement que seul un éventuel – et chaque jour plus improbable (*) – Etat palestinien pourrait édicter à son tour le droit au retour des actuels quatre millions et demi de réfugiés palestiniens.

Inutile de dire que ce point de vue n’a pas fait plaisir à une assemblée plutôt propalestinienne. Un autre juriste français, ainsi qu’un avocat arabe de Jérusalem ont rétorqué qu’il existait suffisamment de résolutions de l’Onu reconnaissant le droit au retour des Palestiniens pour pérenniser celui-ci.

Mme de Wangen avait toutefois expliqué dans son exposé qu’elle s’efforçait « de bien distinguer ce qui relevait du droit international et ce qui relevait de la revendication politique légitime« . Car, selon elle, « il ne faut pas demander au droit ce qu’il ne peut donner et ne pas confondre droit, justice et morale. C’est pourquoi le droit ne règle pas tout et, s’il est un outil indispensable, il ne remplace pas la lutte politique et la négociation« .

(*) voir le point de vue du diplomate français Stéphane Hessel : www.liberation.fr/rebonds/323892.FR.php

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Pour ceux que la question passionnerait, on peut trouver un résumé de l’intervention de Sylviane de Wangen à l’adresse suivante: www.un.org/News/fr-press/docs/2008/AGPAL1086.doc.htm ;

et le point de vue divergent de son collègue Géraud de la Pradelle : www.un.org/News/fr-press/docs/2008/AGPAL1087.doc.htm

Les autres comptes-rendus du séminaire se trouvent aux adresses suivantes :

www.un.org/News/fr-press/docs/2008/AGPAL1083.doc.htm et

www.un.org/News/fr-press/docs/2008/AGPAL1085.doc.htm